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Tour de France 1954, Raphaël Géminiani Photo Joop van Bilsen -Anefo - Wikipédia
Tour de France 1954, Raphaël Géminiani Photo Joop van Bilsen -Anefo - Wikipédia
Histoire Sports

Le rêve de Raphaël Géminiani

En ce 5 juillet, un an, jour pour jour, après le décès du grand champion auvergnat Raphaël Géminiani, les coureurs du Tour de France 2025 prennent la route à Lille. La veille de son "grand départ" il avait fait le rêve d'un Tour à l'ancienne et l'avait raconté à son ami Dario Toriani.

La 112e édition du Tour de France débute ce samedi 5 juillet, un an jour pour jour après la disparition de Raphaël Géminiani. Cette année, la grande boucle circulera sur ses terres pour une étape somptueuse, entre Ennezat et Le Mont-Dore le 14 juillet.
Cette nouvelle édition , offrira-t-elle du suspens et des rebondissements ? on est en droit d’en douter au regard d’un début de saison trusté par une petite poignée de favoris. Un Français va-t-il enfin prendre le relais du Blaireau Hinault dernier vainqueur français à Paris en 85 ? on en en doute également.
Le cyclisme moderne est devenu une science. Il ne sait plus vraiment avancer sans ses béquilles technologiques. L’innovation et les savants calculs pour tout, tout le temps, ont fini par rendre la discipline parfois ennuyeuse.

L’ami Dario

Dario Toriani connaît bien le cyclisme en particulier celui de la grande époque, si bien décrite par le romancier journaliste Antoine Blondin. Neveu de Vincenzo Toriani patron du Tour d’Italie de 1949 à 1992, il veille aujourd’hui sur son trésor, une collection de cycles et objets cyclistes rassemblée dans l’ancienne discothèque La Vallée à Orcines transformée en musée.
Originaire d’Italie, Dario était évidemment l’ami intime de Raphaël Géminiani qui, lui non plus, n’aimait pas trop le cyclisme moderne. Il le regardait cependant avec un œil critique, toujours professionnel.

Lorsque la tribune du Stade Marcombes a été baptisée Tribune Raphaël Géminiani, Dario était présent à la cérémonie. Ce jour là, il devait prendre la parole, mais il n’avait pas la voix pour le faire. Alors, il a distribué aux journalistes présents une photocopie format A4, sur laquelle figurait ce qu’il souhaitait dire, un témoignage dont voici la transcription in extenso :

Le Tour de légende : le rêve de Raphaël

C’était le soir du 4 juillet 2024, j’étais à la maison de retraite du Pont-du Château où je rendais visite à Raphaël Géminiani.
“Tu sais Dario, la nuit dernière j’ai fait un rêve, j’ai rêvé qu’ils allaient organiser un Tour de France… cycliste de légende… Dans mon rêve, il y avait les coureurs qui n’avaient pas d’oreillette et qui pédalaient sur des vélos qui ressemblaient à des vélos, comme dans le temps, améliorés bien sûr, mais des vélos de course, pas des mobylettes. Les coureurs avaient leur nom à l’extérieur des cuissards et derrière le dos. Les spectateurs les applaudissaient, les encourageaient en scandant leurs noms. Chaque coureur avait droit à deux vélos de route et un contre la montre. Je te le dis Dario, j’ai fait ce rêve. Ce serait formidable un Tour de légende pareil !”
Ses yeux pétillaient et ses mains les accompagnaient de façon théâtrale.
“Les nouveaux vélos Raphaël, il faut les faire. 10 coureurs par équipe, 15 équipes minimum,  3 vélo à chacun, 500 vélos en tout.  Ce n’est rien. C’st un modèle déposé et unique. Le seul vélo spécialement conçu pour ce Tour de légende, avec interdiction d’en fabriquer d’autres. À la fin du Tour, ils les gardent, ou bien ils les vendront comme des petits pains, certain que toi tu en achètera un. Moi j’en achète 2. Un pour moi et un pour toi. C’est cela que j’ai rêvé cette nuit”. 
-“D’accord avec toi, avec toutes tes connaissances, tu peut en parler et cela pourrait marcher, mais rappelle toi que ce n’est qu’un rêve”. 

Le soir se termina tranquillement, non sans avoir bu notre remontant que l’on cachait derrière la salle de bain pour ne pas se faire enguirlander par les infirmières.
On s’est dit “À demain” en se faisant la bise, comme des vieux frères. Il était 21 heures ce soir là…

Le lendemain, 8 heures, un coup de téléphone : “Monsieur Toriani ? votre ami, votre frère nous a quitté à 6 heures ce matin. C’était le 5 juillet 2024, c’était un choc ! 
Ce rêve, je tenais à vous le narrer car j’aurais tant voulu qu’il soit à côté de moi pour vous le raconter lui- même.
Raphaël, tu as écrit la dernière page de notre histoire, de notre longue amitié. Le plus triste n’est pas ton départ. Cela aurait été de ne pas se rencontrer, de ne pas s’être connu.
Je suis fier et honoré d’avoir été ton ami.
À bientôt, vieux bougre. 

Lire aussi notre article : Raphaël Géminiani, on pensait le héros immortel

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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