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Blaise Pichon / Photo 7 Jours à Clermont
Blaise Pichon / Photo 7 Jours à Clermont
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Blaise Pichon auteur de “-52” : la bataille de Gergovie est un événement qui n’est pas terminé

"Cette année là" est une collection publiée par Les Édition Midi-Pyrénéennes qui revisite l'histoire d'une ville à partir d'une date marquante de son passé. Le dernier ouvrage rédigé par Blaise Pichon est consacré à -52, année du siège et de la bataille de Gergovie.

Un nouvel opus vient de paraître dans la collection Cette année là, des Éditions Midi-Pyrénéennes. -52, Gergovie, Vercingétorix victorieux de César; Dans cet ouvrage, Blaise Pichon, historien et archéologue spécialiste de la Gaule romaine* décortique comment la bataille de Gergovie et Vercingétorix ont fait l’objet d’interprétations liées aux mutations politiques de la France entre le début du XIXe siècle et le milieu du XXe. Ce petit ouvrage est aussi l’occasion de re-contextualiser le siège de Gergovie au regard des trouvailles récentes des archéologues.

“Chaque fouille apporte son lot de découvertes”

7 Jours à Clermont : A-t-on encore des choses à raconter sur la bataille de Gergovie ?
Blaise Pichon : On a toujours plein de choses à raconter sur la bataille de Gergovie. D’une part, on a peu de sources antiques sur l’événement en lui même, donc les découvertes archéologiques permettent petit à petit de mieux connaître la bataille et le contexte, c’est à dire, les sites gaulois, leurs populations, leurs modes de vie, leurs croyances.  D’autre part, la bataille de Gergovie est pour moi un événement qui n’est pas terminé puisqu’il a été lu, interprété, voire utilisé tout au long de l’histoire jusqu’à aujourd’hui.

7JàC : Une campagne de l’INRAP vient de se refermer et les chercheurs disent qu’ils ont à peine fouillé 1% des 70 hectares du plateau. Cela veut dire que l’on peut s’attendre à découvrir encore du “mobilier” archéologique qui va éclairer les recherches ?
B.P : Tout à fait. Il y a des programmes de fouille régulièrement depuis une vingtaine d’années, après toutes celles qui ont été faites depuis le XIXe siècle, et chaque fouille apporte son lot de découvertes. Actuellement, c’est le quartier des artisans près de la porte principale de la ville qui est en train d’être fouillé. Il avait été fouillé dans les années 40 par les Gergoviotes. On touche maintenant au niveau romain et gaulois.

7JàC : Vous vous appuyez aussi sur le Musée Archéologique de la Bataille de Gergovie ?
B.P : Absolument. Le Musée est un acteur essentiel puisqu’il co-porte le programme de recherches  archéologiques, c’est essentiel. Et puis il y a tout un travail sur la vie du site sur 20 siècles, et ça, c’est fondamental.

La bataille a bien eu lieu à Gergovie

7JàC : Au début du livre vous dites très clairement qu’il n’y a plus de polémique, on part du principe que la bataille de Gergovie a bien eu lieu à Gergovie. Il y a avait encore des doutes ?
B. P : Non il n’y a plus de doute et en fait il ne devrait plus y en avoir depuis le XIXe siècle, puisque les fouilles commandées par Napoléon III avaient déjà montré que l’on avait des fortifications romaines, des armes du milieu du premier siècle avant notre ère et un site gaulois. Donc petit à petit, les éléments sont complétés. La polémique était essentiellement politique.

7JàC : Mais qu’est ce qui aurait pu accréditer la thèse de la Bataille sur les côtes Nord de Clermont ? 
B.P : Si on avait effectivement trouvé des éléments de fortification du milieu du premier siècle ou des éléments qui attestent le siège et la bataille… mais on a rien de tout cela sur les côtes de Clermont.

7JàC : Quelle a été votre méthode pour rédiger cet ouvrage ?
B. P : Je suis parti de l’événement mais en le remettant toujours dans son un contexte beaucoup plus large, c’est à dire les Gaules, et pas la Gaule, depuis le siècle qui précédait la bataille puisque l’on a un autre site extraordinaire qui est celui de Corent qui est un mégapole pour l’époque, quelque chose que l’on aurait pas imaginé il y a 50 ans. Le contexte c’est aussi celui de la guerre des Gaules et surtout du récit de César qui raconte ce qu’il veut, comme il veut, dans l’ordre qu’il veut.

Distinguer le vrai du faux

7 Jours à Clermont : Vous voulez dire que César faisait de la communication et non de l’histoire ?
Blaise Pichon : Tout à fait, son œuvre est à but électoral pour être clair. Les rapports qu’il envoie chaque année à Rome sont destinés à souligner qu’il est le plus grand conquérant de tous les temps puisque les Gaulois font partie, j’allais dire, des ennemis héréditaires en tous cas des ennemis ataviques de Rome pour les Romains.

7JàC : Justement, en tant qu’historien, comment vous arrivez à tirer le vrai du faux de cet ouvrage de référence qu’est La Guerre des gaules ?
B. P : Je m’appuie évidemment sur ce qu’ont fait tous mes prédécesseurs. La Guerre des Gaules est un des ouvrages qui a été le plus étudié par les historiens. Disons que l’on remet en perspective à l’aide de ce que l’on peut connaître par d’autres sources, quelques autres auteurs et puis par l’archéologie.

7JàC : En rédigeant -52, avez-vous encore trouvé des éléments nouveaux ou auxquels vous n’aviez pas pensé auparavant ?
B. P : Auxquels je n’avais pas pensé, oui. En fait lorsqu’on reprend la documentation, on la regarde chaque fois d’un œil un peu nouveau. Effectivement des choses sont apparues au cours de la rédaction, parce que j’ai repris l’ensemble des sources. J’avais déjà travaillé en particulier sur les commémorations de la bataille de Gergovie et de celle d’Alésia et j’ai vu de nouvelles choses effectivement.

7JàC : Comment les trouve-t-on ? Votre science évolue en même que l’archéologie qui vous apporte de nouveaux éléments ?
B.P : Effectivement. L’histoire est en perpétuelle renouvellement, et en travaillant sur d’autres sujets, on peut avoir des idées sur celui-ci. Les sujets s’éclairent les uns les autres.

"-52" devant le Vercingétorix de Bartholdi / Photo 7 Jours à Clermont
“-52” devant le Vercingétorix de Bartholdi Photo 7 Jours à Clermont

Vercingétorix, entre mythe et réalité

7JàC : Est-ce que l’on a encore une représentation tronquée de Vercingétorix, loin du héros de Bartholdi de la place de Jaude ?
B.P : Oui on s’en rend compte évidemment. C’est une figure romanesque, le premier grand héros qui ouvre le roman national et qui a été largement reconstruit au XIXe siècle. L’une des ambitions de ce livre, et je ne suis pas le seul à le faire, c’est de déconstruire cela pour essayer de montrer ce que l’on sait.

7JàC : Pourquoi une si belle victoire à Gergovie avant la défaite d’Alésia ?
B.P  : Il y  a des hypothèses… déjà on est au cœur du territoire Arverne. Gergovie est un site que Vercingétorix connaît parfaitement. Je partage l’idée d’Alain Deyber sur le fait que Vercingétorix préparait ce site pour y attirer César contrairement à ce que raconte César qui dit que Vercingétorix fuit. Cela est évident.
À Alésia, on est loin des bases quand même et surtout les Gaulois ne sont pas aussi unis qu’on l’a cru. Vercingétorix en tant que commandant unique des forces gauloises, gênait un certain nombre d’aristocrates. Donc la défaite d’Alésia a rendu service à un certain nombre de Gaulois aussi.

7JàC : Dans l’ouvrage d’Alain Deyber Vercingétorix chef de guerre, apparaît l’hypothèse que l’armée de secours est arrivée en retard à cause d’une éclipse de lune… vous y croyez ?
B.P : J’avoue que je n’y crois pas beaucoup, en revanche je partage davantage l’avis de Jean-Louis Brunaux qui part de l’idée que tous les peuples gaulois ne donnent pas leurs meilleures forces à l’armée de secours pour ménager l’amitié possible des Romains et une possible victoire de Vercingétorix.

7JàC : Vous l’aimez ce personnage de Vercingétorix ?
B. P : Oui on s’y attache, effectivement. c’est quelqu’un  que l’on imagine avec un certain panache, même au delà de l’image romanesque, quelqu’un qui a développé une grande intelligence stratégique auprès des Romains. Vercingétorix a appris l’art de la guerre auprès de César, même si César ne l’écrit jamais. Ce qui est curieux c’est qu’il paraît comme cela dans le récit de l’année 52. On devine par le témoignage d’autres auteurs peut-être moins favorables à César, que Vercingétorix a été otage, car il faisait partie de ces jeunes aristocrates qui étaient auprès de César pour garantir la fidélité des Arvernes.

7JàC : Récemment le 92e Régiment d’Infanterie de Clermont a commandé au sculpteur Thierry Courtadon une statue du Gaulois Vercingétorix, sorte d’icône avec grosse moustache et cheveux longs, est-ce la réalité ou y a-t-il cent visages possibles, pour reprendre le titre d’une ancienne exposition du Musée de Gergovie ?  
B.P : On a pas d’image précise. La seule image que l’on a, c’est celle où il est prisonnier depuis des années, c’est la fameux Gaulois hirsute sur une monnaie, mais non Vercingétorix est très certainement rasé, coiffé, je pense que l’on ne le distinguerait peut-être pas, si on le croisait dans la rue.

Les 48 pages de la collection Cette année là, une contrainte positive

7JàC  : La collection “Cette année là impose” un petit format en 48 pages. Est-ce pour vous un vrai travail et une difficulté de contenir toute ce pan d’histoire en si peu de pages ?
B.P : Alors un vrai travail, c’est sûr, une difficulté, je ne pense pas. C’est plus un pari, une contrainte supplémentaire, mais un historien est là pour diffuser l’actualité des connaissances à l’ensemble de la société, donc c’est un format qui s’y prête très bien. Être synthétique n’empêche pas d’être précis.

7JàC : Ce format permet-il finalement de toucher le grand public en étant un peu moins savant ?
B.P  : Exactement. C’est l’objectif et c’est complémentaire de ce qui peut être présenté au musée de Gergovie qui est, je dois le dire, un des musées de site les plus réussis à l’échelle nationale.

-52, Gergovie, Vercingétorix victorieux de César, Blaise Pichon,  Éditions Midi-Pyrénéenne, collection Cette année là. 48 pages, 8 euros

*Blaise Pichon, est également vice-président  de l’université Clermont Auvergne en charge de la Vie universitaire et conditions de travail.

Vercingétorix, œuvre de l'atelier Courtadon / Photo 7 Jours à Clermont

Vercingétorix, œuvre de l’atelier Courtadon pour le 92e RI / Photo 7 Jours à Clermont

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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