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Trophées- photo Yves Meunier.
Chroniques

Vouloir, c’est pouvoir

La concurrence entre médias n’exclut pas la volonté commune de privilégier la diffusion d’une information responsable…en tous cas dans le domaine sportif. L’affaire n’était pourtant pas gagnée d’avance. A l’origine fut notre père à tous, Edmond Dehorter.

« Ici Georges Carpentier, je viens de battre Nilles par ko en huit rounds et…je suis très content de la victoire ! » La phrase est légendaire. Non parce que la première superstar du sport français vient de glaner un nouveau titre planétaire mais parce que ce combat face à Marcel Nilles pour le titre de champion de France de boxe des mi-lourds entrouvre, en ce 6 mai 1923, le premier chapitre du radioreportage.

Le pionnier

E.Dehorter prêt à l’envol- archives Radio France.

En fait, la brève interview de Carpentier et le récit du combat sont racontés sur les ondes par un speaker en studio, lui-même alimenté par les fiches de deux sténodactylos reliées par téléphone au journaliste Edmond Dehorter installé au pied du ring du stade Buffalo dans l’ouest parisien.

Quelques mois après que Radiola ait diffusé le premier journal parlé en France, ce système D permet aux auditeurs de la station de vivre le combat en léger différé…un évènement !

Cinq mois plus tard, le bouillant Edmond Dehorter finit par obtenir l’installation d’une vraie liaison technique pour commenter en direct dans l’ambiance de la salle Wagram un combat mondial de poids plume entre Eugène Criqui et le belge Henry Hebrans.

Cette fois, l’histoire est vraiment en marche.

L’innovation technique n’est pourtant pas du goût de tout le monde. La presse écrite grince fort des dents en arguant de concurrence déloyale. Illustration savoureuse à l’occasion des Jeux Olympiques de 1924 à Paris.

Premier direct rugby- archives Radio France.

Envole-moi…!

L’omniprésent Dehorter, moustache et nœud pap assortis, surnommé ‘’le parleur inconnu’’ (ben oui, à la radio…) commente en direct les épreuves d’athlétisme disputées dans le stade de Colombes et s’apprête à en faire de même avec la finale du foot entre la Suisse et l’Uruguay. Excédés, les journaux font le forcing auprès de l’organisation des JO…qui cède et interdit l’accès du stade au fougueux parleur.

« Vouloir c’est pouvoir ! » Le banni passe un accord avec Peugeot qui met à sa disposition une montgolfière afin de prendre de la hauteur pour assurer le commentaire. Mais le vent déstabilise le ballon captif qui ne pourra pas remplir sa mission. Tant pis, Dehorter se contentera d’interviewer les spectateurs à leur sortie du stade !

La guerre se poursuivra sur d’autres champs de batailles, notamment autour des terrains de rugby où la rivalité prend un visage différent.

En avril 1925, pour marquer son ouverture, Radio Toulouse (filiale du même groupe que Radiola) fait le buzz en diffusant la rencontre Carcassonne-Perpignan commentée en direct par l’incontournable Edmond Dehorter.

Dès le lendemain ‘’Toulouse PTT’’ (service public) fait brouiller les fréquences de la concurrence et bientôt les PTT n’accorderont plus de lignes aux radios privées. Na !

Dés lors, l’opportuniste Dehorter exercera ses talents dans la station d’Etat ‘’Paris PTT’’ et les premiers radioreportages sur le Tour de France cycliste (1927) seront l’occasion de sceller la paix avec la presse écrite.

Autres combats  

Jacques Goddet et Félix Lévitan- Arch. Société du Tour de France.

Initié en 1527 par François 1er pour les ‘’stars’’ du Jeu de Paume puis, plus officiellement, par les anglo-saxons dès le milieu du 19ème siècle, le professionnalisme ne cessera de gagner la pratique sportive au fil du siècle dernier.

Face au « bizness » envahissant, les journalistes vont donc éprouver le besoin de s’unir afin d’obtenir des autorités sportives le respect de droits essentiels à l’accomplissement de leur mission.

Cette volonté aboutit le 18 janvier 1958 à la fusion entre le Syndicat de la Presse Sportive et l’Union Nationale des Journalistes Sportifs récemment fondée par Félix Lévitan.

Sorti à 22 ans de son job de téléphoniste de presse par le journal ‘’L’Intransigeant’’ qui l’envoie couvrir le Tour 1933, homme au caractère de fer, Félix Lévitant fera carrière au ‘’Parisien’’ sans se départir de sa maxime « Vouloir c’est pouvoir !».

Avant de rejoindre Jacques Goddet à la direction de la Société du Tour de France en 1962, il fut donc la pierre angulaire de l’Union Syndicale des Journalistes Sportifs de France à la tête de laquelle lui succédera notamment Jacques Marchand, autre figure légendaire de la profession.

Interviews- ph.Y.Meunier.

Face aux droits télé

Amputée en 2008 de sa qualification ‘’syndicale’’ et rebaptisée Union des Journalistes de Sport en France, l’UJSF a pour mission la défense des droits et intérêts généraux et particuliers, matériels et moraux de ses membres, ainsi que leur protection dans l’exercice de la profession face, notamment, à la ghettoïsation découlant de la dictature des droits télé.

L’UJSF s’appuie sur les conventions passées avec les Fédérations, les Ligues pro et le Comité National Olympique pour que les clubs et organisateurs des manifestations sportives mettent à disposition les liaisons de communication nécessaires dans les tribunes, salles de presse et zones d’interview dont elle est gestionnaire. L’UJSF assume également la délivrance des accréditations pour l’accès des journalistes professionnels aux espaces médias.

Le travail en bonne intelligence avec les clubs est évidemment garant de l’efficacité du système. Les différentes parties y trouvent ainsi leurs intérêts surtout à une époque où les réseaux sociaux ont tôt fait de se substituer aux médias professionnels pour donner le tournis au chaland moyen hypnotisé par un flux de ‘’news’’ non contrôlées, d’origines souvent douteuses et dont personne n’est en mesure d’assumer la responsabilité. 

Salle de presse au Michelin- ph.Y.Meunier.

Cartes de visite

Sous statut associatif, l’UJSF est chapeautée par un bureau directeur auquel sont associés les présidents de 18 sections régionales regroupant 3100 membres cotisants.

Les subventions n’étant plus ce qu’elles furent, l’Union assure son budget de fonctionnement en organisant, avec le soutien de partenaires, des manifestations annuelles telles que le Prix LCL-UJSF du meilleur article et de la meilleure photo de sport ou les Micros d’or récompensant les meilleurs reportages audiovisuels.

Depuis 2008 la section Auvergne organise en octobre sa soirée des Trophées destinée à honorer les performances réalisées par les plus prestigieux représentants de la région et à faire découvrir des talents moins médiatisés. Les partenaires locaux de l’UJSF auvergne sont ainsi associés à la remise de ces Trophées sur la scène du Studio 120 à Cournon.

Ces manifestations sont autant d’occasions pour l’UJSF de sortir de la discrétion de son combat mené en faveur d’une information professionnelle et responsable…même si elle n’est pas sans défauts et qu’elle peut parfois défriser ses interlocuteurs.

Trophées 2019- ph.V.Roche.

 

À propos de l'auteur

Yves Meunier

Yves Meunier

Bourbonnais originaire de Gannat où il s’est essayé au rugby sous le maillot de l’ASG pendant une douzaine d’années. Diplômé d’Etudes Supérieures en Sciences Economiques à l’Université de Clermont. Journaliste à France3 Région de 1972 à 2007. Aujourd’hui impliqué avec des amis dans une aventure viticole du côté de Saint-Emilion et toujours en prise avec le sport auvergnat au sein de l’Union des Journalistes de Sports en France.

1 Commentaire

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  • Merci Yves pour ce rappel historique documenté de la naissance du radio reportage. Au delà de l’avancée technologique on retrouve la volonté de vouloir faire progresser l’humanité. Bel hommage à ces pionniers et à travers eux, à tous ceux qui suivent « leur voix » dans le respect déontologique de la profession…

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