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1. A Boudes, les vignes poussent en terrasse sur une ancienne coulée de lave. © Emmanuel Thérond
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Vins d’Auvergne: l’éruption d’une nouvelle identité

Regroupés au sein de l'association “Vinora”, les vins volcaniques du monde entier veulent trinquer ensemble. Née en Auvergne, cette démarche a attisé la curiosité de la presse internationale spécialisée. 

Quel est le point commun entre l’Auvergne, les îles des Açores, la Sicile, la Transdanubia en Hongrie, le Campo de Calatrava en Espagne, la Styrie en Autriche, l’Oregon aux Etats-Unis ou la Cordillère des Andes au Chili ? Toutes ces régions possèdent un vignoble… volcanique.  “Ces domaines sont exceptionnels. S’il y a bien une leçon que j’ai tiré de mes pérégrinations sur les volcans du monde, c’est que leurs terroirs offrent des expériences culturelles, sensorielles, gastronomiques et viticoles uniques” expose le géologue Charles Frankel, auteur d’un ouvrage de référence sur ces “Vins de Feu.”

A l’initiative de la filière auvergnate, l’association “Vinora” (www.vinora.vin) a été créée pour fédérer ces vignerons qui savent tirer partie de la richesse de la lave. Curieusement, personne n’y avait pensé jusqu’à présent. “C’est vraiment dommage qu’on ait pas exploité ça beaucoup plus tôt” admet Pierre Goigoux, vigneron à Châteaugay.

Cette “grande famille” a tenu son premier salon professionnel le jeudi 30 janvier à Vulcania. Il est également possible de découvrir ces vins d’ici et d’ailleurs jusqu’au lundi 2 février dans les allées de Vinidôme, à la Grande Halle d’Auvergne, à Clermont. “Ce n’est que le début de l’histoire. Pourquoi ne pas avoir bientôt un label, une signature, une identité reconnaissable ? Nous sommes en train d’en parler. En tout cas, je suis très fier que cette première réunion se fasse sur le territoire. C’est une vraie opportunité” se réjouit Pierre Desprat, président de Vinora, à l’origine de ce projet qui ne manque pas de panache.

2. “Le volcanisme auvergnat est pluriel” rappelle le volcanologue Patrick Marcel © Emmanuel Thérond

“Capter l’attention”

Je vois un fil conducteur qui traverse tous les vins volcaniques : ils sont plus savoureux que fruités. Ce sont des vins plus frais, plus tendus, plus gastronomiques. Il y a davantage de minéralité, de salinité” expliquait, lors de son passage à Clermont, le journaliste et écrivain John Szabo. “.”L’idée d’une région volcanique capte l’attention. Cela attrape l’imagination. C’est un point d’entrée très intéressant

Preuve que le sujet suscite la curiosité, sinon un intérêt prononcé : une dizaine de journalistes nationaux et internationaux sont venus arpenter le vignoble auvergnat en début de semaine. Parmi eux, l’américain Jordan Mackay, représentant “San Francisco Magazine.” “La plupart des gens aux Etats-Unis ne connaissent pas le vin d’Auvergne. Or, je pense que c’est une nouvelle frontière pour les amateurs de vin… et pour moi !” confiait-il lors d’une visite des caves de Châteaugay. “Les paysages sont très beaux et les gens sont incroyablement amicaux. Nous avons beaucoup à apprendre du vin des Auvergnats, de leur nourriture, de leur culture ou de leur histoire. Le centre de la France reste encore un mystère pour beaucoup d’Américains, qui préfèrent se rendre dans des régions plus accessibles et sur la côte.”

La revanche des vins légers

Même enthousiasme pour la britannique Julia Harding, bras droit de la critique Jancis Robinson, une des références mondiales du secteur. “ Avant, tout le monde aimait les vins boisés, avec beaucoup d’extraction. Je crois que le moment est venu pour les vins légers, plus digestes, avec beaucoup de fraîcheur. Ils respectent le terroir et le paysage ; et leur pureté n’est pas masquée par l’œnologie. En Auvergne, je pense qu’il existe des vins comme ça.

Nadia Fournier, auteur d’un guide spécialisé, chroniqueuse et journaliste à Montréal, connaissait  “très peu” les vins d’Auvergne. Puis un jour, elle a eu l’occasion de déguster “L’Impromptu” de la Cave Saint-Verny. Visiblement, ses spécificités ont piqué sa curiosité… “J’ignorais tout le passé volcanique des terroirs d’Auvergne. Or, peu de régions du monde peuvent se targuer d’avoir une identité si forte. Ici, les vignerons savent ce qu’ils sont. Et ils l’assument. C’est une grande richesse. Le monde du vin n’a plus besoin de vins sans personnalités.”

La dive bouteille auvergnate doit son caractère au travail des vignerons et des viticulteurs, certes, mais aussi à la nature même de son sous-sol, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. “Le volcanisme auvergnat est pluriel. Il y a eu des éruptions de natures différentes, qui donnent des terroirs vraiment atypiques. Cette diversité est très intéressante” rappelait, entre Boudes et Neschers, le volcanologue Patrick Marcel.

“Une reconnaissance”

2. “Le volcanisme auvergnat est pluriel” rappelle le volcanologue Patrick Marcel © Emmanuel Thérond

Forcément, de tels compliments donnent des ailes à une filière auvergnate en quête de considération et de reconnaissance. “On ne savait même pas que la totalité de notre vignoble poussait sur des sols volcaniques. C’est ce qui nous a impressionné. “Vinora” est donc une porte pour le faire connaître” se réjouit Gilles Vidal, président de l’AOC Côtes d’Auvergne, qui va s’élargir son périmètre à sept nouvelles communes*.

Pour Annie Sauvat, une figure incontournable de Boudes, cette bannière volcanique est une “bonne chose”, car elle résonne au-delà de la région. Mais les vignerons cherchent aussi à redorer leur blason localement. En particulier auprès des restaurateurs, encore trop frileux à les valoriser, malgré l’appétence des consommateurs pour les produits locaux et l’incontestable montée en gamme des Chanturgue et autres Corent.

Heureusement, certains jouent le jeu à fond, à l’image de Thierry Legouffe,  grand maître de la confrérie de la truffade et chef de l’Hôtel des Voyageurs à Bagnols, dont l’exemplarité mériterait de se répandre comme une nuée ardente. “Nous avons des vins superbes en Auvergne. Je les mets au maximum en avant. Ils représentent environ un tiers de ma carte” précise cet ambassadeur des spécialités locales. Alors, qui dit mieux ?

*Vassel, Egliseneuve-près-Billom, Regnat, Glaine-Montaigut, Montpeyroux, Saint-Julien-de-Coppel et Chadeleuf.

 

 Le vignoble auvergnat en chiffres

  • 400 hectares
  • 26 vignerons indépendants
  • 56 viticulteurs affiliés à la cave Desprat / Saint-Verny
  • 2,2 millions de bouteilles produites chaque année
  • 5 dénominations : Madargue, Châteaugay, Chanturgue, Corent et Boudes
  • 3 cépages : Gamay, pinot noir et chardonnay

 

 

 

À propos de l'auteur

Emmanuel Thérond

Emmanuel Thérond

Titulaire d'un Master en Littératures Modernes et Contemporaines, Emmanuel Thérond est journaliste en Auvergne depuis 2004. Il a commencé sa carrière à La Montagne, avant de rejoindre la rédaction d'Info Magazine, où il a travaillé durant 15 ans. Il écrit également pour la presse professionnelle, en particulier Le Moniteur du BTP, dont il assure la correspondance locale. Depuis 2019, il signe dans Le Parisien - Aujourd'hui en France.

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