Inauguré en 1967 par Georges Pompidou, alors Premier ministre, le bâtiment Mitterrand de la Faculté de droit de Clermont fait actuellement l’objet d’un vaste chantier de restauration. Les travaux, qui seront achevés pour la rentrée 2027, ont donc nécessité le « relogement » de 3 000 étudiants et du personnel dans divers locaux de l’UCA pour deux années universitaires.
Labellisé Architecture Contemporaine Remarquable (ACR), ce bâtiment iconique est l’œuvre de l’architecte Eugène Beaudouin, premier Grand Prix de Rome en 1928 et précurseur de l’architecture moderne en France. Si le bâtiment nécessitait une sérieuse remise aux normes, en particulier environnementales, et une adaptation aux usages actuels, il n’était donc pas question de toucher à son aspect extérieur.
Le cabinet clermontois Marcillon Thuilier Architectes (MTA), en charge de la rénovation de ce bâtiment de la Faculté de Droit, a dû imaginer une transformation profonde à l’intérieur tout en préservant l’aspect extérieur, comme l’explique David Marcillon :
L’art des palais florentins
À propos de ce bâtiment de l’école de , le mot « iconique » ressort fréquemment. Qu’a-t-il de particulier ?
David Marcillon : Il est iconique à plusieurs titres. D’une part, par son écriture architecturale qui évoque une histoire importante de l’architecture, celle de l’art des palais florentins. Donc, il est iconique d’un point de vue culturel sur cet aspect-là. Il est iconique pour la ville parce que, depuis six décennies, c’est un bâtiment qui est un marqueur de la vie de l’université de droit et de la vie universitaire à Clermont. Il fait partie de ces grands équipements qui ont structuré notre ville, à deux pas du Jardin Lecoq ; c’est un bâtiment iconique dans ce sens-là. Iconique non seulement pour les étudiants, mais aussi par l’attachement de toutes les générations qui sont passées par ce bâtiment. C’est effectivement une œuvre architecturale, mais qui est vraiment publique, partagée et appropriée. Elle a du sens à la fois pour ceux qui sont à l’intérieur, qui la font vivre, et pour ceux qui vivent à Clermont et la côtoient.
Comment avez-vous appréhendé de cette rénovation ?
Le premier défi était de pouvoir être en parfaite osmose avec cette écriture architecturale qu’avait dirigée Eugène Beaudouin. Il ne fallait donc pas du tout apporter une couche supplémentaire ou une dénaturation, que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur. L’enjeu était vraiment de tirer parti des très grandes qualités de ce bâtiment, à la fois par les espaces qu’il propose et à travers certains matériaux présents qui sont extrêmement qualitatifs, qu’on ne retrouve pas partout et qu’on ne pourrait plus se payer aujourd’hui. La pierre de travertin, c’est quelque chose de noble, par exemple. Voilà un point important. Les façades en aluminium sont également des éléments, je dirais, des matériaux extrêmement nobles. C’était donc d’entrer dans cet esprit, de respecter l’esprit des lieux et l’intention initiale de nos maîtres. C’était un point majeur.
Transformer la Faculté de Droit sans la dénaturer
Cette rénovation a-t-elle conduit à relever d’autres défis ?
Oui. Outre le fait d’être vraiment dans l’esprit du lieu, l’autre grand défi était de savoir comment transformer un bâtiment — là aussi sans le dénaturer — au vu des exigences actuelles d’adaptation climatique. Il est absolument nécessaire que nos bâtiments ne consomment pas trop d’énergie, le moins possible, à la fois pour produire du chaud et du froid, et pour se protéger des surchauffes climatiques. C’est un enjeu technique qui ne se voit pas forcément beaucoup, mais qui demande énormément de travail : définir quels types d’appareils et de gestion utiliser, comment réussir à passer dans les différents espaces pour traiter tout ce nouvel environnement et obtenir une performance énergétique très forte.

Après, l’autre défi, c’est le temps. Et là, on le doit beaucoup à notre chef d’orchestre, l’entreprise qui dirige tout cela, l’entreprise Dumez. Elle a la responsabilité de tenir les délais les plus courts pour réaliser les travaux, évidemment de manière qualitative, afin de pouvoir livrer le plus vite possible. Pour les études comme pour les travaux, nous avions des délais assez comprimés, très denses. Il y a donc cet enjeu de livrer au plus tôt, et pour nous, c’est pour la rentrée 2027.
Vous êtes dans le bon timing pour l’instant ?
Oui, oui, là, on est dans les clous.
Rester en lien avec l’histoire de ce bâtiment
Pouvez-vous revenir sur la manière dont vous avez opéré ? Vous avez tout vidé avant de mettre l’intérieur à nu ?
Oui. Déjà, les équipes ont dû déménager, ce qui n’est pas rien : vider la bibliothèque, l’ensemble des bureaux, etc. Après, au niveau des travaux, ce sont principalement des interventions intérieures, encore une fois très majoritairement, même si l’on change l’ensemble des menuiseries. C’est un bâtiment qui possède une surface de fenêtres et de vitrages extrêmement conséquente. En fait, on remplace peut-être près de 40 à 50 % de la façade, sans que cela paraisse.
Mais effectivement, à l’intérieur, il a fallu vider les anciens éléments historiques, techniques, les anciens habillages, et supprimer la pollution, principalement amiantée. Il y a donc eu des séquences de travaux de dépollution pour revenir, j’allais dire, à l’os du bâtiment, afin de lui redonner cette nouvelle chair qui va apporter à la fois du confort thermique, mais aussi de grandes qualités d’ambiance, de travail et de détente.
Comment avez-vous imaginé le nouvel intérieur de cette Faculté de Droit?
Comme un lieu d’apprentissage et de haut niveau universitaire qui doit offrir un écrin à ceux qui le vivent : les personnels, les enseignants, les chercheurs ou les élèves. Notre souci constant est d’offrir la matière la plus chaleureuse possible, qui apporte une ambiance dans laquelle on a envie d’être, de revenir, et à laquelle on s’attache. Et surtout, de ne pas tomber dans la banalité, mais de rester tout le temps en lien avec l’histoire de ce bâtiment.
Pouvez-vous décrire comment le lieu va être réaménagé ?
Le bâtiment est iconique pour toutes les raisons évoquées, mais il possède des espaces très singuliers et marquants. À chaque fois, sur les trois ou quatre lieux vraiment marqueurs de son identité intérieure, nous nous sommes dit qu’il fallait absolument retrouver au maximum les qualités de lumière, de volume et d’espace.
Cela passe aussi bien par le hall d’entrée, auquel on redonne toute sa splendeur en révélant la qualité des matériaux initiaux déjà présents (il suffit juste de les magnifier), que par la grande bibliothèque, pour qu’elle soit effectivement grande. Au fur et à mesure du temps, elle s’est retrouvée un peu entravée par une succession d’aménagements qui ont créé une accumulation. Là, l’idée était de retrouver de l’ampleur. Pour la bibliothèque, l’objectif est d’avoir cet énorme écran visuel qui nous projette sur le Jardin Lecoq, d’avoir de la lumière, du ciel, d’être un peu au-dessus des toits et de ressentir cette sensation d’être décollé de la ville. On n’entendra quasiment aucun bruit à l’intérieur pour une concentration maximale, tout en profitant de ces grands espaces et de la qualité des matériaux. On pourra s’installer facilement pour travailler et, dès qu’on lèvera la tête, profiter d’une lumière intéressante ou jeter un œil sur les arbres.

Le label ACR n’est pas une contrainte
Que ce bâtiment soit labellisé Architecture Contemporaine Remarquable, est-ce une contrainte supplémentaire ?
Ce n’est pas une contrainte, parce que c’est un bâtiment de cœur pour Philippe Thuilier, mon associé, et moi-même. C’est l’un de nos bâtiments préférés depuis très longtemps, depuis nos études à Clermont. Nous avons un véritable attachement architectural pour lui. C’était donc presque un honneur et, en tout cas, une grande responsabilité de pouvoir le restituer et lui redonner sa splendeur, tout en restant à l’écoute des personnes responsables de la patrimonialisation. Nous travaillons très bien avec les Architectes des Bâtiments de France (ABF), avec lesquels nous échangeons pour caler les mises au point. Donc, voilà, pour nous, ce n’est pas du tout une contrainte.














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