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Avion Breguet-Michelin
Avion Breguet-Michelin / photo X
Économie Histoire

Quand Michelin se mobilise

Sur le site Michelin de La Combaude à Clermont, comme plusieurs autres sites en Europe, des employés sont mobilisés pour la fabrication de masques de protection. Cette participation active à l’effort national n’est pas une nouveauté pour la Manufacture qui a déjà démontré sa capacité de réaction en temps de guerre.

« Nous sommes en guerre » avait déclaré Emmanuel Macron, le 16 mars dernier à propos de la lutte contre le Covid-19. Depuis le pays s’est organisé pour faire face à la crise et palier aux carences révélées. Comme bon nombre d’entreprises, Michelin à adapté sa production dans certaines de ses unités réparties en Europe où l’on fabrique 400 000 masques chaque semaine. Ce n’est pas la première fois que l’entreprise clermontoise montre sa capacité d’adaptation face à une situation exceptionnelle. Durant les guerres, militaires celles-ci, elle a fait preuve d’adaptation et de patriotisme.

Michelin constructeur d’avions dès 1914

En 1914, l’entrée en guerre de la France porte un coup au développement florissant de la manufacture clermontoise. En bons visionnaires, les frères Michelin, qui ont bien compris l’importance de l’aviation dans un conflit, annoncent que l’entreprise peut participer à l’effort de guerre en construisant des avions. Ils proposent de produire gratuitement 100 cellules d’avions, destinées à être équipées de moteurs fournis par l’Etat, et les suivantes à prix coûtant. Durant les 4 années du premier conflit mondial et alors que près de 3500 employés partent au front, ce sont au total 2000 machines qui sortent des ateliers Michelin. Différents modèles sont développés et construits avec le constructeur d’avions Breguet, alors que Renault s’occupe des moteurs. Pour tenir la cadence, la Manufacture met en application le principe du taylorisme, organisation scientifique du travail qui permet de gagner en productivité. La période s’avère riche en innovations pour l’entreprise clermontoise qui développe des lanceurs embarqués de bombes, un système de navigation et différentes évolutions sur les avions qui doivent devenir plus performants. Ce que l’histoire de l’aviation retiendra de cette aventure c’est la construction de la piste d’Aulnat. Les ateliers et la piste d’essais installés sur le site des Gravanches devenus trop petits, la production est délocalisée à Aulnat (où sera également installée une école du bombardement) mais le champ utilisé comme piste d’envol se révèle vite impraticable car trop boueux. La solution est rapidement trouvée avec la construction d’une piste en ciment de 400 mètres de longueur ; c’est la première piste d’aviation en dur construite au monde. Aujourd’hui, il existe encore un fragment de cette piste sous la maquette du Breguet-Michelin situé devant le terminal de l’aéroport de Clermont-Aulnat.

Un hôpital construit en trois semaines

Parallèlement à la construction d’avions, Michelin se mobilise pour accueillir des blessés de guerre. A l’automne 1914, en trois semaines à peine, un entrepôt de pneus de quatre étages sur le site des Carmes est transformé en hôpital. Mobilier, matelas, draps, drains, tout est confectionné sur place par les « Bibs ». D’une capacité de 320 lits, cette unité de pointe comporte des pièces de vie, une salle d’opération, une pharmacie où l’on fabrique du sérum antitétanique, un laboratoire de microbiologie et un autre de radiographie. Ce dernier travaille aussi pour les hôpitaux de Clermont qui, à l’époque, ne sont pas encore équipés de cette nouvelle technique. Durant le conflit, l’équipe soignante d’une centaine de personnes, dont un médecin chef et un chirurgien, accueille 3000 soldats blessés. Par solidarité, certaines ouvrières viennent épauler les infirmières professionnelles.

Une tout autre situation pour la seconde guerre mondiale

Michelin envisage de reprendre la construction d’avions en 1939, mais en 1940 les Allemands occupent les usines et l’armistice est signé, mettant l’économie sous contrôle. Durant le conflit la manufacture doit composer avec le manque de matières premières et fait tout pour maintenir l’emploi. La diversification de la production est encore une fois au cœur de l’activité : Poêles à bois, voitures d’enfants, imperméables, vélo et remorques sont commercialisés et la fabrication des pneus se poursuit… pour l’armée allemande. C’est pour mettre fin à cette approvisionnement que l’usine de Cataroux est détruite par un bombardement allié en 1944. Quelques mois plus tard, les officiers du D-day débarquent sur les plages de Normandie. Ils ont dans leur équipement une édition spéciale, actualisée et imprimée aux USA, du Guide Michelin de 1939.

À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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