Place Jean-Jaurès, au cœur de Saint-Etienne, il est un restaurant dénommé ‘’Les poteaux carrés’’. L’enseigne peut paraître énigmatique mais pas pour les stéphanois ni les vieux supporters des Verts de la belle époque qui n’ont toujours pas digéré la défaite 1 à 0 face au Bayern Munich en finale européenne. La faute à ces ‘’putains de poteaux carrés’’ de l’Hampden Park de Glasgow, la transversale ayant eu le mauvais goût de repousser un missile de Bathenay et une tête de Santini. C’était le 12 mai 1976.
Un Noël à l’odeur de sapin
Pas loin d’un demi-siècle plus tard, l’entraîneur du Clermont Foot n’hésite pas à sacrer son équipe ‘’reine des tirs sur les poteaux’’. Lesquels poteaux ne sont pourtant pas carrés, ce qui inciterait les mauvaises langues à coller cet adjectif qualificatif sur les pieds des attaquants clermontois, redoutables d’inefficacité avec un misérable bilan de 11 buts marqués en 17 matchs.

Avant la trêve des confiseurs et au terme du dernier rendez-vous perdu face à Rennes, on ne pouvait s’empêcher de penser que Noël 2023 sentait un peu le sapin pour les Rouge et Bleu, relégués dans un fond de tableau peu en rapport avec leur 8e place de la saison dernière.
Vu l’effritement de l’affluence au Montpied en cette fin d’année (entre 8000 et 9000 spectateurs), l’environnement économique aurait-il pris lui aussi un coup de blues ? « Hormis les départs significatifs du défenseur Wieteska et du milieu Khaoui, l’effectif n’a pas été bouleversé. Ça marchait super l’an dernier et là…plus rien ne va !» Comme beaucoup, Alex Santos, président du Club Entreprises, est plongé dans l’expectative mais ne désespère pas, nonobstant l’inconstance de ses favoris : « Je crois au maintien, le championnat est relativement faible, ça peut nous servir ! »
La double inconstance
Autant que je puisse me souvenir, les perches du rugby n’ont jamais été carrées mais la métaphore me pousse à penser sans marivauder que l’inconstance de la troupe montferrandaise est devenue le ‘’poteau carré’’ qui l’empêche trop souvent de franchir la ligne d’essai.
Le constat est flagrant au fil des matchs, surtout en terre adverse, comme si l’ASM n’était pas encore sortie de son marasme covidesque depuis la désertion d’Azéma, suivie du passage de Jono Gibbes et de l’arrivée du père Urios qui a su au moins rassurer en éloignant le club des affres d’une relégation.

Mais de quelle qualité d’effectif l’entraîneur dispose t-il réellement pour sortir du ventre mou de la compétition et que le club puisse retrouver sa place parmi les cadors du TOP14 et de l’Europe ? Si l’inconstance sur le pré à l’heure des affrontements est assurément une affaire de collectif, l’efficacité du collectif n’est-elle pas aussi la résultante d’une synergie entre talents individuels ?
À l’évidence, le bât blesse dans ce secteur. Point de salut quand les avants sont battus, et si la conquête parvient à se montrer généreuse c’est la suite qui foire. ‘’Au royaume des occasions perdues’’ titrait récemment notre confrère La Montagne. Et Christophe Urios d’enrager sur cette récurrente inconstance.
Le secours du tiroir-caisse ?
Le dernier facteur X de l’ASM ayant préféré les rives du bassin d’Arcachon à celles du lac d’Aydat, le casting auvergnat a bien du mal à soutenir la comparaison avec une concurrence de plus en plus suréquipée. Les ‘’autres’’ seraient-ils plus riches et aussi plus roublards ? C’est bien possible.
Côté foot, à la mi-parcours du championnat, deux clubs sont à leur place si l’on s’en réfère aux budgets : Le PSG premier avec 700M€, Clermont dernier de la Ligue1 avec le plus petit budget : 28M€. Une logique en trompe-l’œil puisque Lyon 3e budget (220M€) est 15e alors que Brest 15e budget (48M€) est 4e.

Cela dit, moyen en défense et faible en attaque, le Clermont Foot aurait peut-être les moyens de s’offrir un surcroît d’efficacité pour peu que son discret président-propriétaire Ahmet Schaefer ait l’intention de se lâcher dans le mercato de janvier et à condition de dénicher de bonnes occases. Depuis plusieurs saisons le bilan financier des transferts (business des propriétaires de clubs) est très largement positif, il devrait donc y avoir une marge de manœuvre même si l’entraîneur ne pousse pas forcément à la roue. Les Ultras sont dans l’attente.
Continuité
Après huit saisons clermontoises dont sept à la direction de l’équipe pro, et à six mois d’une retraite annoncée, Pascal Gastien répète à l’envie qu’il devrait pouvoir s’en sortir avec le groupe qui a débuté la saison. Vertu cardinale de l’ancien Niortais, la continuité semble piloter également la stratégie du Clermont Foot. Y aurait-il un autre club pro dans l’hexagone qui n’ait déjà entamé la valse des entraîneurs au vu des maigres performances de son équipe ? Tant il est vrai qu’il est plus facile de virer l’entraîneur que de changer les joueurs.
La pose de la première pierre de la nouvelle tribune de la ‘’Sagrada Familia’’ de Clermont-Ferrand est annoncée pour janvier 2024 (1). Puisse Gastien (et ses troupes) se sortir du mauvais pas et renouveler le bail 3-6-9 avec la Ligue1. Ce serait un départ à la retraite avec des honneurs mérités pour le coach et cela éviterait d’avoir à trouver un nouveau prétexte pour geler le projet du nouveau Montpied…comme ce fut déjà le cas par le passé.

Au fait, une présumée très sérieuse étude balistique réalisée trente ans après la finale de Glasgow avait conclu qu’une barre ronde n’aurait pas repoussé mais ‘’accompagné’’ le ballon dans le but du Bayern. Terrible épilogue d’une histoire que les nostalgiques peuvent se ressasser en maudissant de visu les vilains poteaux carrés de l’Hampden Park. Ils sont exposés depuis dix ans dans le Musée des Verts de Geoffroy-Guichard.
(1) Le projet du stade Montpied avait commencé à germer en même temps que la FIFA mettait hors-jeu les poteaux carrés… il y a 35 ans…













Commenter