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Le pape Urbain II prêchant la première croisade sur la place de Clermont, tableau de Francesco Hayez (1835
Le pape Urbain II prêchant la première croisade sur la place de Clermont, tableau de Francesco Hayez (1835)
Patrimoine

Place Delille : des remparts au rond-point

Alors que se déroule actuellement une phase de concertation pour la requalification du secteur clermontois Delille-Salford avec mise en valeur du patrimoine, intéressons-nous à la place Delille dont l'histoire est intimement mêlée à celle de la ville.

Alors que les habitants de la métropole clermontoise sont invités à donner leur avis et à partager leurs idées dans le cadre de la concertation sur le devenir du secteur Delille-Salford, il est intéressant de se pencher sur l’histoire de la place Delille qui était jadis, l’une des entrées principale de la ville. Elle était le porte Est du Clermont fortifié en arrivant par la route de Paris qui passait par la ville voisine de Monteferrand. Aujourd’hui, avec 10 000 véhicules qui l’empruntent quotidiennement, elle reste un rond-point essentiel pour la circulation des voitures et des transports en commun, mais le temps de la requalification et de la revalorisation patrimoniale est arrivé.

Du Champ Herm à la la Place Dellile

La place était à l’origine un terre-plein (Champ Herm) au pied des remparts du Clermont médiéval. Il est historiquement admis que le pape Urbain II y aurait prêché la première croisade en 1095 à l’issue du concile de Clermont, car l’espace était suffisamment vaste pour accueillir la foule. La Porte Royale qui permettait d’entrer dans la ville par la rue du Port (du latin portus, entrepôt) prit le nom de porte Champet. La place a longtemps servi aux marchés (paille, foin et autres produits liés à la pratique de l’agriculture), puis s’est peu à peu, urbanisée, dès 1855 date de construction de la gare à l’écart de la ville. Elle prend le nom Delille au cours du XIXe siècle et sera même traversée par la Route Nationale 9. Aujourd’hui, la place se retrouve au centre de l’axe reliant la gare et la place de la poterne que la Métropole et la Ville ont décidé de remettre en valeur.

Patrimoine

La place comporte un terre-plein central sur lequel se trouve la Fontaine Delille construite en 1875 par les Forges Durenne en Lorraine, à Bar-le-Duc. Il s’agit d’une fontaine réservoir qui recueille l’eau de trois fontaines situées plus haut sur la butte de Clermont, pour la redistribuer aux bornes du cimetière des Carmes. Le bassin repose sur un édifice en brique. Le plus étonnant dans l’histoire de la place est que cette fontaine a été construite pour remplacer la Fontaine d’Amboise qui dans un but de protection, avait été transférée du jardin de l’Evêché au pied de la Cathédrale vers cet emplacement entre 1808 et 1854. Finalement, trop exposée en raison de l’activité importante de transit de marchandises vers la rue du port, les autorités de l’époque l’avait de nouveau fait déplacer vers le cours Sablon*.
A l’angle de la place d’Espagne, une curiosité attire l’attention. Il s’agit de la pharmacie (aujourd’hui fermée) du docteur Léon Gros construite en 1910 par l’architecte Louis Jarrier, célèbre pour ses constructions très typées dans les stations thermales auvergnates. La façade est recouverte de mosaïque représentant des décors égyptiens. L’ensemble des bâtiments construits autour de la place datent majoritairement du XIXe et sont d’assez bonne facture. Ils méritent une mise en valeur, mais il faut, cependant, faire abstraction de l’hôtel témoin d’une époque où l’unité architecturale des places n’étaient pas la priorité de la ville.

Qui était Jacques Delille ?

Jacques Delille vraisemblablement né à Clermont en 1738, était le fils naturel de Marie-Hiéronyme Bérard, de la famille du chancelier Michel de l’Hospital. Il fut reconnu par Antoine Montanier, avocat au Parlement de Clermont. Delille qui n’embrassa pas la carrière ecclésiastique porta, quelques temps, le titre d’abbé, car il possédait l’abbaye Saint-Séverin. Après de brillantes études, il devint professeur au collège d’Amiens puis au collège de la Marche à Paris. Il était reconnu pour son talent de versificateur et son aptitude à la poésie. Sa gloire arriva par sa traduction en vers des Géorgiques de Virgile publiée en 1770. Il fut par la suite nommé à la chaire de poésie latine du Collège de France. Ses nombreux poèmes et ses traductions lui ont finalement ouvert les portes de l’Académie française de 1774 à 1813, année de son décès à Paris. Il repose au cimetière du Père-Lachaise.

*Lire notre article Fontaine d’Amboise : La voyageuse se refait une beauté paru en 2019 lors de sa restauration

À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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