Il suffisait donc de l’émergence d’un coureur français, un futur crack assurément, un fuoriclasse comme les Italiens qualifient les champions, pour projeter le cyclisme à la une du quotidien “L’Equipe”, comme il l’était régulièrement au XXe siècle quand le football ne jouissait pas d’un quasi-monopole. CQFD. Paul Seixas n’a que 19 ans mais il a déjà démontré des qualités hors norme, un potentiel impressionnant. N’a-t-il pas égalé récemment la performance chronométrique du roi Pogacar sur la difficile montée de Saint-Romain-de-Lerps en Ardèche. « Et il a été plus vite que lui dans la descente » ont ajouté quelques spécialistes non assermentés. Ce qui prouve qu’il n’a pas froid aux yeux.
Le principe des vagues
Ainsi est fait le sport : les générations se succèdent, les plus jeunes chassent les anciens, l’ordre établi est fait pour être bouleversé, renversé, foulé aux pieds. Au tennis, Nadal et Federer ont rangé leurs raquettes et Djokovic n’a pu endiguer les assauts des impétrants Alcaraz et Sinner. Tadej Pogacar lui-même n’avait-il pas relégué les Froome et Thomas aux oubliettes, pris l’ascendant sur Egan Bernal à qui l’on promettait un futur resplendissant. De même, lors de sa première victoire sur le Tour, il n’avait guère montré d’égard pour son compatriote Primoz Roglic, pourtant fort généreux avec lui. La jeunesse est impétueuse et modérément respectueuse.
L’avenir dira si Seixas marchera sur les traces des glorieux ainés Anquetil et Hinault, s’il écrira son nom à consonance portugaise dans le livre d’or du cyclisme aux côtés des plus grands. Il est sûr, en revanche, qu’à son tour, il sera la proie de l’ambition de coureurs plus jeunes que lui.
Sans controverse
Dans les médias français, si prompts à instiller le doute sur les performances éclatantes de Pogacar et à en rajouter à longueur de temps, pas la moindre équivoque concernant les prouesses « extraordinaires » du jeune coureur tricolore. Comme si la suspicion devait être à sens unique et ne pouvait toucher que les adversaires de « nos » champions. Deux poids, deux mesures… une habitude qui s’appelle chauvinisme et conduit aussi, dans d’autres sports, à contester les décisions arbitrales dès lors qu’elles ne tournent pas en notre faveur.
Marc François













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