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Quand la lumière nous rend aveugles…

Il n'y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, dit-on... Entre déni et mauvaise foi, les hommes ne perçoivent guère les cris déchirants des bêtes.

La société française vient, assez opportunément, de découvrir que la nourriture n’était pas innocente et qu’il se passait, avant qu’elle n’arrive dans les assiettes, des choses abominables… C’est la première fois qu’une association de protection des animaux, en l’occurrence L214, finit par se faire entendre des médias lorsqu’elle dénonce, preuves à l’appui, les horreurs dont sont victimes les bêtes que nous mangeons, sans le moindre état d’âme, puisque, n’est-ce-pas, ils seraient faits pour cela (pour être mangés, s’entend).

Trois millions d’évidences

Pourtant il y a bien longtemps que des voix s’élevaient. Dans ce désert que constituent nos dénis, nos habitudes, elles dénonçaient, fragiles, les meurtres perpétrés par des sociétés qui n’ont pas même l’excuse d’avoir faim. Pensez : chaque jour, pour nourrir les foyers français, 3 millions de bestioles, petites et grosses, à poils et à plumes (et combien de millions de créatures aquatiques ?) passent prématurément de vie à trépas, exécutées par des hommes en tenue ensanglantée, quelquefois brutaux et cruels, le plus souvent résignés à accomplir une tâche assez rebutante, mais il faut bien vivre…

Le choc des vidéos

Et plaf ! Un pavé dans la mare. Qui est encore sensible à l’écrit, qui se donne encore la peine de lire ce qui va le contrarier, le chagriner, voire pire ? Tandis que l’image, l’image vivante, mobile, réelle, elle atteint sa cible. Pas moyen de l’éviter, de détourner le regard lorsqu’elle a décidé de vous traquer dans vos derniers retranchements. Télévision, réseaux sociaux… Les images, même les plus insoutenables, occupent l’espace, et nous ne pouvons les ignorer. C’est comme cela que nous avons vu des porcs se débattre contre l’asphyxie dans la fosse à CO2 pendant de longues minutes… Quel rapport avec notre jambon cuit au torchon, avec nos rillettes ou nos saucissons secs ? Vrai, on ne veut, on ne peut tout simplement pas croire que les premiers et les seconds, c’est kif-kif. A moins d’être l’un de ces monstres froids privés totalement de la moindre empathie, cela dérange.

Alors, heureuse, la viande ?

Allons, ne faisons pas semblant d’être choqués, ni même surpris… Quel imbécile faut-il donc être pour s’imaginer qu’il existe une viande heureuse, comme voudraient nous le faire avaler les clips de pub de l’agro-alimentaire ? De tout cela nous avions l’intuition, non ? Celles et ceux qui ont assez vécu pour se souvenir de ces hideuses tueries du cochon qui avaient encore cours il y a quelques décennies dans les campagnes françaises, savent de quoi je parle. Du cinéaste Georges Franju (Le sang des bêtes, 1949) à Jean-Luc Daub (Ces bêtes qu’on abat, 2009), en passant par Pierre Gascar (Les Bêtes, 1953), il y eut pourtant des hommes pour voir et pour montrer aux autres.

Mais qui les avait entendus ?

À propos de l'auteur

Josée Barnérias

Josée Barnérias

A toujours été au plus près de la cause animale. En septembre 2010, a fondé La Griffe, association d'information et d'intervention pour les animaux. Aujourd'hui encore, elle en est la présidente. A travaillé pendant trente années dans la Presse quotidienne régionale. Elle vit à Clermont-Ferrand.

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