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Les 230 noms des 31000
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Histoire

Qui étaient « Les 31 000 », ces 230 femmes déportées à Auschwitz ?

À Chamalières, le musée de la Résistance, de l'internement et de la déportation, présente l'exposition "Les 31 000, femmes résistantes déportées" ou l'histoire de 230 femmes qui embarquèrent dans le premier et dernier grand convoi de déportation de femmes résistantes et victimes de la répression à destination d'Auschwitz.

« Ma chérie, je crois bien, cette fois, que c’est le départ définitif. On est venu nous dire, ce soir, de préparer nos bagages (…). Ne te fais pas de bile pour moi (…). Les voyages forment la jeunesse et je me sens encore jeune ».
Ces quelques mots sont extraits d’une lettre clandestine écrite par Marie-Claude Vaillant-Couturier le 21 janvier 1943 au fort de Romainville. 3 jours plus tard, cette trentenaire engagée, femme politique française, communiste et résistante embarque à bord d’un convoi ferroviaire dont la destination finale est Auschwitz-Birknenau. 229 autres femmes font partie du voyage. Parmi elles, des anonymes, mais aussi des personnalités comme Charlotte Delbo ou Danielle Casanova, majoritairement résistantes ou militantes communistes. On les appelle « Les 31 000 » une dénomination liée à leur numéro matricule attribué à leur arrivée au camp. Ce convoi est le premier et dernier grand convoi de déportation de femmes résistantes et victimes de la répression à destination d’Auschwitz. Sur les 230, seules 49 reviendront en 1945.

Rencontre avec Antoine Fourtin, médiateur du musée de la Résistance, de l’internement et de la déportation de Clermont Métropole. 

Une écrasante majorité de femmes résistantes

7 Jours à Clermont : Pourquoi ce convoi a t-il constitué une exception historique ?
Antoine Fourtin : Normalement les femmes résistantes françaises vont être déportées au camp de Ravensbrück, au nord de Berlin, alors que les femmes arrêtées parce que juives ou appartenant aux gens du voyage sont déportées au camp d’Auschwitz. Là on ne sais pas pourquoi, on ne comprend pas pourquoi, les Allemands ont déporté ces 230 femmes au camp d’Auschwitz numéro 2. C’est la raison pour laquelle on présente cette exposition sur ces femmes en particulier.

7JàC : Qui étaient les 31 000 ?
A. F : Elles n’ont pas toutes le même âge, elles ne sont pas toutes issues des mêmes catégories sociales. On va retrouver des dentistes, des ouvrières, des paysannes… elles ont des parcours divers et variés de vie. Elles viennent en grande majorité de la région parisienne, mais on a aussi des femmes de l’est de la France,  Strasbourg, Rouen, deux Auvergnates… donc géographiquement, on a des femmes d’un peu partout en France, qui étaient à Paris à ce moment là.
La grande majorité vient du Fort de Romainville qui est un lieu d’internement depuis 1942, certaines viennent de la prison de Fresnes et certaines avaient été arrêtées et mises au dépôt dans des commissariats ou à la préfecture de police. Toutes ces femmes sont réunies et déportées depuis Compiègne.

7JàC : Pourquoi ces femmes avaient-elles été arrêtées et pourquoi à Paris ?
A. F : La grande majorité de ces femmes faisaient partie de réseaux de résistance communiste, soit Francs-tireurs et partisans soit Front national, on a aussi des liens avec la MOI (Main-d’œuvre immigrée FTP-MOI) que l’on connait surtout grâce au groupe Manouchian et plein de petits groupes. Voilà pourquoi elles se trouvent à Paris. Certaines de ces femmes vont aussi être arrêtées au niveau de la ligne de démarcation, soit parce qu’elles essayent de la passer elles-mêmes, mais certaines faisaient passer des gens. On a une écrasante majorité de femmes résistantes, on a aussi des femmes résistantes polonaises ou d’origine polonaise, plein de parcours différents.

C.Delbo (c) E Schwab, MC Vaillant-Couturier (c) BHF Gallica , D Casanova (c) DR
C.Delbo (c) E Schwab, MC Vaillant-Couturier (c) BHF Gallica , D Casanova (c) DR

Avoir un esprit critique par rapport à différentes images

7 Jours à Clermont : On a généralement une image figée d’Auschwitz et des camps, pourtant le système concentrationnaire à évolué au cours de la guerre.
Antoine Fortin : Quand on travaille sur ce sujet et que l’on a écouté les historiens, on le sait… mais c’est vrai que la majorité du public a souvent une image très forte, notamment d’Auschwitz qui est un des camps dont on parle le plus, que l’on voit souvent dans les documentaires. Parfois, on explique mal qu’une image, une vidéo, représente un instant T, un moment donné, comme un témoignage qui va représenter ce qu’une personne a vu à tel moment, au moment de son arrivée, de sa vie au camp. On ne se pose jamais la question de ce que l’on est en train de voir. Le but de cette exposition est de montrer ce qu’ont été Auschwitz 1, 2 et 3 à un moment donné. On ne sait pas tout, mais si on lit, par exemple, le témoignage d’une déportée allemande en 1940 à Ravensbrück, elle raconte le camps en 1940. Si on écoute une résistante française en 1944, déportée dans le même camp, elle ne dit pas la même chose car le camp a évolué. En 1940 on y remodèle l’esprit de femmes allemandes pour qu’elles redeviennent de bonnes allemandes, elles sont 250, alors qu’en 1944  il y a 50 000 femmes utilisées pour le travail dans des usines proches. C’est tout le but de cette exposition : présenter ce qu’a été le système concentrationnaire allemand, de déconstruire un peu les images que l’on peut avoir, d’avoir un esprit critique par rapport à différentes images. C’est le travail de comprendre ce que l’on voit, sans prendre l’information brute.

7JàC : Les témoignages des 31 000 qui sont revenues présentent justement des différences ?
A. F : Le gros des sources de l’exposition est l’ouvrage de Charlotte Delbo Le convoi du 24 janvier. Parmi les 49 revenues, toutes n’ont pas témoigné mais je dirais pas, qu’il y a de divergences dans les témoignages. Il y a plutôt un consensus sur ce qui est dit.

Les « 31 000 » Femmes résistantes déportées, avec le Musée de la Résistance nationale, jusqu’au 16 mai 2026, au musée de la Résistance, de l’internement et de la déportation, 7 place Beaulieu à Chamalières, du mardi au samedi de 14h à 18h. Lundis et matinées réservés aux groupes et aux scolaires.- Conférence Le convoi des « 31 000 » Femmes résistantes déportées mardi 18 novembre à 18h30 avec Thomas Fontaine, docteur en histoire, spécialiste de la déportation et de la répression en France sous l’Occupation.
– Visites commentées : les 29/10, 10/11, 29/11, 4/12, 13/12, 06/01, 23/01 sur réservation musée.resistance@clermotmétropole.eu

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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