Il y a 85 ans, le 11 novembre 1940, les commémorations de l’Armistice prennent une forme inhabituelle. Ce sont les premières depuis la défaite de la France et aussi les premières d’un pays occupée par l’Allemagne nazie.
Depuis le 16 juin, la France vit sous le gouvernement du Maréchal Pétain. Le Gouvernement a quitté Bordeaux pour s’installer à Clermont, une seule journée, le 29 juin 1940, pour finalement rejoindre Vichy où les installations téléphoniques sont plus modernes et plus performantes.
4 mois plus plus tard, Philippe Pétain, grande figure de la Guerre 14-18, décide de venir à Clermont pour les commémorations du 11 novembre. Il ne peut qu’en célébrer l’anniversaire mais lors de la cérémonie qui se déroule à la Cathédrale, le langage habituel a changé. Alors que le pays vit des heures douloureuses, il n’est question que des morts français de la Grande Guerre… la victoire sur l’Allemagne est savamment occultée.
Ce jour-là, l’évêque de Clermont en personne, Gabriel Piguet accueille le Maréchal. Ironie de l’histoire, il se rapproche quelques temps plus tard, des organisations qui œuvrent pour cacher des enfants juifs dans des institutions catholiques. Son implication lui vaut d’être déporté à Dachau en 1944, mais il fait partie des hommes qui reviennent des camps de concentration en 1945. Le mémorial de Yad Vashem décernera le titre de Juste à titre posthume en 2001 à Monseigneur Piguet.
Deux Officiers allemands en uniforme présents devant la cathédrale
Ce passage de Philippe Pétain à la Cathédrale de Clermont a donné lieu à un rapport du préfet du Puy-de-Dôme au Ministre Secrétaire d’État à l’Intérieur. Le document, aujourd’hui préservé aux Archives départementales du Puy-de-Dôme, donne le ton : J’ai l’honneur de vous rendre compte que les diverses cérémonies à la mémoires des Morts des deux guerres organisées ce matin à la cathédrale et aux monuments des Anciens Combattants de Clermont-Fd et auxquelles assistait M. le maréchal Pétain, chef de l’État français, se sont déroulées sans incident au milieu d’une affluence considérable. L’hommage rendu tant au chef de l’État qu’aux Héros de ces deux guerres a été particulièrement émouvant et marqué de la plus grande ferveur. L’attention de M. le chef de la Sûreté de Clermont-Fd a toutefois été spécialement attirée par la présence de deux Officiers allemands en uniforme devant la cathédrale. Peu après leur arrivée, la foule a entonné la Marseillaise et crié ensuite à plusieurs reprises Vive la France !. Il s’agissait là, d’une manifestation spontanée au cours de laquelle aucun incident ne s’est produit.
À Paris, 3 000 manifestants pour le 11 novembre
Ce même 11 novembre 1940, à Paris, l’ambiance est bien différente. Malgré une interdiction prononcée par les autorités militaires allemandes et la préfecture de police, 3 000 lycéens et étudiants décident de braver l’interdit et remontent les Champs-Élysées jusqu’à l’Arc de Triomphe pour déposer des gerbes et des fleurs sur la tombe du Soldat inconnu. Ils entonnent eux aussi la Marseillaise sous le nez de l’occupant. La police française aux ordres et l’armée allemande interviennent. Le bilan de la journée s’élève à plusieurs blessés par balle, dont certains
grièvement, et à une centaine d’arrestations.
Cette manifestation, à priori apolitique, est le premier acte d’opposition. Pour les Gaullistes, il est même le premier acte de résistance, considérant qu’il est la réponse aux messages de Radio Londres et à l’appel du 18 juin.








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