Repoussés Gare de Bercy, aux confins de la capitale, comme tous Bourbonnais ou Auvergnats, citoyens ferroviaires de seconde zone, je confiais à ma compagne de circonstance que les risques de panne étaient grands pour notre retour vers le puy de Dôme, silhouette ô combien familière. « Mes derniers trajets ont été épargnés. Compte tenu des statistiques, cela ne devrait pas durer » lui assurais-je avec un apparent fatalisme. En réalité, je comptais bien passer une nouvelle fois entre les gouttes. La veille au soir, nous avions appris un nouveau raté de la SNCF. Parti à 16 h 56 de la gare de Clermont-Ferrand, le train « Intercités » avait rallié Paris avec 2 h 45 de retard, soit un voyage de plus de 6 heures à l’époque des lignes à grande vitesse. Rien de très rassurant au moment d’embarquer dans le wagon n°1 même si un employé de la SNCF nous annonçait : « le train dispose d’un service de nettoyage »… Ce qui, en l’occurrence, nous faisait une belle jambe…
Record à battre
Jusqu’à Nevers, tout allait bien en ce dimanche soir. Tandis que la somnolence nous gagnait imperceptiblement, le train sillonnait les plaines un peu monotones de l’Ile de France puis du Nivernais. A mi-parcours, donc, il marqua logiquement son premier arrêt. Quelques voyageurs grimpèrent dans les wagons. Problème : la halte semblait s’éterniser. Les minutes furent longues avant que l’on nous annonçât : « suite à un incident technique, le train va devoir marquer un arrêt de quelques minutes. » Bingo ! Nous avions droit à ce qui est devenu un grand classique sur la ligne Clermont-Paris : une immobilisation intempestive. Dans la locomotive, autour de nous, pas de rébellion, pas de vitupération mais des mines déconfites, presque résignées. Et d’imaginer regagner nos pénates au milieu de la nuit ou pourquoi pas à l’aube. Les précédents ne manquent pas tel ce record ( !) établi en janvier 2024 lorsque le « convoi » parti à 18h57 était arrivé en gare de Clermont à 6 heures du matin.
Qui agit ?
Une demi-heure plus tard, la machine s’ébrouait de nouveau et, après quelques hoquets, elle reprenait un rythme décent, cherchant même à regagner un peu de son retard. En quatre heures, elle finissait par boucler le voyage. L’incident demeurait donc anecdotique mais il n’en est pas moins révélateur de dysfonctionnements devenus quasiment systématiques sur l’itinéraire maudit. Face à cette situation, on s’étonne de la relative apathie de nos élus régionaux ou locaux. Il y a une vingtaine d’années, il était question d’une ligne à grande vitesse et deux trajets étaient alors en concurrence. Aujourd’hui, et alors que tout est fait pour nous dissuader de recourir à l’automobile, rejoindre la capitale par voie ferroviaire est devenu anormalement long mais aussi très aléatoire, ce qui n’empêche pas la SNCF de proposer des places à des prix exorbitants. On ajoutera que toute entreprise respectueuse de ses clients envisagerait des dédommagements en cas de retard conséquent. Mais les responsables de la compagnie ont sans aucun doute d’autres chats à fouetter.












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