Depuis 2010, l’ASM n’est plus ce perdant systématique, parfois magnifique, d’autres fois penaud et maladroit, que la France du rugby aimait moquer gentiment mais qui provoquait une sympathie de bon aloi, réservée à ceux qui ne font pas d’ombre. On le qualifiait souvent de « Poulidor » du rugby, ce qui n’était guère aimable pour le défunt champion cycliste dont le palmarès recèle de joyaux, Tour d’Espagne, Milan-San Remo, Flèche Wallonne, Paris-Nice, Critérium du Dauphiné, Grand-Prix des Nations, championnat de France , entre autre, sans oublier le « Super Prestige Pernod » qui couronnait jadis le meilleur coureur de la saison internationale.
Plus de revers que de médailles
En conjurant le sort, l’ASM n’a pas pour autant basculer dans le clan des « winners », ses onze finales perdues en championnat et ses revers successifs en Coupe d’Europe demeurent naturellement dans les esprits. Et si deux boucliers de Brennus sont venus garnir la vitrine peu encombrée du club, elle ne fait pas partie des rares monstres sacrés… Pour autant, elle demeure un pensionnaire incontournable du Top 14, un éternel outsider, un prétendant régulier au dernier carré et un club au rein solide, parmi les mieux structurés de France. Appartenir à l’univers Michelin est un gage de pérennité dans un sport où le modèle économique demeure précaire.
Retour en arrière
Il y a cinquante ans tout juste, l’ASM faisait trembler ses rivaux. Dominatrice, emmenée par un stratège hors pair, le demi d’ouverture de l’équipe de France Jean-Pierre Romeu, l’équipe imposait sa force et son efficacité derrière un pack alors surnommé le « monstre à seize pattes » : Rougerie, Costantino, Foulhoux, Bourdillon, Gasparotto, Roca, Costes, Cristina. Cette saison-là, les Clermontois s’avançaient sereinement vers un premier titre avant un 1/8e de finale gagné contre Perpignan. Ce jour-là, agressé par le Catalan Paul Goze, Jean-Pierre Romeu subissait plusieurs fractures au visage. Diminué, portant un masque de protection, mais aligné tout de même sur le terrain, le chef d’orchestre n’était que l’ombre de lui-même lors du ¼ de finale contre Brive et l’ASM, méconnaissable, plongeait (0-3). Le Challenge Yves-du-Manoir remporté un mois plus tard face à Graulhet constituait une maigre consolation.
Marc François
















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