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Lac Chambon, 1916, Maurice Busset
Lac Chambon, 1916, Maurice Busset
Culture

« L’Auvergne de la modernité » révèle les liens artistiques entre Paris et l’Auvergne de 1890 à 1940

"L'Auvergne de la modernité" nouvelle exposition présentée au Musée d'Art Roger-Quilliot présente un panorama de 50 ans de création et illustre les liens Paris-Auvergne entre 1890 et 1940.

L'Essentiel

L'exposition "L'Auvergne de la modernité" au Musée d'Art Roger-Quilliot présente un panorama artistique entre 1890 et 1940, soulignant les échanges entre Paris et l'Auvergne.

Elle met en avant des artistes locaux comme Antoine Rabany et Maurice Busset, tout en intégrant des œuvres de grands noms tels que Chagall et Soutine, illustrant ainsi la richesse de la création auvergnate.

La commissaire de l'exposition, Pauline Goutain, souligne que cette période a été marquée par une recherche d'identité régionale et une modernité qui préserve la tradition tout en s'inscrivant dans les courants artistiques contemporains.

Alors que le mot « enclavement » est encore associé à l’Auvergne, souvent à propos des modes de transports, il est difficile d’imaginer que la vie artistique auvergnate, a été particulièrement riche d’échanges avec Paris et le reste du monde entre 1890 et 1940. À cette période, l’activité thermale vivait un formidable développement et attirait énormément de personnalités dans les différentes stations. Durant une cinquantaine d’années, des artistes ont créé ce qui constitue aujourd’hui un formidable témoignage de ce qu’était la vie en Auvergne à l’époque, mais aussi ce qu’elle représentait pour les visiteurs qui y retrouvaient à la fois la tradition, la modernité et des paysages préservés.

Rabany et les autres

Présentée au MARQ, l’exposition L’Auvergne de la modernité débute avec 3 œuvres du sculpteur autodidacte de Chambon-sur-Lac, Antoine Rabany, dit « Le Zouave », dont l’une lui a été réattribuée récemment et associée au corpus d’art brut Les Barbus Müller. Ces étranges sculptures ont voyagé jusqu’à Paris et même Philadelphie. L’exposition se poursuit avec de nombreuses créations de l’influent Maurice Busset, de Chagall, Soutine, l’Abbé Boudal, Charreton… dans des registres variés puisque différents médiums sont représentés : la peinture, la sculpture, la photo et même la ferronnerie avec deux pièces issues de l’atelier Bernardin qui ont récemment intégré les collections du MARQ.
Pauline Goutain, directrice adjointe du MARQ est la commissaire de cette exposition dont le thème est ressorti lorsqu’un Barbu de Rabany a été retrouvé dans les collections du MARQ alors qu’il avait été stocké avec une erreur de nomenclature.

7 Jours à Clermont : Pourquoi les artistes venaient-ils à l’époque en Auvergne ? Ils cherchaient de l’inspiration et des paysages ?
Pauline Goutain : C’est effectivement ce que montre la venue de pas mal d’artistes en Auvergne, notamment Marc Chagall qui vient en 1926, Chaïm Soutine qui vient à Châtel-Guyon pour se faire soigner, mais aussi d’autres artistes, effectivement plutôt attirés par les paysages, notamment le polonais Vladimir Terlikwvski. Mais il y avait aussi des artistes locaux regroupés dans la région de Murol et la vallée du Sancy.

7JàC : Que recherchaient-ils en Auvergne ?
P. G : À la fois le calme, la sérénité des sources thermales, mais aussi les paysages, dans une ambiance peut-être un peu exotique, à la recherche d’une forme d’ailleurs du fait des paysages auvergnats qui à l’époque étaient dénués d’architecture et parfois comparés à l’Italie ou à d’autres pays étrangers, l’exotisme aux portes de Paris…

Maurice Busset prophète en son pays ?

7 Jours à Clermont : Maurice Busset, artiste clermontois et conservateur adjoint du musée de Clermont entre 1927 et 1934 est très présent dans l’expo. A-t-il joué un rôle majeur ?
Pauline Goutain : En effet, il a joué un rôle majeur. On le met en avant, car on a un fonds important dans nos collections et il était entouré de nombreux artistes. Son rôle, il l’a eu grâce à son statut de conservateur adjoint et aussi à sa carrière artistiques dans la mesure où il a pu faire ses études d’art à Paris, où il pu aussi être reconnu dans les salons parisiens. Son ancrage auvergnat et cette reconnaissance parisienne lui ont permis d’être une sorte de pont entre les deux. Ses attaches auvergnates étaient très fortes et il a défendu ses amis auvergnats à Paris. Dans une optique régionaliste, il a fait de la propagande.

7JàC : Peut-on définir l’art auvergnat ?
P.G : C’est difficile à définir. Il faut déjà le replacer dans une période de recul de la ruralité. Les régions qui à l’époque, n’étaient pas des régions administratives telles qu’on les connaît aujourd’hui, avaient quand même une quête de construction identitaire. On ne peut pas le définir stylistiquement, ni en terme d’école, mais plutôt en terme de dynamique, de propos, d’envie d’être reconnu par rapport à un centralisme parisien. Cela ne se traduit pas par une typologie d’œuvres mais plutôt par un mouvement d’artistes, un regroupement avec l’ambition de se faire reconnaître et de faire reconnaître une identité locale. On reste dans une période, celle du postimpressionnisme, à savoir les courants stylistiques qui ont précédé le XXe siècle et qui ont permis à la peinture d’avoir une touche plus expressive.

7JàC : Cependant, on reste beaucoup sur des scènes de vie et des paysages…
P.G : Exactement, on est plus en effet sur les paysages auvergnats, ceux des Monts du Sancy, mais aussi les us et coutumes, notamment la Bourrée, qui ont été une vraie source d’inspiration pour les artistes.

Une modernité qui défend la tradition

7JàC : Mais alors, on parle de modernité tout en représentant un patrimoine culturel ancien…
P.G : En fait cette notion de modernité est prise dans ses paradoxes. C’est une modernité qui défend la tradition tout en cherchant à rivaliser avec le courant moderniste parisien voire international… c’est parfois bien difficile de mettre les choses dans des cases bien déterminées.

7JàC : Que disait la critique parisienne et le milieu de l’art  ?
P. G : On retrouve certaines critiques dans des revues qui ne sont pas générés par l’Auvergne et il y a quelques témoignages de revues parisiennes qui parlent de la décentralisation artistique à Clermont, en de bons termes. C’était une époque avec un enjeu assez fort et il y avait des critiques assez élogieuses, certes c’est à mesurer, mais il y a eu reconnaissance des artistes auvergnats à Paris.

L’Auvergne de la modernité 1890-1940  jusqu’au 4 janvier 2026, Musée d’Art Roger-Quilliot, Place Louis Deteix, Clermont
Programme d’animations autour de l’exposition : Visites commentées, visites guidées, visite hors les murs, rencontres à retrouver  sur le site web du MARQ

3 œuvres de l'exposition l'Auvergne de la modernité
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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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