Les portes de la préfecture du Puy-de-Dôme, celles du musée Bargoin, les ferronneries du Tribunal administratif, les grilles de la poste Saint-Éloy, de la faculté de lettres de l’avenue Carnot et de l’ancien sanatorium Sabourin devenue ENSACF… les traces du travail des ateliers de ferronnerie d’art Bernardin sont particulièrement nombreuses à Clermont et souvent bénéficiaires d’une protection au titre des Monuments Historiques. Mais des ateliers installés successivement rue Eugène-Gilbert, puis rue Bonnabaud, mais aussi boulevard Pasteur, sont également sorties, en dehors des commandes institutionnelles, de très belles pièces destinées au grand public.
Un certain nombre d’entre elles vont se retrouver dans les 327 lots adjugés cette semaine à l’Hôtel des ventes de Clermont, lors de la vente aux enchères organisée par Alain Courtadon et Bernard Vassy, intitulée Objets d’art et bel ameublement.
Des lots de famille

Plus de 30 lots, en provenance directe de la famille Bernardin vont changer de main après les traditionnels coup de marteaux des commissaires-priseurs.
Lustres, appliques, lampadaires, bougeoirs, soliflores, vide-poches, portes-clés, éléments décoratifs… autant de pièces représentatives de la grande époque du fer forgé, illustrant la finesse et la qualité de travail réalisé dans l’atelier clermontois. Parmi l’ensemble des pièces, le lot n°68 attire particulièrement l’attention. Il s’agit non pas d’un objet produit chez Bernardin, mais d’un grand cadre ovale en bois patiné “comprenant les décorations reçues probablement par Jean Baptiste Bernardin”. Ce cadre regroupe 14 médailles dorées et 8 médailles argent, une plaque exposition universelle de 1900, une décoration de Membre du Jury Hors concours de Nice en 1897, une décorations du Grand Prix des expositions de Marseille 1896 et Saint-Étienne 1893, une décorations Diplômes d’honneur de Auxerre 1893 et Rouen 1896, et cerises sur ce beau gâteau, une médaille des palmes académiques et une de la légion d’honneur.
La dynastie des ferronniers Bernardin
Jean-Baptiste Bernardin, dit “Bernardin l’aîné “ou encore “Mitol”, est né en 1866. Premier membre d’une dynastie réputée de ferronniers d’art, il est l’auteur de l’extraordinaire décor d’une des plus célèbre maison de Clermont, située rue Eugène Gilbert, classée au titre des Monuments Historiques depuis bientôt un demi-siècle. Cette maison est construite en 1890 pour le sculpteur Jean-Baptiste Gourgouillon et achetée, par la suite, par la famille Bernardin pour devenir maison atelier. Les ferronneries de style Art Nouveau des balcons, des baies et de l’enseigne illustrent la virtuosité du ferronnier capable de réaliser un travail remarquable sur les feuillages, fleurs, pampres et lignes en coup de fouet. Durant sa carrière, Mitol reçoit plusieurs récompenses, devenant membre du jury des MOF, Meilleurs Ouvriers de France. C’est lui qui est auteur, des portes de la préfecture, du musée Bargoin et des ferronneries de Tribunal administratif. Mort en 1951, il repose au cimetière des Carmes.
Frère de Jean-Baptiste, Auguste né en 1880, travaille dans un premier temps dans un atelier familial commun, rue de la Poudrière, avant d’ouvrir sa propre maison atelier, dans le quartier des Salins, boulevard Pasteur. L’édifice, construit en 1912 par l’architecte Louis Raynaud réunit les fonctions de production et d’habitation en toute indépendance. Une troisième fonction du bâtiment est de servir de vitrine pour l’activité artisanale. La grille de ferronnerie réalisée par Auguste Bernardin lui même constitue une “pièce exceptionnelle par sa complexité, l’élégance de son dessin et l’exubérance de son décor”. L’ensemble est inscrit au titre des Monument Historique depuis 2006. Au cours de sa carrière, Auguste obtient six grands prix, un diplôme d’honneur et une trentaine de médailles. Il décède en 1951.
Neveu d’Auguste, Georges né en 1894, intègre en 1909, à 15 ans seulement, l’entreprise de “serrurerie en tous genres, constructions métalliques ferronnerie d’art” qu’il va faire prospérer puisqu’elle comptera jusqu’à 40 employés. Chez les Bernardin le talent semble génétique. En 1962, Georges décroche le titre de meilleur ouvrier de France et reçoit une médaille d’or au Salon des Artistes français. Il s’éteint en 1976.
À eux trois, oncles et neveu Bernardin travailleront beaucoup pour la ville de Clermont, réalisant, aussi les ferronneries des balcons sur la façade sud de l’Hôtel-Dieu, les lustres et les appliques du hall d’entrée et du baptistère de la cathédrale mais aussi hors de Clermont en créant les grilles du château de Cordès et celles de la préfecture de l’Allier.
Ventes Objets d’art et bel ameublement, jeudi 6 mars 2025 à 14h30, Hôtel des vente de Clermont, rue des Salins et en live sur le site Interenchères.com.














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