On imaginait bien qu’après son aventure en Ligue1 la descente du Clermont Foot au purgatoire ne serait pas qu’une formalité en forme de rebond vers les sommets. En même temps, à la faveur d’un début de saison plutôt encourageant, on se disait que l’ASM pourrait atteindre l’objectif TOP6 derrière lequel elle court depuis quatre ans.
Patatras ! Le ballon rond flirte avec le diable et si l’ovale ne se brûle pas au feu de l’enfer on peut craindre qu’il sera difficile d’atteindre l’objectif. Mêmes causes, mêmes effets ? Pas tout à fait !
Fluctuat nec mergitur ?
Eclairons les chiffres. Le Michelin vient de retrouver l’affluence, sinon la ferveur, des saisons d’avant Covid au fil desquelles la moyenne se tenait au-dessus des 17 000 spectateurs. Une moyenne observée à la baisse dès la sortie de la pandémie puis lors de l’accession du Foot en Ligue1 quand les performances des Jaune et bleu laissaient à désirer face à une concurrence inédite. Boostée par une nouvelle stratégie d’accueil du client, l’embellie dans les tribunes se confirmera-t-elle jusqu’à la fin de saison en dépit de la déconvenue sportive ?

Le regain d’affluence au Montpied pour l’affrontement du 28 mars contre Amiens relève évidemment de la poudre aux yeux puisque, dans sa grande générosité, le président Ahmet Schaefer avait lancé une opération porte ouverte. Passé ce bazardage quelque peu saboté par des abstentionnistes ronchons, y a fort à croire que le CF63 devra se contenter de ses habituels 4000 et quelques irréductibles (partenaires, abonnés…) pour la suite de la saison….à moins de nouvelles braderies.
Scandale et trahison !
Comment croire que l’appel à « l’union sacrée » lancé par Schaefer pour éviter la troisième division puisse émouvoir le chaland depuis que celui-ci a découvert le fonctionnement de la machine infernale qui préside aux destinées du Clermont Foot 63 ?
Voilà déjà un certain temps qu’au fil de quelques chroniques je m’étais permis d’évoquer les ‘’drôles de relations’’ unissant la holding CSC (Core Sport Capital) de l’homme d’affaire Suisse à la PME CF63. Lors de la dégringolade de Ligue1 en mai 2024 la presse régionale avait timidement abordé le sujet avant d’enfoncer un peu le clou en fin d’automne lorsque l’équipe s’enlisait dans le classement de L2. Face aux questions judicieuses la vérité apparaissait en creux dans les réponses du madré businessman : « Gagner de l’argent ce n’est pas interdit ! » (1) Bien sûr que non, à condition si possible que les intérêts sportifs ne soient pas spoliés.
Plus récemment, le coup de tonnerre ‘’Hold up au Clermont Foot’’, publié par le journaliste indépendant Romain Molina sur sa chaîne YouTube, est venu lever les doutes sur le fonctionnement de l’usine à gaz Core Sport Capital.
7 Jours à Clermont en avait fait un large écho dès le 3 mars en illustrant l’enquête avec la banderole déployée par les ‘Ultras’’ du CF63 : « Schaefer ton porte-monnaie dans le vert… le club aux portes de l’enfer !!! »

Face aux 8 millions de dividendes du président, les bénéfices liés aux transferts de joueurs ou les conventions de prestation de service qui ont ‘’pompé’’ chaque mois jusqu’à 300 000€ dans la caisse du club pour alimenter la sphère CSC, que trouve-t-on à part un recrutement famélique avec la conséquence sportive que l’on redoute ?
Comment les supporters (et pas qu’eux) ne crieraient-ils pas à la trahison ou au scandale même si tout ce business qui fait l’ordinaire du foot pro ne sort pas de la légalité ?
En tous cas Ahmet Schaefer se montre très agacé par la curiosité de la presse. Exemple avec France 3 qui, dernièrement, n’a pu réaliser son hebdomadaire ‘’Match retour’’ au stade et a dû se rabattre en studio pour évoquer le dossier avec ses intervenants… et sans le président.

La note svp !
En posant, fin janvier 2024, la première pierre de l’extension du stade Gabriel–Montpied géré par Clermont Auvergne Métropole, Olivier Bianchi avait souligné « Il faut donner les moyens à ce club d’avoir un outil à la force de son ambition ». Très bien !
Depuis le début de l’aventure du Montpied à l’aube des années 1990, les projets n’avaient pas manqué de se succéder, de reports en annulations qui avaient déjà coûté ‘’bonbon’’. Cette fois, c’était enfin du béton, une grande première depuis l’inauguration de la paupière
en 1995.

Phase 1 de l’extension, la construction de la tribune Est doit porter la capacité d’accueil à 17 000 places avec vestiaires, espaces réceptifs, salle de presse, sanitaires et gymnase. Le tout pour 64 millions d’Euros (hors taxes) dont 59M€ à charge de la Métropole, 3M€ de la région, 2M€ pour le département et un petit million de l’Etat. (2)
Qui de ce beau monde, probablement gêné aux entournures, s’est publiquement ému de la conduite des affaires du club alors que celui ci, ayant retiré sa participation initiale de 5M€, ne met pas un kopeck dans le chantier ?
Bien sûr, il y a eu les 7M€ de la construction du Centre de Performance mais les 33M€ reçus du Fonds de pension CVC lié à la Ligue de Football professionnel n’étaient-ils pas voués à ce genre d’investissement ?
À qui la faute ?
« Je ne suis pas le président classique qui a une grosse boîte localement, qui est allé à l’école avec le maire, qui porte la cravate et pèse 100kg »(1). Certes, Ahmet Schaefer serait plutôt un président ‘’hors sol’’ qu’on aurait plus de chance de croiser à Dubaï qu’à Clermont. Un businessman avant tout, comme il y en a d’autres dans le monde pro. Et si le club dérape sur le gazon ce sera forcément la faute de l’entraîneur qui n’aura pas réussi à sublimer des joueurs qui n’ont pas le niveau, ni parfois l’envie. On connait la musique.
Un schéma qui pourrait être aussi celui de l’ASM si la direction du club faisait semblant de croire qu’elle dispose d’un effectif à la hauteur des ses ambitions. Elle sait et n’importe quel supporter Jaune et Bleu sait bien que la troupe manque globalement de puissance, de poids lourds finisseurs et de talents capables de faire vivre le ballon derrière, vite et bien. Dubitatif, Christophe Urios le sait aussi. L’engagement de tous les acteurs de terrain ne fait pas de doute mais dans le jeu il manque souvent ‘’un sous pour faire un franc’’…et pour faire basculer le match.

Les errements d’hier dans la gestion dispendieuse du club sont la cause majeure des déconvenues d’aujourd’hui. Et encore heureux que Michelin, actionnaire unique de l’ASM Clermont, ait mis 11M€ au pot il y a deux ans, sinon le stade de l’avenue de la République sonnerait peut-être le creux des compétitions fédérales.
Bonne nouvelle pour sortir des nuages, la phase 1 de l’extension de la Sagrada Familia version Clermont nord sera inaugurée en même temps que sa grande sœur de Barcelone au printemps 2026.
Quant à la suite… « J’y crois à ce stade de 30 000 places ! » avait dit Christine Dulac, première adjointe au maire, au coup d’envoi des travaux. Ajoutant quand-même « J’espère juste être encore présente pour le voir. »
Accroche-toi Christine !

(1) La Montagne 31 octobre 2024
(2) La mairie avait déjà investi 3M€ pour honorer le cahier des charges de la L1







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