Officier subalterne à la solde de Joséphine de Beauharnais, Auguste joue le rôle, probablement rémunéré, de prête-nom dans la naissance de « son » héritier mâle, en réalité fils d’Hortense de Beauharnais (fille de l’impératrice Joséphine) et de son amant, Charles Auguste Joseph de Flahaut, fils naturel de Talleyrand. Comme maman est la légitime épouse de Louis Bonaparte, frère de Napoléon I er et père de Napoléon III, Morny peut ironiser : « J’ai un grand-père évêque, une mère reine, un [demi-]frère empereur, et tout cela est bien naturel. »
13 mars 1865, Paris – Le duc de Morny est inhumé au cimetière du Père Lachaise dans une chapelle baroque, imaginée par Eugène Viollet-le-Duc, qui servit de réserve de poudre et de munitions aux Communards, en 1871.

Photos, G. de Villecholle et Franck – © Musée Carnavalet, / Une éternité au Père Lachaise, division 54 F. Hoffmann
Dans l’intervalle, ministre de l’Intérieur, ambassadeur à Moscou, industriel, mécène, spéculateur, dandy, auteur de théâtre, collectionneur d’art, propriétaire d’un haras de 140 chevaux de course, président du Corps législatif, créateur de l’hippodrome de Longchamp et de Deauville (1) , faux comte et vrai duc, Morny avait trouvé le temps de s’implanter dans le Puy-de-Dôme.
À moi, Auvergne !
Élevé dans un milieu orléaniste, pour s’anoblir lui-même il lui suffit de détacher le « de » de son patronyme officiel et de l’agrémenter du titre ronflant de comte. Les faux titres de noblesse ne nourrissant pas leur homme – soit-il opportuniste ! –, Morny est militaire, de 1830 à 1837. Lieutenant, il part à la conquête de l’Algérie où sa bravoure lui vaut la Légion d’honneur et découvre brièvement
Clermont-Ferrand, en 1836, avec son régiment de lanciers. Mais, ce qu’il veut surtout explorer dans ses moindres recoins c’est le monde des affaires où il a déjà ses entrées féminines par l’entremise d’une séduisante Belge, Françoise Le Hon, dite Fanny. Comtesse par son mariage avec l’ambassadeur de Belgique en France, elle offre aussi des attraits financiers en tant que fille des puissants banquiers et exploitants miniers Mosselman. Morny se lance, tous azimuts…

Pourquoi investir à cinquante heures de diligence de Paris en achetant, en 1837, la sucrerie de Bourdon puis d’entreprendre sa modernisation dernier cri avec machines à vapeur ? Que le frère de son tuteur se nomme Benjamin Delessert (2) n’est sans doute pas étranger à l’arrivée de Morny en terre auvergnate où il s’incruste en devenant (1842), par l’humour de son charme et jusqu’à sa mort, député du Puy-de-Dôme.

À moi, Clermontoises !
Avec bonheur, il s’aperçoit très vite que les belles Clermontoises ne sont guère plus farouches que leurs homologues de Paris. En témoigne si bruyamment le pas nocturne des sabots de ses chevaux, retour à son domicile de la rue de L’Éclache (3) , qu’il doit les envelopper dans des chaussons de toile !… Ce qui ne l’empêche nullement de rester fidèle à Fanny, mère, en 1838, d’une petite Louise dont tout le monde connaît le père, surtout les chansonniers qui persiflent : « Quel est donc ce visage blond/Qui ressemble à la reine Hortense ?/C’est la fille de Monsieur Le Hon,/Morny soit qui mal y pense ! »
Un notable généreux
Membre de la Chambre de commerce de Clermont-Ferrand, de la Société d’agriculture du Puy-de-Dôme, conseiller municipal de Montferrand et président du Conseil général (1852-1865), « l’Auvergnat » Morny jongle avec dextérité entre ses intérêts économiques, en stimulant l’arrivée du train en gare de Clermont, le 7 mai 1855, et le panache de sa générosité.
Donateur des musées et ateliers de charité clermontois, il (s’)investit en faveur d’un piédestal pour la statue de Desaix et offre, en 1845, le tableau La Reine du ciel et l’enfant Jésus à l’église de Chamalières sans oublier d’ajouter 100 francs pour les pauvres de la paroisse… Enfin, doit-on, au regard de la polémique déclenchée, ranger parmi les cadeaux faits par Morny à la région clermontoise, la visite impériale du 9 juillet 1862 à Merdogne, devenu Gergovie par la volonté de Napoléon III ?…
À Nades, sans Fanny
À une vingtaine de kilomètres de Gannat, Morny acquiert, en 1853, les premiers 822 hectares de son domaine bourbonnais de Nades (4) . Il l’agrémente d’un parc,d’une ferme modèle et d’un petit château aussi baroque que Renaissance où, à partir de 1857, il mène grand train estival, entouré d’une véritable cour et de personnalités, notamment Alphonse Daudet et Jacques Offenbach, compositeur de l’opérette en un acte, Monsieur Choufleuri restera chez lui le… Créée le 14 septembre 1861 au théâtre des Bouffes-Parisiens, son livret est signé d’un certain M. de Saint-Rémy, alias le duc de Morny.

Victime de la plus grande vexation qu’une amante puisse connaître, le mariage, en l’occurrence celui de Morny (1857) avec la princesse russe Sophie Troubetzkoï, Fanny Le Hon ne connaîtra de Nades que ses avances de fonds, beaucoup d’amertume… et plus de trois millions de francs en guise de dédommagement !
En 1876, le château est vendu, prélude au démantèlement des terres et, en 1879, à un incendie d’origine inconnue qui rapporte une grosse indemnité d’assurance à son propriétaire. Seule rescapée du sinistre, la tour fut détruite, il y a quelques décennies.

Effervescent et ouvert à la modernité, le Second Empire a injustement pâti d’une image ternie par Victor Hugo, ennemi juré de “Badinguet “et de son “malfaiteur” de demi-frère. Comme quoi, lorsqu’un homme de lettres érigé en icône nationale règle ses comptes avec des hommes d’État, l’histoire peut bafouiller sa vérité…

Merci à René Raguenaud, directeur de la sucrerie de Bourdon, de 1998 à 2005.
1 Avec son futur médecin personnel, d’origine irlandaise, Joseph Francis Olliffe (1859).
2 L’inventeur des Caisses d’épargne et de prévoyance (1818) et du fameux livret A s’est également rendu
célèbre par ses travaux sur l’extraction du sucre de betterave.
3 L’actuelle rue Bardoux.
4 Par échanges, achats, expropriations et autres intimidations, le domaine en comptera deux mille, ceints d’un
mur de douze kilomètres !











Commenter