(Chronique pas forcément bio mais certifiée réalisée sans l’aide de ChatGPT)
Dès les hauteurs de Chaudes-Aigues, à cheval sur le Cantal, l’Aveyron et la Lozère, s’ouvre à nous le Parc Naturel Régional de l’Aubrac. Premier village traversé en direction de Laguiole, Lacalm y compte un citoyen plus connu que le loup blanc. Si le Canis Lupus n’a pas encore reconquit ce territoire, Michel Rouquette a renoué ici avec ses origines.
« On se retrouve en face du foirail, à la salle des fêtes » m’avait proposé notre homme. Car la salle des fêtes c’est aussi le temple du trampoline pour les jeunes de Lacalm et des alentours. « Ici on monte, on démonte et on remonte le matériel à longueur de temps car l’intérêt des gamins pour le trampo, filles et garçons, ne se dément pas. » Et à la belle saison, la fête continue sur le foirail car le trampo fait partie des activités touristiques, entre les couteaux de Laguiole, la charcuterie, le fromage et une gastronomie qui ne se limite pas à l’aligot.
Retour vers le futur
À 78 printemps, Michel Rouquette a conservé l’œil pétillant que je lui connais depuis belle lurette quand le journalisme m’avait conduit à lui du temps où les trampolinistes tricolores touchaient aux sommets mondiaux. L’œil pétillant, avec aussi cette petite touche de gouaille qui fleure Paris d’avantage que l’Aubrac, héritage d’une migration ordinaire débutant par l’exode de parents aveyronnais en direction des bistrots de la capitale dans les années 40.
Élevé rue Marivaux sous l’enseigne ‘’bois-charbon’’ face à l’Opéra-Comique dont il hantait assidument les coulisses, le petit bougnat jusqu’alors porté par l’insouciance de la jeunesse allait se tourner vers l’éducation physique pour décrocher une maîtrise en EPS.
En poste à Asnières mais fréquentant l’ENSEP (futur INSEP), il y jouait au foot un jour de 1966 avec un autre Michel nommé Jazy lorsqu’il fut alerté par les copains : « Venez voir dans la salle à côté, il y a un américain qui saute sur un truc de fou ! ». Lequel truc était un trampoline nouvelle génération inconnu en France et lequel américain, George Hery champion du monde, déclarait ne pas souhaiter repartir chez lui avec son matos.

Sautant sur l’occasion, Michel négociait 4000 francs auprès de son père et achetait le ‘’magic-trampo’’ pour l’installer dans son école avant de filmer en Super8, sous toutes les coutures, un champion anglais venu en démonstration. Le socle de la formation des jeunes était planté. De l’attraction de cirque, le trampoline devenait un sport à part entière. Après Asnières, c’est à Bois-Colombes où il créait le ‘’Kids Trampoline Club que le bondissant Rouquette poursuivait son sacerdoce, partageant son temps avec le service militaire chez les Pompiers de Paris.
L’envol
La toute jeune Fédération Française des Sports au Trampoline va cueillir les premiers fruits dorés de cette aventure cinq ans plus tard avec un titre mondial junior signé Jean-Michel Bataillon, biberonné par qui vous savez.

L’ascension de l’acrobate Richard Tison vient ensuite placer la France en position majeure sous la conduite du Directeur Technique National Pierre Blois et de Michel Rouquette promu entraineur national. Le titre planétaire de la star Tison en 1974 entrouvre au trampoline une fenêtre sur le grand public. Sa chute spectaculaire l’année suivante en direct à la télé dans une émission de Philippe Bouvard animera les conversations jusqu’à son deuxième sacre mondial en 1976.
Poussé par son tempérament de bateleur et un goût du spectacle insufflé sans doute par ses fréquentations de jeunesse à l’Opéra-Comique, l’entraîneur national va dès lors redoubler d’activité afin de promouvoir son sport-passion. Chaque été sur les plages et l’hiver en stations, le trampoline se livrait à la curiosité des vacanciers, animant aussi les mi-temps de Basket ou de handball. Avec, entre parenthèse, un épisode parisien à la mode saltimbanque, du Trocadéro à la Concorde et terminus devant Notre Dame où Richard Tison et la troupe à Rouquette sont à deux doigts d’être embarqués au poste faute d’autorisation (1).

L’avènement du breton Lionel Pioline, décrochant l’or mondial par deux fois dix ans après Tison, vient combler le palmarès de l’aubracien de Paris. Au terme d’un bail de seize années comme entraineur de l’équipe nationale, il se voit confier les manettes du Pôle France à Antibes.
Le bagout du chef
Sans oublier ses racines, le maître de ballet emmènera régulièrement ses protégés en stage de grand air sur les terres de l’Aubrac. Un peu plus au nord, Moulins aura la charge et l’honneur d’accueillir en 1988 les ‘’World Age Group’’ de trampoline et tumbling organisés par la Fédération internationale. Réunissant un millier d’athlètes de moins de 18 ans, l’événement offrira à Michel Rouquette l’occasion de faire bon usage d’une faconde qui lui ouvre de nouveaux horizons.

En 1992 on le retrouvera speaker sur le ski acrobatique aux JO d’Albertville avant d’être la voix française des disciplines acrobatiques aux JO d’Atlanta, Sydney, Athènes et Pékin, en passant par les mondiaux de gym à Lausanne et de patinage artistique à Nice…bref ! Pendant que Michel Rouquette donne de la voix, le trampoline trace sa voie en intégrant le programme Olympique aux jeux de Sidney en 2000.
Entre temps, notre hyperactif aura quitté ses fonctions du Pôle France pour poser ses valises à Lacalm, terre de ses ancêtres. Mais la sérénité du plateau d’Aubrac n’engendrant pas forcément l’oisiveté, il saute d’emblée sur des activités associatives et d’intérêt public : Chargé de communication pour les communes du secteur, omniprésent lorsqu’il s’agit de promouvoir le tourisme, instigateur de TV Aubrac qui fait la part belle aux acteurs de la vie du plateau, militant chez ‘’les amis du Parc Naturel’’… On en oublierait presque qu’il a été maire de Lacalm pendant 15 ans. Pied de nez aux élogieux de la paresse.
Épilogue ?
Toujours connecté avec le ‘’trampo’’, l’ancien édile de Lacalm m’interpelle : « Au fait, tu as vu, dommage que la petite Léa ait raté sa qualif pour la finale aux JO de Paris…mais bon, à 27 ans, Los Angeles peut encore lui tendre les bras pour une médaille ! » Et à propos de médailles, lorsqu’on lui demande s’il est fier de sa contribution à la quête de l’or de ses bondissants élèves : « Ma satisfaction est bien sûr dans les titres gagnés mais aussi dans la chance que j’ai eu d’être au bon endroit, au bon moment pour déclencher cette aventure. »

L’insatiable aubracien prétend aujourd’hui ‘’prendre sa retraite’’, c’est-à-dire lever un peu le pied. Un peu seulement puisque m’ayant gentiment proposé de venir traquer le cèpe et la girolle dans les bois alentours, il me confie à l’un de ses potes qui, lui, m’indiquera des ‘’coins’’. « Désolé, mais il faut que j’aille m’occuper du ramassage scolaire…et pour tout te dire je n’ai jamais pris le temps d’aller cueillir les champignons ». Et que ça saute !
(1) Photo évoquant ‘’le rebond’’ devant ND parue dans l’Equipe Mag du 7-12-2024







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