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"Du bout des doigts" / Photo Julien Lambert
"Du bout des doigts" / Photo Julien Lambert
Culture

Époustouflante, diverse et nécessaire : la nouvelle saison de la Comédie de Clermont

Dalie Farah, auteure et chroniqueuse pour 7 Jours à Clermont est une habituée de la Comédie, scène nationale. Présente lors de la divulgation de la saison 2022-2023, elle a endossé le rôle de journaliste pour évoquer une programmation qui l'inspire beaucoup.

Résolument vivante

L’expression « spectacle vivant » est entrée dans le langage courant, elle désigne les prestations artistiques où des corps s’échinent à parler et bouger devant nos yeux. Spectare, ce qui s’offre aux regards, est susceptible d’éveiller des sentiments, des réactions. Pourtant tous les spectacles vivants ne sont pas vivants : ceux qui cherchent des esprits sans corps et d’autres des corps sans vitalité peinent à le faire croire.

Résolument P.O.P

P.O.P. Duo de petites explosions bilabiales, le concept de Projet Ouvert aux Populations pétille de tous nos sens. A l’inauguration de cette présentation, P.O.P pour le goût, buffet de saveurs, P.O.P. pour les yeux, couleurs vives programme en couverture laquée, P.O.P pour les oreilles, DJ, ambiance, P.O.P pour la peau, danse et guinguette, P.O.P pour les parfums punch exotique aux invités clermontois.

Résolue Céline Bréant

Discrète dans l’immense salle des pas perdus, elle occupe le film de présentation ; bras croisés souvent, bijoux fins, regard déterminé, douceur ferme, sensibilité mouvante, elle nous fait face et raconte la nouvelle saison comme on crée…un spectacle.

Une proposition résolument équilibrée entre danse et théâtre (si, j’ai compté)

On note le soin à présenter une palette large en miroir du concept P.O.P. ; auteurs classiques et contemporains, corps vivants divers, esthétiques ludiques, graves, légères, poétiques, tragiques mais aussi spectacles aux marges de l’être, de ses interrogations contemporaines.

Le partage et la joie

Farah veut dire joie, alors oui, j’ai beaucoup aimé cet élan juste et sincère dans les propositions de spectacles de théâtre. 53 supporters de foot sur scène, ce sera Stadium de Mohamed El Khatib, les mots de Duras dans la bouche de Dominique Blanc, Brueghel en tableau vivant de femmes vibrantes, métaphores d’hommes, conte fantastique d’un centre de consolation, Illusions perdues de Balzac et un Dom Juan retrouvé etc. Un théâtre vivant est un théâtre qui remue l’intime, le social, l’être, le politique en soi. Un théâtre vivant cherche sa joie hors d’une mélancolie nostalgique d’un présent qui n’est plus.

Et la danse ? Déroutante, intelligente et pas intello

Je suis moins habituée à parler de danse mais j’ai été enthousiasmée par les angles choisis de toutes ces promesses spectaculaires : justes, belles, puissantes, dérangeantes, construites et généreuses. L’intelligence dans sa forme brute n’a pas besoin de prendre des poses et c’est ce qui – je crois – va rendre ces propositions accessibles aux néophytes. Ce qui m’a plu c’est la force de nécessité de ces corps qui dansent : force politique car collective. Oh, comme je suis lasse de l’expression « vivre ensemble » souvent ânonnée par les tenants de l’exclusion. Jan Martens ouvrira la saison par une chorégraphie de foule. Il faut y aller. Nous souffrons de nous croire isolés, nous nous isolons, nous sommes faibles de nos solitudes subies, enfermés dans nos craintes. Les spectacles de cette saison viennent affirmer cette force -urgente et nécessaire- du collectif : foule anonyme, femmes anonymes, corps anonymes ; vis-à-vis de chorégraphies urbaines, de corps jeunes et affirmés, mâtures et élancés, noirs, blancs et ambrés ; il y a même un spectacle de…doigts – qui me plaît forcément, d’un doigt, on peut faire un geste social, intime, politique et littéraire…

En 2022-2023, à la comédie, on retrouve le bal perdu

Oui, on dansera à la comédie, bal des Brayauds, trad, rock ; Céline Bréant – je crois- veut que ça bouge et j’ai l’impression que ça va bouger. A noter aussi un week-end Play-time, portes ouvertes festives et spectaculaires, ce sera vivant et ouvert (P.O.P.) car l’inclusif n’exclut pas quand il s’appuie sur l’élan de vie.

Je ne peux tout lister ici, le cirque, théâtre d’objets, propositions musicales – notamment Dominique A – le programme est pour partie visible dans une vidéo sur le site de la comédie et le programme aussi.

35 spectacles !

Une présentation annonce et fait des promesses. Aux moues décontenancées par la nouveauté, à celles méfiantes de ce qui n’est plus, à d’autres intriguées par l’originalité acidulée de cette saison, je ne peux que vous inviter à essayer. Je vais essayer. Aller voir, tenter de nourrir ma joie de ces artistes repères, associés, invités, me nourrir de la générosité de leurs arts. J’irai encore à la comédie, peut-être serais-je troublée, perdue, voire chagrinée – c’est égal, l’important en art n’est pas de consommer mais de gagner en vitalité, en beauté, de sublimer le divertissement en joie à être, joie de vivre ; cela n’empêche pas le malheur mais donne la force de le traverser.

Une panne du réseau fibre au niveau régional, a contraint La Comédie à retarder la mise en vente des billets et des abonnements de 24 heures. Le service réservation est de nouveau opérationnel ce mardi 21 juin 2022. 
Toute la programmation  de la saison 2022-2023 en cliquant ICI

 

 

À propos de l'auteur

Dalie Farah

Clermontoise, Dalie Farah est professeure, agrégée de lettres et écrivaine. Son premier roman "Impasse Verlaine" a été publié aux éditions Grasset en 2019 et son second "Le Doigt" en 2021 toujours aux éditions Grasset

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