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Djamal B quintet Photo DR
Djamal B quintet Photo DR
Culture

Djamal B milite pour un jazz social et populaire

Après avoir nourri son jazz aux quatre coins du monde, le guitariste et enseignant clermontois Djamal B revient avec "Les Dernières", un album chaleureux et hors du temps. En revisitant les standards français oubliés et le Great American Songbook à la sauce jazz manouche vocal, il signe un projet multigénérationnel qui redonne à cette musique sa dimension populaire.

Guitariste de jazz, enseignant au Conservatoire à Rayonnement Régional Emmanuel Chabrier, Djamal B est revenu à Clermont après avoir roulé sa bosse dans plusieurs pays où il s’est imprégné des diverses approches des musiques populaires et du jazz. Le projet musical Les Dernières, que le public du dernier festival Jazz en Tête a pu découvrir sur scène, est aujourd’hui un album. Le chanteur-guitariste avait l’intention de réunir tout ce qu’il aime dans un seul et même groupe et de tenter de créer la musique qu’il rêverait d’écouter : du jazz manouche, vocal et francophone.

Pour cela, il a dû bâtir un répertoire cohérent et personnel, en composant, en réarrangeant des titres du répertoire français et en écrivant des paroles en français sur des standards du Great American Songbook.
Les Dernières, album de neuf titres (trois compositions originales, trois standards du répertoire français et trois standards du Great American Songbook), est une production un peu hors du temps qui remet en lumière des artistes français tombés en disgrâce, mais qui ont réellement compté dans l’histoire de la musique en France.

Le rapport populaire à la musique

7 Jours à Clermont : Comment est né ce projet ?
Djamal B : C’est un processus qui s’est déroulé en deux temps. Le premier a duré 4 ans, depuis mon retour en France en 2022, le second un an et demi, du début de la création du répertoire jusqu’à la mise en œuvre finale, le pressage du disque et la sortie de l’album à l’opéra de Clermont il y a quelques jours.

7JàC : Vous avez pas mal bourlingué avant ce retour durable à Clermont.
D.B : J’ai vécu à plusieurs endroits. En 2022, je rentrais de Barcelone où on écoute du jazz, du flamenco et de la musique sud-américaine. À Barcelone, il y a un gros niveau en jazz. J’ai aussi fait des séjours à New York, où je suis allé m’abreuver à la source du jazz. J’ai aussi vécu en Amérique du Sud et je me suis beaucoup inspiré des musiques qui étaient jouées dans ces endroits. Ce qui m’a touché, c’est le rapport populaire à la musique, le rapport que les gens ont avec leur musique, à la fois sophistiquée et partagée par tout le monde… Cela m’a vraiment passionné.

7JàC : Comment vous est venue cette idée d’enregistrer un album dans lequel on retrouve des chansons d’artistes français que l’on n’entend quasiment plus et qui ne parlent pas aux plus jeunes générations ?
D.B : En rentrant, chemin faisant, je me suis dit : “Nous, on a notre style à nous, c’est le jazz manouche”. Je me suis rappelé de disques que j’aimais beaucoup, notamment le premier enregistrement de Django Reinhardt qui accompagnait Jean Sablon dans les années 30. J’écoutais beaucoup ce disque que j’aimais énormément quand je faisais du jazz. Je me suis mis à écouter plus de disques de Jean Sablon, j’ai découvert ce qu’il a fait dans les années 60 et c’est un chanteur extraordinaire, c’est fabuleux. Donc j’ai eu envie d’ouvrir la tradition du jazz manouche, qui est très “guitare centrée”, à du jazz vocal avec une instrumentation un peu originale, en intégrant le piano et le saxophone.

7JàC : En interprétant Jean Sablon, Loulou Gasté, Sacha Distel ou Henri Salvador, vous avez eu envie de réhabiliter ces artistes français ?
D.B : Absolument… Enfin, les réhabiliter… Moi je ne suis personne pour les réhabiliter car ce sont des musiciens extraordinaires. En tout cas, c’était plus dans l’idée de la filiation historique, l’héritage de Django Reinhardt et Stéphane Grappelli et de leur façon de jouer du jazz. En fait, c’était l’orchestration de la chanson de cette époque-là : l’accompagnement était assuré par des guitaristes manouches. Henri Crolla, qui accompagnait Yves Montand, jouait sur une guitare manouche… C’était la musique populaire de cette époque-là, même Gainsbourg a commencé dans le jazz. Et au tournant des années 50, quand le rock est arrivé, puis les Yéyés, ça a été un bouleversement culturel, mais aussi économique. Ces chanteurs-là ont dû s’adapter au marché, en quelque sorte. Salvador disait souvent que c’était en réalité à contre-cœur. Quand il a sorti son album Chambre avec vue en 2000, il a retrouvé un éclat passé. Ce n’est pas du manouche, mais c’est tout de même de la musique instrumentale, pas vraiment les chansons qu’il avait pu faire dans les années 70/80 avant presque de disparaître.

Djamal B a fédéré des musiciens de la scène jazz locale

7JàC : L’idée était aussi de retrouver des copains de la scène jazz locale pour enregistrer l’album ?
Djamal B : Absolument, les copains avec qui on tourne beaucoup. Mais l’idée était de trouver une direction artistique qui soit cohérente avec ce que j’avais envie d’exprimer à ce moment-là, et de le faire avec les personnes avec qui j’étais à même d’exprimer cela.

7JàC : Commercialement, c’est un pari risqué ?
D.B : Oui et non. Ce n’est pas Bad Bunny, ça c’est sûr. Par contre, dans le jazz, je pense au contraire que c’est une esthétique qui peut élargir le public. Une alternative à du jazz manouche très bien fait, mais “canal historique”.

7JàC : Sur ce projet, comment ont réagi les musiciens que vous avez appelés ?
Ils ont adhéré ? D.B : Oui, vachement, et pour plusieurs raisons. En réalité, les standards de jazz sont des chansons des comédies musicales de Broadway. L’acte même de faire du jazz, c’est de prendre des chansons connues et de les jouer d’une autre façon. Que la chanson ait 10 ans, 100 ans ou 200 ans, c’est un terrain de jeu. Je leur ai proposé des arrangements. Je ne suis pas arrivé avec ma playlist, mais avec des partitions et des arrangements, et cela leur a vachement plu.

7JàC : Un projet qui va tourner sur scène et qui va toucher un public qui manque au jazz ?
D.B : Je l’espère, en tout cas c’est un des objectifs visés. L’intention que j’avais en écrivant ce répertoire, c’était de m’adresser à la fois aux passionnés de jazz, pour qu’ils en aient un peu sous la dent, mais également aux néophytes. C’était une envie de redonner un rôle social un peu plus populaire à cette musique, en étant multigénérationnel et très exigeant musicalement.

Djamal B, Les Dernières : Chant et guitare solo – Djamal B, Saxophone – Gaspard Baradel, Contrebasse – Philippe Monge, Piano – Antoine Bacherot, Guitare rythmique – François Brunel. Enregistré en novembre 2025 au Studio La Menuiserie à Noisy-le-Sec par Rémi Bourcereau.

 

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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