Louis Gendre, galeriste chamaliérois, et son associée Mariko Kuroda entretiennent d’excellentes relations avec Dean Tavoularis, grand chef décorateur hollywoodien mais résident parisien. Lui qui n’a jamais cessé de s’exprimer à travers la peinture a confié une sélection d’œuvres plus ou moins récentes, illustrant sa technique et ses sujets de prédilection à découvrir pendant encore quelques jours.
Les beaux-arts avant tout
D’origine grecque, Dean Tavoularis, né dans le Massachusetts en 1932, grandit dans la région de Boston. Au milieu des années 30, sa famille déménage en Californie, à Long Beach puis à Los Angeles, la ville des anges qui va lui permettre de faire éclater tout ses talents. Dès sa jeunesse, le garçon est attiré par les beaux-arts, mais il a du mal à faire son choix entre la peinture et l’architecture, deux disciplines beaucoup plus liées à l’époque qu’elles ne le sont aujourd’hui.
Il entreprend de suivre une formation d’architecte, sans toutefois renoncer à la peinture puisque, après les cours, il se rend à l’Otis Collège of Art and Design, première école d’art professionnelle indépendante de Los Angeles créée en 1918. Les Studios Disney, en plein développement, envoient des chasseurs de têtes ou plutôt de mains, dans les écoles d’art pour repérer les talents et leur proposer de collaborer sur les longs- métrages d’animation. Le travail de Dean Tavoularis est naturellement repéré et le voici embauché dans ce que l’on nomme à l’époque la «Cathédrale de l’Art». Il réalise alors des centaines d’images notamment pour le dessin animé Belle et le clochard. Par la suite, il change de département, passant du studio animation à celui consacré aux films en prise réelle. Au début des années 60, il devient set designer et collabore notamment, sur Mary Poppins.
Tiraillé entre deux arts
Travailler chez Disney lui permet de comprendre l’art cinématographique. Cela l’autorise à entrer dans les plus grands studios d’Hollywood, travaillant comme chef décorateur avec les réalisateurs de la période “nouvel Hollywwod”. Le voici aux côtés d’Arthur Penn, d’Antonioni, de Polanski… et surtout Francis Ford Coppola qu’il accompagne sur presque l’intégralité de son œuvre. Les deux hommes sont si liés que Coppola clame «Tavoularis a influencé ma vie, mes enfants, ma famille, mes films, mes idées, mes aspirations, mes rêves, mes ambitions, mon héritage ». Alors que Dean Tavoularis débute sa fantastique carrière à Hollywood, la peinture le tiraille encore et toujours. Chez Disney, il pouvait dessiner et imaginer des décors mais le temps manque désormais au directeur artistique qui n’arrive plus à travailler pour lui. Dessiner des plans, des décors lui permettent de ne pas perdre la main mais il doit attendre sa retraite pour reprendre l’activité de peintre qui le motive depuis toujours.
L’univers Tavoularis sur les murs de la galerie Gendre
“L’univers de Dean Tavoularis est un kaléidoscope de couleurs, d’émotions et de créativité débordante. Que ce soit sur le grand écran ou sur la toile, il nous transporte dans des mondes imaginaires où chaque détail est soigneusement pensé”. Ces mots sont ceux de son agent Yoyo Maeght qui évoque également “une exploration incessante de la dualité entre réalité et illusion, entre le tangible et l’imaginaire”.
Les différents tableaux présentés à Chamalières autorisent une incursion dans l’univers intérieur de Tavoularis, un univers riche et varié évoluant avec le temps. L’ensemble peut sembler parfois baroque ou éclectique, mais un fil rouge, aussi invisible qu’un fil de pêche, relie chaque tableau. Les différences de traitement s’effacent pour ne laisser que l’essentiel, l’homme, son environnement, ses doutes et ses perceptions. L’exposition révèle un besoin d’expérimentation qui emprunte aux traditions artistiques : portrait, scène de nu, nature morte où se manifeste son sens de l’humour.
Exposition Dean Tavoularis : Galerie Louis Gendre jusqu’au 9 novembre 2024, 7, rue Charles Fournier, 63400 Chamalières, du mercredi au vendredi de 14h00 à 19h00, le samedi de 10h00 à 18h00.

















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