À Clermont, le réseau Culture Accessible rassemble sept opérateurs culturels qui ont, spontanément, mis en place une offre destinée aux déficients visuels ou aux aveugles et plus généralement aux publics en situation de handicap. Ses membres sont actuellement, La Comédie, Clermont Auvergne Opéra, le FRAC, les musées Bargoin et Lecoq, les médiathèques métropolitaines, l’Office du Tourisme, la Mission égalité de la Ville de Clermont et DV Auvergne. Ce collectif ne demande qu’à grandir pour présenter des programmes de plus en plus inclusifs sur la métropole.
Les structures du collectif viennent de présenter, de manière commune, leurs offres et programmes spécifiques avec un focus particulier sur les actions destinées au public non ou mal voyant. Visites guidées et spectacles proposés en audiodescription au sein des saisons régulières des structures, ont été présentés avec une intervention d’Aline Deforge, audiodescriptrice, venue expliquer son métier afin de faire comprendre à ce public, comment il pouvait, lui aussi, profiter des spectacles sans en perdre l’essence. À l’issue de son intervention, elle a répondu à nos questions.
7 Jours à Clermont : Quel est le premier contact que vous avez avec une création ?
Aline Deforge : En général l’œuvre a déjà été créée quand je passe au processus d’audiodescription. Je précise que c’est pour le spectacle vivant. On me donne généralement une captation de l’œuvre qui est jouée pour la première fois. C’est cette base vidéo sur laquelle je vais travailler. Il m’arrive d’assister à des répétitions générales mais ce n’est pas suffisant comme base de travail car il est indispensable d’avoir l’œuvre finalisée, le plus proche de ce qu’elle sera lorsqu’elle va tourner.
7JàC : Votre travail consiste donc à ajouter des éléments sonores supplémentaires.
A. D : L’audiodescription se place dans les interstices, entre les répliques et les éléments sonores signifiants. On ne peut pas tout décrire alors, on doit faire des choix de description. Il faut que cette description soit concise et efficace tout en respectant l’émotion qui est présente à ce moment là dans l’œuvre décrite, en respectant également l’esthétique, la temporalité et la sensibilité du moment que l’on est en train de décrire.
7JàC : Finalement vous devez faire preuve de neutralité…
A. D : L’audiodescription c’est un peu comme une traduction. On est pas là pour interpréter ou réécrire le spectacle, c’est pour cela que j’insiste sur le fait de se mettre au diapason de l’œuvre. Dans la mesure du possible, quand j’ai des doutes, je communique avec le metteur en scène ou avec l’auteur et je lui demande si je suis dans la “sur traduction” ou la “sur interprétation”. Je demande si en allant dans un sens, légèrement explicite de ce que je perçois, c’est gênant pour lui ou au contraire c’est validé.
7JàC : Les auteurs ont-ils un droit de regard sur votre travail ?
A. D : Le droit de regard… oui, il existe. Si le metteur en scène ou l’auteur me demande mon audio description, oui je la donne et je lui soumets. Il y a un échange dans la mesure du possible, parfois aussi avec certains comédiens qui ont des intentions de jeu. Nous, public, pouvons avoir des interprétations qui nous sont propres, mais si on veut les rendre un peu généralistes et universelles, il faut s’assurer qu’on est juste.
7JàC : Sur le spectacle vivant vous devez travailler en direct et vous adapter comme les acteurs.
A. D : Effectivement et on est censé réagir à tous les moments imprévus, inhérents au spectacle vivant. Au moment de la représentation en audiodescription, l’audiodescripteur ou descriptrice connaît l’œuvre par cœur. On connaît chaque réplique, chaque moment et on sait exactement à quel moment on doit intervenir et même sur quel mot on enchaîne. En fait, on a souvent très peu de temps. On connaît bien l’œuvre, on a beaucoup répété, on en a beaucoup rêvé et on a le trac au même titre que les acteurs. La même satisfaction aussi , parfois très grande à la fin du spectacle.
7JàC : Vous préférez le direct ou les séances d’enregistrements pour ce qui n’est pas de l’ordre du spectacle vivant ?
A. D : Cette dimension du direct, en public, un auquel on s’adapte également, met du piment… c’est quelque chose que j’adore. Quand on décrit une œuvre audiovisuelle sur laquelle, par exemple, on va faire la voix off, c’est une seule fois pour de bon, pour toujours. Après on la largue, elle accompagne le film pour toujours, elle est fixée et on ne peut pas revenir en arrière, c’est une autre dimension de stress. J’avoue que je préfère le direct avec son côté spontané.
“Je considère que tout est descriptible”
7 Jours à Clermont : Toutes les œuvres sont-elles audiodescriptibles ?
Aline Deforge : Moi je considère que tout est descriptible, mais il y a des choses plus difficiles à décrire que d’autres. J’ai récemment travaillé sur une œuvre totalement muette, il n’y avait pas un seul dialogue, donc 100% visuelle et la bande son n’avait rein à voir avec l’image. Je devais donc apporter aux personnes aveugles des éléments qui ne reposaient que sur la description. Il n’y avait aucun autre indice de ce qui se passait à l’écran. C’est un travail super intéressant, qui me passionne vraiment. J’affirme que c’est faisable mais je me demande parfois si c’est légitime, si cela peut toucher vraiment le grand public des personnes déficientes visuelles. C’est une question, mais au même titre que le grand public valide et voyant, qui ne sera pas forcément sensible à une œuvre muette avec bande son déconnectée.
7JàC : Certains genres sont-ils plus difficiles à décrire que d’autres ?
A. D : Ce qui est difficile à décrire pour les personnes déficientes visuelles c’est la danse par exemple, si ces personnes n’ont jamais vu de danse, ne savent pas à quel genre de mouvement on peut faire référence. Il ne faut pas tomber dans quelque chose de technique. On peut aussi parler des œuvres qui font appel à de l’image animée, à des techniques picturales spécifique qui sont complètement étrangères au public quand il n’a jamais vu d’œuvres auparavant.
7JàC : Pourquoi l’audiodescription n’est pas proposée sur davantage de spectacles ?
A. D : C’est principalement une question de moyens car ce travail représente un coût. Pour les spectacles qui font l’objet d’une tournée, il faut pouvoir vendre plusieurs dates en audiodescription pour la rentabiliser. Cela suppose une programmation spécifique dans les lieux de diffusion, un équipement technique HF pour diffuser et des casques, une régie fermée… c’est donc un défi technique. Il y a aussi certains metteurs en scène qui considèrent que leurs spectacles ne se prêtent pas à l’audiodescription, ou qu’ils ont du mal à toucher le public déficient visuel. Mais moi j’ai des doutes, je pense que ce sont des réserves qui ne sont pas justifiées.
Chaque structure du collectif Culture Accessible à nommé un référent qui peut guider la clientèle empêchée et donner toutes les informations nécessaires destinées aux déficients visuels mais aussi à tous les autres types de handicaps.













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