Les Jeunesses Musicales de France ou plutôt les JM France, œuvrent depuis 80 ans pour l’accès à la musique des enfants et des jeunes, prioritairement issus de territoires éloignés ou moins favorisés. Durant de très nombreuses années, la branche régionale de cette association reconnue d’utilité publique, a été présidée par Hélène Delage, disparue en fin 2023, laissant un grand vide sur le terrain de la médiation musicale.
Ancien journaliste de La Montagne, Daniel Martin, occupe désormais le poste de président, avec la charge de relancer les activités de l’association. Cette nouvelle page est suivie de près par un directeur général, lui même originaire de Clermont, Vincent Niqueux, qui n’hésite pas à venir réfléchir avec les partenaires locaux sur les nouvelles actions à mettre en œuvre. Lors de sa dernière visite, il a pris le temps de répondre aux questions de la presse.
7 Jours à Clermont : Comment définissez-vous les JMF ?
Vincent Niqueux : Nous sommes à la fois fondateur et membre de la grande ONG les Jeunesses Musicales Internationales. Tous les pays du monde ont accepté le principe de décliner leur nom en JM. Les JM France restent toujours le plus grand diffuseur français, on a plus de 80 ans et la vocation initiale était de dire “allons à rencontre de tous les publics pour leur faire découvrir la musique”.
7JàC : Depuis 80 ans, vous jouez un rôle majeur dans la médiation culturelle…
V.N : Ce sont les Jeunesses Musicales de France qui ont inventé les concert-conférences dans l’après-guerre par les plus grands musicologues et les plus grands musiciens. Cela s’est toujours fait en suivant l’évolution de la technologie. Il y a eu des clubs du disque, des clubs de la radio et à partir des années 80, elles se sont ouvertes à toutes les esthétiques, les musiques du monde et puis les musiques actuelles sous toutes leurs formes, pour dire que ce n’est pas l’esthétique qui prime, c’est la qualité de l’adresse au jeune public.
7JàC : La jeunesse reste la cible de JM France tant côté artistes que spectateurs ?
V.N : Les JM France sont toujours très actives vis à vis du jeune public avec la particularité de permettre les tournées de jeunes artistes professionnels dans toute la France aux mêmes conditions, partout, car nous n’avons pas de but lucratif. Le national organise, avec les régions, le repérage, la sélection d’artistes, des productions, des résidences, des tournées, de l’emploi des artistes. Sur le terrain, ce sont les équipes associatives qui vont s’occuper de toute la partie organisation, accueil, partenariats, liens avec les salles, les écoles, les centres de loisirs. Cette fonction de médiation est tout à fait moderne et exceptionnelle. On parle souvent de droits culturels et c’est vraiment la population qui s’empare de la façon d’organiser de belles choses artistiques pour les enfants et pour les jeunes.
Pour deux tiers des 3 à 18 ans, “la musique n’est pas pour eux”
7JàC : Quelle est la part de ce public jeune non consommateur de musique ?
V.N : Il y a une majorité d’enfants et de jeunes qui n’ont jamais mis les pieds dans un spectacle musical ou un concert. Si l’on met bout à bout tous les chiffres des pratiques musicales en France, je ne parle pas de l’écoute numérisée, mais de pratiques collectives ou d’école du spectateur, on a un tiers au maximum, d’une génération qui a une certaine familiarité avec cela. Donc deux tiers d’une génération de 3 à 18 ans qui prononce la phrase redoutable : “La musique c’est pas pour moi”… Donc notre job est de dire comment je leur offre quelque chose digne d’eux et comment je les aide à venir. On a encore une vision très académique “La musique je n’y ai droit que si je l’ai apprise”.
7JàC : Pourtant en France, les écoles de musique ne manquent pas.
V.N : On a paradoxalement un grand réseau d’école de musique en France, mais il y a ceux qui pratiquent et ceux qui ne pratiquent pas. Mais la réalité est qu’il y a deux éléments distincts : la musique que je pratique et la musique que j’écoute. Pour beaucoup, même pour des lycéens, aller voir des spectacles en musique actuelle est nouveau pour eux. Cela ne touche pas que la musique classique mais toutes les esthétiques. Alors, notre combat est de se demander comment proposer de belles choses avec en plus, l’organisation d’un système de médiation qui fasse venir les jeunes.
7JàC : L’école ne reste t-elle pas le meilleur lieu d’apprentissage de la musique ?
V.N : Nous sommes beaucoup sur le temps scolaire, parce que c’est là que sont tous les enfants, mais la question est de ne pas leur proposer des choses au rabais, parce que c’est un public hyper exigent et on se doit de présenter les meilleurs. Non seulement les meilleurs musicalement mais en plus de voir comment on va charpenter un spectacle en étant cohérent sur l’ensemble. Cela, ils le sentent très très bien.
Les JM France touchent 300 000 jeunes
7JàC : Que représente, en chiffres, le travail des JM France ?
V.N : Cela représente directement aujourd’hui 1 100 représentations par an, 300 000 enfants et nous avons adjoint depuis quelques années toute une série d’actions participatives, d’actions culturelles, de projets, qui complètent l’offre de diffusion et de création de musicale.
7JàC : Avez-vous identifié une problématique particulière sur le plan régional ?
V.N : L’association dans le Puy-de-Dôme est en reconstruction. Nous avions beaucoup travaillé ces sujets avec Hélène Delage. On va avancer à la mesure de ce que l’on peut faire et analyser des besoins. Il n’y a pas de problématique particulière sur le Massif central mais plutôt sur le milieu rural en général. Comment aller à la rencontre des enfants et des jeunes, essayer de leur faire découvrir la magie d’une salle et d’un spectacle, inventer des projets avec eux. C’est une belle problématique. Hélène Delage avait fait beaucoup de choses sur cet aspect dans le Sancy. Il y a donc deux axes, le spectacle et les projets à la carte. C’est un très bel enjeu. Les JM France œuvrent en milieu rural à 66%.
7JàC : Vous évoquez Hélène Delage, est-il difficile de mettre en place sa succession ?
V.N : Je pense que seul le collectif peut prendre le relais d’Hélène Delage, car on peut réfléchir en collectif. Hélène a fait énormément avec l’énergie et la vitalité qui était la sienne, sa bienveillance incroyable également… elle a été mon premier professeur quad j’étais au Conservatoire. Ces ennuis de santé l’ont empêché de passer à l’étape suivante. Donc, on va élargir et faire à 10, 15 ou 20, ce qu’elle faisait en petit comité. Cela n’enlève en rien à son mérite car elle a déblayé un terrain incroyable. Elle a organisé, je crois, une soixantaine de rendez-vous dans le Puy-de-Dôme et son idée était de réunir toutes les personnes avec qui elle avait travaillé pour demander comment elles voyaient les choses. On va poursuivre cela et on va faire de l’association un champs d’expérimentation avec les outils qui sont les nôtres aujourd’hui mais aussi des choses qu’il faut inventer.













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