Le débat est récurrent et vain au sein de l’ensemble des disciplines sportives. Quel est le plus grand champion de tous les temps ? En sport automobile, par exemple, il est ouvertement sans fondement. Comment comparer des époques différentes au cours desquels le facteur humain, déterminant autrefois, s’est dilué au fur et à mesure des décennies dans la technologie la plus sophistiquée. Sans oublier la multiplication des épreuves à n’en plus finir : 24 Grand-Prix de Formule 1 aujourd’hui quand le calendrier n’en comptait qu’une dizaine dans les années 60. Et que dire de l’aseptisation des circuits, tous dorénavant conçus sur le même format. Quel pilote s’aventurerait aujourd’hui sur le « vrai » Nurburgring (la « Nordschleife ») ou sur le « grand » Spa Francorchamps où chaque sortie de route pouvait s’avérer fatale ? A ces remarques on ajoutera encore le foisonnement des disciplines : monoplaces, rallyes, endurance, Nascar et tutti quanti. Après tout Verstappen est-il meilleur que Sébastien Ogier ? Lewis Hamilton, souverain avec la Mercedes mais dominé chez Ferrari, est-il vraiment un champion hors-norme ? Fangio aurait-il dominé Jim Clark ou Ayrton Senna ? Et quelle place donnée au polyvalent Jacky Ickx, capable de régner aux 24 Heures du Mans, d’être intouchable sous la pluie en Formule 1, de vaincre en Can Am comme sur le sable du « Dakar » ?
Un seul cannibale
En cyclisme, où le matériel joue un rôle moins conséquent, la question se révèle sans doute plus pertinente. Jusqu’ici j’ai toujours considéré Eddy Merckx comme au-dessus du lot. L’ogre belge régnait sur tous les terrains, à travers toutes les saisons. Il dominait sur le plat, s’envolait en montagne, écrasait la concurrence sur les pavés, survolait les contre-la-montre, tirait son épingle du jeu dans les sprints. Son record de 625 victoires (dont 552 sur route) demeure affolant et sans comparaison.
Le champion du panache
Pour autant, la suprématie actuelle de Tadej Pogacar oblige à reconsidérer la question. Le Slovène n’est pas tout à fait un cannibale, il ne gagne qu’une vingtaine de courses par an mais sa façon de triompher se révèle sans égal … Il n’hésite pas à se lancer dans des raids insolents de 80 kilomètres et multiplie les exploits, assommant alors la concurrence de toute sa classe au sein d’une génération pourtant hors-norme : Evenepoel, Van der Poel, Vingegaard, Roglic autant de champions qui auraient pu martyriser la concurrence à d’autres époques.
Quel est le plus grand cycliste de l’histoire ? L’inutile question n’a en fait d’autre intérêt que de meubler l’hiver, avant que la route ne s’ouvre de nouveau quand le printemps pointera le bout de son nez.
Marc François











Commenter