Cet éditorial a au moins un intérêt, une qualité, une vertu : c’est qu’il n’est pas écrit par une intelligence artificielle. Il est imaginé, conçu, rédigé, relu par un esprit humain, avec ses limites, ses failles, ses travers, ses doutes, ses absences, sa mémoire, ses connaissances, son style, son expérience singulière. L’exercice deviendra peut-être anachronique dans les années qui viennent tant les résistances sont rares et impuissantes face à un processus qui n’a pourtant rien de fatal.
Machine infernale
L’I.A., c’est le fin de toute créativité, de toute réflexion, de toute introspection, de toute personnalisation, de toute fantaisie et de toute initiative humaine. C’est donner les clefs à des systèmes, des programmes, des algorithmes. Une machine infernale dont le philosophe Eric Sadin explique parfaitement les vices dans son dernier livre Le désert de nous-mêmes, paru aux Editions de l’Echappée. Rares sont les penseurs à oser se lever face un phénomène dont les conséquences « sociales, culturelles et civilisationnelles » risquent de se révéler non seulement immenses mais irrémédiables à l’échelle de l’histoire de l’humanité.
Tapis rouge
Dans son livre Eric Sadin décrit non seulement les répercussions de ce que d’aucun appelle un « progrès » mais il souligne combien ce phénomène ne provient nullement d’un projet démocratique et populaire mais résulte de la volonté d’ingénieurs et de chercheurs, relayés par les toutes puissantes entreprises de la tech. Auxquels personne évidemment n’ose mettre des bâtons dans les roues. « Le développement du secteur va générer la création de milliers d’emplois » entend-on régulièrement sans souligner que, dans le même temps, il entraînera la destruction de millions d’emplois.
D’une certaine façon, l’avènement brutal de l’Intelligence artificielle et de l’automatisation de la pensée constitue l’acte suprême et définitif de la mondialisation, mettant fin à la diversité, à la multiplicité, aux couleurs pour imposer l’uniformité des esprits.
Marc François










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