Le vent s’engouffre derrière les murs sombres des cimetières, y balayant les dernières feuilles mortes. Il souffle dans les allées sans retour, sillonne entre les tombes, renversant au passage les pots de fleurs, fanées depuis longtemps. Rien toutefois qui puisse déranger les défunts ensevelis dans leurs cercueils, à l’abri. Insuffisant pour les éveiller au beau milieu du néant.
Peu importe, ici, la force du vent- et sa direction ; s’il tempête ou caresse ; s’il se lève ou s’assoupit ; s’il se déchaîne ou s’apaise ; s’il gémit ou murmure ; si les nuages circulent dans le ciel avec force ou lentement, doucement, calmement, imperceptiblement jusqu’à l’horizon. Les morts restent de marbre. A six pieds sous terre.
On pourrait croire les cimetières impassibles. Hors des contingences ordinaires et des protocoles matériels, préservés des « petites affaires » des humains, de leur avidité, de leur cupidité, de leur convoitise, épargnés de leur mesquinerie et de leurs turpitudes quotidiennes.
De macabres affaires
Ce serait toutefois une erreur, une naïveté que de l’imaginer. Car les sépultures ne sont pas éternelles. Ici, comme plus loin dans la ville, on hésite pas à extraire, à expulser, à évincer, à déloger et à renvoyer. Les vieux os n’inspirent qu’un respect mesuré aux vivants et la mémoire trouve ses limites dès lors qu’il faut faire de la place. Les concessions se négocient comme de vulgaires parcelles de terrain et n’ont pas plus de valeur qu’un contrat à durée déterminée. Quant aux tombes non entretenues, elles sont menacées de revenir à d’autres défunts que les vivants n’ont pas encore oublié. Les morts ne manquent pas en ce bas monde et il convient d’en tirer quelques recettes. L’Etat ne se goinfre-t-il pas sans le moindre scrupule de droits de succession ? Certains, récemment, ont même réclamé leur augmentation sous couvert de meilleure « redistribution… »
In memoriam
Derrière les murs des cimetières aussi, le temps est compté, précieux, négociable. Théâtres de mémoire et de recueillement, où l’on cultive le passé comme on arrose les fleurs, les cimetières ne sont ainsi pour ceux qui les « peuplent » qu’une transition, un sursis, peut-être un purgatoire… Mais ça, c’est une autre histoire.









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