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Antoine Lopez, aujourd'hui, à La Jetée.
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1979: l’année où le festival du Court-Métrage est né…

1979: l'invasion soviétique en Afghanistan, la révolution iranienne, l'arrivée de Margaret Thatcher au 10 Downing Street ou encore le premier voyage du pape Jean-Paul II en Pologne. En France, Robert Boulin est retrouvé mort en forêt de Rambouillet, Jacques Mesrine, "l'ennemi public n°1 tombe sous les balles policières. A Clermont, en février, se déroule une première semaine consacrée au court-métrage. La naissance, presque confidentielle, du festival. Pionnier de la manifestation, Antoine Lopez revient sur cette édition initiale.

À l’âge d’or des ciné-clubs, le Cercle Cinématographique Universitaire de Clermont-Ferrand (CCUC) était réputé comme l’un des trois plus grands ciné-clubs universitaires français. Il programmait deux fois par semaine à l’amphi 1 (actuel amphi Agnès Varda), doté alors de 900 places. 1000 spectateurs se tassaient tous les mardis et jeudis pour voir des films peu programmés dans le circuit des cinémas généralistes. De quoi encourager à voir plus grand.

L’équipe du ciné-club

Le ciné-club était animé par une équipe d’étudiants qui se renouvelait au fil des années. Antoine Lopez, aujourd’hui retraité et bénévole au sein de Sauve qui Peut le Court Métrage, a intégré l’équipe dès 1972. « Il m’arrivait de m’y rendre comme spectateur pendant mes études de physique chimie que je suivais un peu par dépit. L’équipe que j’ai intégrée s’est renouvelée au moment de lancer ce qui allait devenir le festival. » Antoine Lopez a donc assuré la liaison entre l’ancienne et la nouvelle équipe à ce moment-là. Parmi les nouveaux arrivants, se trouvaient Georges Bollon et Jean-Luc Mathion. À eux trois, ils allaient créer le festival.

Une semaine de court-métrages

La une du premier programme.

« Jusqu’en 74-75, les spectateurs étaient assidus. Puis, est arrivée une génération élevée à la télé. Cela a eu une incidence, on avait de moins en moins de spectateurs dans les cinémas” précise Antoine Lopez. Rapidement, le réseau des ciné-clubs s’est effondré. Celui de Clermont n’a pas échappé à la crise malgré sa bonne tenue. « À partir de là, on a décidé de modifier la programmation. On est passé à une séance par semaine et une semaine entière de programmation par trimestre avec, à chaque fois, une thématique. » Le jeune cinéma américain, le cinéma polonais, le cinéma d’animation , parmi d’autres, ont ainsi été mis en exergue. En 1978, Antoine Lopez, Georges Bollon et Jean-Luc Mathion décidèrent de programmer une semaine de courts-métrages qu’ils planifièrent pour février 1979 en guise de semaine du deuxième trimestre.

“Des films qu’aucun ciné-club ne pouvait projeter”

La programmation s’étalait du lundi 5 au vendredi 9 février. C’était il y a quarante ans… « On n’était pas là en train de bâtir le plus grand festival du monde. On était là pour faire une semaine dédiée à un genre ou un format. En l’occurrence, à un format cette fois-là » explique Antoine Lopez. La fac des lettres étant fermée le lundi et le vendredi, les séances se tenaient à Dolet ces jours-là, dans ce qui est aujourd’hui la salle des frères Lumière. En revanche les mardi, mercredi et jeudi, l’événement prenait la direction de l’amphi 1. « Là où se trouvait le matos. En 1968, l’équipe précédente avait récupéré le matériel de projo d’un cinéma qui fermait, du 35mm, ce qui a contribué à faire du CCUC un grand ciné-club. La plupart étaient en 16mm. Grâce au 35mm, on pouvait passer des films qu’aucun ciné-club ne pouvait projeter. »

Pas de compétition

Pour la première édition, il n’était pas question de compétition. L’idée était de présenter des films, que les trois compères avaient bien aimés, à un public essentiellement étudiant (même si  les projections étaient ouvertes à tous). La programmation proposait un thème par soirée. Elle comprenait une séance de films d’auteurs connus, Buñuel ou René Clair, afin d’attirer le public, une soirée animation ou une autre jeune cinéma français, avec différents auteurs débutants comme Jean-Jacques Beineix. « L’idée était de montrer des films du répertoire mais aussi des films récents» se souvient Antoine Lopez. En 1979, lors de cette première édition, les cinq séances ont rassemblé 1200 spectateurs.

La toute première affiche.

L’affiche, déjà

A l’époque, la communication consistait en un programme ronéotypé et une affiche composée par Antoine lui-même. « Je suis fan d’affiches et je suis dessinateur autodidacte. Dès le départ, on a réalisé une affiche en deux couleurs. L’année suivante, c’est encore moi qui l’aie faite en trois couleurs. Puis la troisième année, nous sommes passés à la quadri. Nous avions peu d’argent et l’essentiel du budget passait dans l’affiche. » Cette attention particulière portée au visuel a imprégné l’histoire du festival. La publication de l’affiche constitue toujours un petit événement en soi, chaque année.

Le public a pu accéder à cette première édition pour des tarifs modiques. Parmi les lecteurs de 7 Jours à Clermont, certains s’en souviennent peut-être encore. Selon Antoine Lopez: “le succès du festival repose aussi sur ses tarifs. Dès le départ, on s’était dit que l’argent ne devait pas freiner l’accès à la culture. On a toujours eu le souci d’avoir un point de vue sur tout ce qu’on faisait. On a bâti le festival comme ça. Ça lui a permis de se développer et d’acquérir l’image qu’il a. » 

La machine est lancée   

Antoine Lopez.

En 1980, 1800 spectateurs se sont pressés à la semaine du Court Métrage. Puis 3000 en 1981. L’affaire était entendue. Les trois amis étaient accaparés par l’organisation de la manifestation. Antoine n’avait plus le temps de suivre ses études. « Au bout de trois ans de bénévolat, ça devenait compliqué de payer le loyer et les tickets R.U. Pour gagner ma vie, j’étais projectionniste dans un cinéma porno, au Vox, avenue d’Italie. Soit on arrêtait là, soit on demandait des aides pour se salarier. Une façon d’obtenir des sous, c’était de passer en festival… On a monté le dossier en 1981 et on est sorti de la structure ciné-club pour créer l’association appelée Sauve Qui Peut le Court Métrage en août 1981. Le 1er janvier 1982, je suis devenu le premier salarié de l’association, payé au SMIC, à 2900 francs par mois. » Suite aux atermoiements des collectivités, le festival 1982 s’est déroulé en avril. Il a ensuite retrouvé sa place hivernale. « L’édition 1982, qui fut la quatrième, s’appelait pour la première fois Festival. On l’appelle encore aujourd’hui 4ème Festival pour ne pas perdre la mémoire des trois premières éditions. » La structure n’a pas bougé depuis, elle s’est simplement étoffée. La suite appartient à l’Histoire.

 

https://clermont-filmfest.org/

 

À propos de l'auteur

Patrick Foulhoux

Patrick Foulhoux

Journaliste et grand amateur de musique rock, Patrick Foulhoux a collaboré pendant de nombreuses années avec des magazines consacrés à la musique (Rollling Stone, Rock Sound, X-Rock...) et des titres de la presse de territoire. Sa passion pour le Rock l'a conduit à devenir directeur artistique de labels, tourneur, manager, organisateur de festival et écrivain.

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