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Geneviève Callerot par Alexis Vettoretti Julie Gaucher par Photofun
Geneviève Callerot par Alexis Vettoretti Julie Gaucher par Photofun
Culture

L’ode aux vieilles de Julie Gaucher

Après s'être intéressée au corps des sportives, l'autrice et chercheuse clermontoise Julie Gaucher revient avec Les Vieilles, son second recueil de poésie. À travers un regard empreint de bienveillance et de sororité, elle redonne voix et visibilité aux femmes qui prennent de l'âge, brisant les tabous et les stéréotypes sur la vieillesse au féminin. Rencontre.

Inlassablement Julie Gaucher poursuit son travail d’exploration de l’univers de la femme ou plutôt des femmes, sportives en particulier. Docteure en littérature française, agrégée de lettres modernes, chercheuse en histoire du sport, cette Clermontoise n’a pas hésité à faire un pas de côté, s’écartant d’une production savante et documentée pour s’adonner à la poésie qui lui permet d’aborder son sujet de prédilection sous une forme plus littéraire. Après Et elles se mirent à courir (Éditions du Volcan), la voici de retour avec un second recueil de poésie intitulé Les Vieilles.

Le corps des vieilles, c’est un corps qui est aussi marqué par le temps

Olivier Perrot : Il y a quelques semaines vous avez publié Les Vieilles, votre second ouvrage de poésie. Ce titre interpelle et ouvre la question du passage du monde du sport féminin vers quelque chose de plus universel. Comment et pourquoi s’est opérée cette transition ?
Julie Gaucher : La question est très intéressante… En fait je ne me suis pas posé la question du lien entre ces deux types d’écriture avant qu’on ne me la pose et je pense que le lien c’est le corps parce que mon écriture s’intéresse quasi systématiquement au corps. Le corps sportif est un corps qui va être musclé, qui va être performant, mais le corps des vieilles, c’est un corps qui est aussi marqué par le temps, voilà, et c’est un corps qu’on retrouve dans mon écriture. Le corps c’est vraiment mon entrée sur le sujet.

O.P : C’est quoi, exactement, une vieille ?
J. G : Alors déjà, j’ai fait le choix de parler des vieilles alors qu’on m’a appris à dire personne âgée. J’étais très bien élevée mais finalement c’est invisibiliser les femmes. Le recueil est né en fait d’une prise de conscience de cette invisibilisation, de cette silenciation des femmes quand elles prenaient de l’âge. C’est-à-dire qu’il y a des discriminations de genre qui existent à tous les âges, mais quand les femmes prennent de l’âge cette discrimination s’intensifie avec le paradigme de l’âgisme qui rentre en ligne de compte. C’était quoi la question ?

O.P : La question était : c’est quoi exactement une vieille ?
J. G : Ah oui, c’est quoi une vieille ? En fait, c’est une vraie question que je me suis posée, parce qu’au début je suis partie de l’exemple de mes grands-mères, donc des femmes du 4e âge voire de mon arrière-grand-mère et des souvenirs d’enfant que j’en avais. En fait le recueil s’ouvre sur un poème dédié aux actrices de plus de 50 ans, qui ont monté une association nommée Le Tunnel des 50 pour dénoncer l’invisibilisation des femmes de plus de 50 ans dans nos séries, dans les publicités et dans les films. Et effectivement les rôles de femmes mûres sont joués par des femmes d’à peine 40 ans… elles sont des mères de grands adultes et on ne voit pas la même chose au niveau des hommes. Et puis je me suis posé moi-même la question : quand est-ce qu’on devient vieille et qu’est-ce qui fait que je suis vieille en fait ? Quand est-ce qu’on est vieille ?

O.P : Et alors, est-ce que vous êtes vieille ? ou pas ?
J. G : Alors, je pense qu’on peut avoir le sentiment de la vieillesse à n’importe quel âge et qu’on peut se sentir vieux sous les coups, les accidents de la vie. Donc je pense m’être sentie vieille à 30 ans, 35 ans où j’ai vécu des choses un petit peu dures et aujourd’hui je suis plus vieille et pour autant je suis moins vieille dans ma tête, voilà.

Un vieux peut être considéré comme séduisant, alors qu’une femme va passer la date de péremption après la ménopause

Olivier Perrot : La photo de couverture du recueil est remarquable, mais elle renforce l’idée que quand on me dit “vieille”, j’ai l’image d’une mamie un peu paysanne avec une blouse genre La Redoute. La vieille est-elle condamnée à une forme vestimentaire donnée alors qu’elle peut être toujours belle à 100 ans ?
Julie Gaucher : C’est un très beau portrait de Geneviève Callerot, tiré de la série Paysannes, du photographe Alexis Vettoretti. Mais on est bien d’accord en fait, il y a une différence entre la vieille et le vieux. Les représentations, les imaginaires qu’on a autour de la figure du vieux ne sont pas du tout les mêmes. Un vieux peut être considéré comme séduisant, alors qu’une femme va passer la date de péremption après la ménopause… très souvent on considère ça… Il y a eu une évidence sur ce regard photographique sur Geneviève Callerot. Voilà, c’est un coup de foudre et en fait si j’ai choisi une figure de femme âgée issue du milieu rural, c’est que je viens moi-même de la ruralité. Il y a la présence de mes grands-mères quand même qui est prégnante dans ce recueil et j’ai vu énormément de force, j’ai vu une présence très très forte dans son regard et vraiment elle m’a interpellé.

O.P : Justement vous parlez de la ruralité. Est-ce qu’il y a une différence entre les vieilles de la campagne et les vieilles de la ville ?
J. G : Mais en fait comme il y a une différence entre les vieux de la campagne et les vieux de la ville, les jeunes de la campagne et les jeunes de la ville, bien sûr qu’en fait on est marqué par la terre qui nous a vus grandir, on est marqué par la culture qui accompagne des univers géographiques différents. Donc, oui, il y a des formes de différences et pour autant, j’ai envie de dire, regardons-nous avec bienveillance et c’est peut-être le problème avec les vieilles, c’est qu’elles ne sont plus regardées, elles ne sont plus écoutées et quand elles le sont, c’est avec une forme de condescendance et j’ai voulu restaurer une forme de regard bienveillant et de sororité qui dépassait en quelque sorte les générations. On a tellement à apprendre de nos vieilles.

Les Vieilles, Julie Gaucher, Nos accointances éditions, préface d’Éliane Viennot

es Vieilles Julie Gaucher

Elle finira par s’y faire – (extrait)

Ils se sont rassurés avec leurs mots
Elle sera mieux ici
Ils ont comparé les maisons
jaugé la propreté
choisi la modernité
Le téléphone dans la chambre
et des géraniums dans le jardin
Elle ne sera pas dépaysée

Ils ne lui ont pas demandé son avis
de toute façon
elle ne se rend pas compte
Elle aurait fini par tomber
se cogner se blesser
Elle aurait fini par mourir

Elle sera mieux ici
jamais seule
surveillée
protégée
cinq fruits et légumes par jour
des repas équilibrés
des activités adaptées
Elle sera bien ici

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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