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Exposition Marrit Veenstra Chamalières Photo 7 Jours à Clemont
Photo 7 Jours à Clemont
Culture

Parlons chiffons avec Marrit Veenstra

Marrit Veenstra, artiste d'origine néerlandaise installée dans le Livradois-Forez, présente actuellement "Témoin d'usure" exposition d'art textile à la galerie municipale de Chamalières.

Artiste née au Pays-Bas, Marrit Veenstra a étudié les arts graphiques avant de venir vivre en France pour y poursuivre des études en architecture. Finalement, elle a décidé d’être plasticienne et s’est installée au cœur du Livradois-Forez en 2015.
Le titre choisi pour son exposition actuelle, Témoins d’usure, serait-il un clin d’œil au manufacturier Michelin ? on pourrait le penser de prime abord, mais une observation de son travail éloigne assez vite de cette idée. Ses œuvres sont dominées par le blanc, même si le noir carbone y est parfois présent. La texture générale de ses créations est nettement plus organique et souple que les flancs d’un runflat produit chez Bibendum. En effet Marrit Veenstra travaille le textile, matière qui, même, inerte raconte des histoires. Le textile, matière en contact avec la peau n’est il pas un témoin à charge de la vie ?

Ma formation me poursuit, pas seulement l’architecture mais aussi le design graphique

Olivier Perrot : Vous avez été architecte et vous êtes aujourd’hui plasticienne à 100%, que s’est-il passé dans votre vie professionnelle ?
Marrit Veenstra : J’ai eu un très beau métier dans lequel je me suis éclatée, vraiment. J’ai travaillé dans des endroits où j’avais de bons outils, de bonnes équipes, dans des endroits très très chouettes, mais je me suis sentie emprisonnée, devant un bureau, un ordinateur, même si je sortais car il fallait rencontrer des gens, présenter les projets… je sortais un peu mais cela me demandait beaucoup d’énergie car il faut être un chef d’orchestre, gérer beaucoup de monde, beaucoup de métiers pour arriver à un projet qui peut durer 10 ans. Donc je me suis sentie un petit peu coincée, enfermée et j’ai décidé de changer de vie. J’ai choisi d’arrêter ce métier, de quitter la région et de repartir à zéro en trouvant une matière qui me ferait lever le matin. J’ai mis du temps, mais j’ai trouvé…c’est le textile. J’avais besoin de liberté en fait, de m’exprimer à mon rythme.

Est ce que votre formation d’architecte vous sert encore aujourd’hui ?
Cela me sert tous les jours. Ma formation me poursuit, pas seulement l’architecture mais aussi le design graphique, je m’en sers… mais je reviens sur l’architecture dans laquelle je me suis sentie très formatée. Dans ce travail d’architecte, chaque ligne, chaque surface évolue, mais de manière justifiée par rapport à un programme. Même l’épaisseur d’une ligne exprime quelque chose… et j’étais incapable de tracer une ligne sans règle, pas capable de faire un cercle sans compas. Avec les logiciels qui sont très précis, je me suis sentie coincée, je n’arrivais pas à m’exprimer assez dans ce métier. Donc, j’ai choisi de faire autrement, d’arrêter et de trouver d’autres moyens pour m’exprimer.

Comment s’est passée la transition vers cette nouvelle vie ?
Cela ne s’est pas fait en pleine conscience, mais je l’ai compris plus tard, parce que j’ai rencontré des gens en Auvergne, j’ai recommencé à zéro, j’ai repris la gravure, j’ai rencontré des gens qui brodent et m’ont fait broder alors que je n’avais pas du tout envie, je détestais les perles. Avec elles j’ai fait des exercices de découpe à la main, avec des ciseaux, sur des morceaux de feutre et je n’y arrivais pas. Je ne pouvais pas à découper une forme sans la tracer ou la mesurer avant. Je me suis rendue compte de ce blocage et petit à petit, quand on refait 10 fois une ligne parce qu’elle n’est pas droite, à un moment on arrête et on accepte et l’on découvre que cette ligne, qui n’est pas droite, raconte beaucoup plus de choses, elle a un charme incroyable. Donc voilà, petit à petit j’ai commencé à vivre autrement, plus simplement en milieu rural, avec moins de moyens financiers et j’apprécie maintenant la vie différemment.

diptyque Marrit Veenstra Photo 7 Jours à Clermont
diptyque Marrit Veenstra / Photo 7 Jours à Clermont

Les comportements de la société m’interpellent

Olivier Perrot : Que racontent vos œuvres ?
Marrit Veenstra : Quand je rencontre ces tissus, ils ont déjà eu une vie, voire plusieurs vies. Ces tissus ont des traces. Cela peut être des taches, des reprises, des trous, ou une usure extrême quand on voit à travers. Je suis très émue par cela, pas par les matières neuves qui sont stériles pour moi. Je m’accroche à l’histoire de ces draps. Ils sont habités, ils ont été proches de la peau et comportent une mémoire humaine. Mon histoire, ce que j’exprime, est aussi des histoires d’humains, de comportement entre deux personnes, dans un groupe. Il y a des expériences vécues, des choses qui ne se passent pas bien, des choses qui bloquent dans la vie… l’humain n’est pas facile, j’aime beaucoup parler de ça, des conditions de vie, des catégories, des classes sociales. Les comportements de la société m’interpellent.

Lorsque vous récupérez ces tissus, vous ne connaissez pas leur histoire, vous devez donc réinventer…
Pas complètement, mais je l’imagine. Ce que j’aime beaucoup c’est que l’on va trouver des tissages en lin, purs, extrêmement fins destinés à la bourgeoisie, à côté des draps tissés grossièrement en chanvre qui étaient pour la population moins aisée. J’aime les mettre côte à côte, les faire cohabiter. Pour moi, cela parle de tolérance, car si on pouvaient tolérer un peu mieux nos voisins d’à côté, mais aussi ceux de l’autre bout du monde, cela serait bien.

Vous en profitez aussi pour passer un message écologique.
Oui j’y tiens… j’aime de temps en temps lâcher quelques mots, surtout envers les petits. J’aimerai bien qu’ils n’achètent pas de vêtements à 2 euros chez les Chinois, qui ont été fabriqués dans des conditions terribles. Je les motive à demander à leurs mamans à réparer les trous sur les pantalons, surtout les genoux… donc je sensibilise aussi à cela. C’est aussi pour cela que de temps en temps dans mon travail on peut aussi trouver du plastique qui est un polluant très présent dans le textile.

Que conseiller aux visiteurs de l’exposition face à vos œuvres ?
Venez, laissez venir. Il peut y avoir une émotion… ou pas. Cela dépend de la personne, du contexte, de plein de choses. C’est un travail abstrait, ce n’est pas facile pour tout le monde de rentrer dedans, mais de temps en temps, je suis présente dans la galerie pour donner quelques clés si besoin… et c’est avec plaisir.

Témoin d’usure, Marrit Veenstra, Galerie municipale d’art de Chamalières,  avenue  Giscard d’Estaing  à Chamalières, jusqu’au 21 février 2026

Œuvre Marrit Veenstra Photo 7 Jours à Clermont
Œuvre Marrit Veenstra /Photo 7 Jours à Clermont

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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