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Parc Saint-Jean / Photo 7 Jours à Clermont
Parc Saint-Jean / Photo 7 Jours à Clermont
Vie publique

Parcs et Jardins : Clermont passe au vert

À l'heure où Clermont multiplie les espaces verts, on commence à comprendre qu'une grande trame végétalisée se met progressivement en place. Bernard Reichen, architecte urbaniste en charge du projet du parc Saint-Jean dont la première tranche a été récemment inaugurée revient sur ce concept de "nature structurante, continue et parcourable".

L'Essentiel

Clermont développe une série d'espaces verts pour créer une trame végétalisée, avec le parc Saint-Jean en tête, inauguré récemment avec une première tranche de 2,5 hectares sur un projet total de 10 hectares.

Bernard Reichen souligne l'importance de concevoir la ville en intégrant la nature, en rétablissant les continuités et en reliant les parcs pour créer une "nature structurante, continue et parcourable".

Il évoque également la nécessité de concevoir les espaces verts en fonction de l'hydrologie et des spécificités locales, tout en évitant l'étalement urbain nuisible, pour favoriser une ville plus durable et vivable.

Parc Saint-Jean, parc Champfleuri, square Beaupeyras, coulée verte de Vallières… ces derniers mois, la ville de Clermont a mis les bouchées doubles en matière de végétalisation en attendant l’ouverture en 2026, du grand parc de Muraille qui accueillera 500 arbres sur ses 3,5 hectares. Cette effervescence verte  clermontoise n’est pas un cas isolé. Nombreuses sont les métropoles et les grandes villes qui se sont lancées dans des programmes de végétalisation. Retirer des hectares de goudrons et de béton aux profit d’arbres et de plantes est une réponse aux problématiques sociale et environnementale. Avec des températures de plus en plus élevées et des épisodes orageux bien plus intenses que par le passé, les parcs et jardins sont devenus indispensables pour lutter contre les îlots de chaleur et absorber les eaux pluviales selon le principe de la ville éponge*.  En plus ces nouveau lieux permettent à la population de développer une véritable vie de quartier.
Rencontré lors de l’inauguration de la première tranche de 2,5 hectares du parc Saint-Jean, (sur un projet total de 10 hectares) Bernard Reichen de l’Agence Carta, Reichen et Robert associés qui pilote le projet Saint-Jean, nous a livré sa vision d’architecte urbaniste, revenant sur le sujet de la nature en ville. Il y a 20 ans déjà, il déclarait « Il est urgent d’établir un contrat ville-nature à l’échelle des agglomérations ».

Construire la nature sur la ville

7 Jours à Clermont : Comment les parcs  comme celui  du quartier Saint-Jean s’inscrivent-il aujourd’hui, dans le développement des villes ?
Bernard Reichen : Par rapport aux parcs, il y a deux questions. Dans l’urbanisme d’extension au début du siècle, des réseaux de parc faisaient l’objet de réservation. On préméditait là où se trouveraient les parcs, non pas, par rapport à la ville qu’on allait dessiner,  mais par rapport à la géographie sur laquelle on était. On respectait les belvédères, on respectait les zones humides… Ces parcs, petit à petit, prenaient place dans la ville, ils préexistaient au destin de la ville. Ça aujourd’hui, c’est mon obsession, c’est à dire que l’on est passé de la table rase qui nous a tenu pendant plus d’un demi-siècle, ensuite on a émis l’idée de construire la ville sur la ville, à propos du patrimoine industriel essentiellement à partir des années 70 pour arriver aujourd’hui on a une demande autre. Celle de construire la nature sur la ville, de restaurer les continuités, de mettre les parcs en réseau et de construire des horizons.

7JàC : L’idée n’est pas neuve, mais on l’avait un peu mise de côté…
B.R : Cela a été écrit en 1908 par Jean Claude Nicolas Forestier qui a rédigé un traité, mis en pratique au Maroc et dans beaucoup de pays, y compris la France, mais c’est comme si on l’avait oublié après la guerre. On est passé à l’échelle du plan masse, on a mis le regard sur les droits à construire et on a fait du vide le résultant du plein, alors que dans la ville, c’est l’inverse qu’il faut faire. Le plein doit être le résultant du vide. Si on veut restaurer ces éléments naturels, il faut les concevoir par rapport à l’hydrologie, il faut les concevoir par rapport à des tas de règles climatiques, après quoi, l’urbanisme devient une installation. Cela veut dire que nous, ce qu’on essaie de faire, par rapport au patrimoine industriel, c’est notre histoire d’origine, on s’aperçoit que lorsqu’on abandonne ce patrimoine, la nature reprend ses droits et il me semble important de penser ces territoires comme un couple patrimoine/nature.

Recomposer la ville par des trames naturelles très puissantes

7JàC : Selon vous, comment faut-il aujourd’hui bâtir une ville et que faut-il prendre en compte ?
B.R : Patrimoine et nature, échelle de l’usine, échelle des halles, échelle des arbres… cela compose une ville basse où l’on peut créer tous les lieux de la sociabilité. Après si l’on garde cela, on lui donne sa taille, mais il faut accepter de monter. Faire une ville basse et très étalée, c’est continuer l’étalement urbain qui nous fait tant de mal aujourd’hui. Quand nous, nous avons commencé, c’était pour des raisons patrimoniales, le patrimoine industriel, ensuite on est passé à des raisons urbaines puisque ce n’était pas des bâtiments qui étaient abandonnées, mais des territoires. Aujourd’hui on a une donnée supplémentaire, celle de recomposer la ville par des trames naturelles très puissantes.

Déambulation parc Saint-Jean / Photo 7 Jours à Clermont
Parc Saint-Jean / Photo 7 Jours à Clermont

7JàC : Clermont est-elle une ville comme les autres ou a-t-elle une spécificité ?
B.R : En parlant de Clermont, j’avais prononcé la phrase « une nature si proche qu’on en a oublié la nature dans la ville. » La nature ici est omniprésente, avec des paysages sublimes, il y a les puys, on sait que l’on est tout près de la nature et le territoire industriel n’a pas considéré cela. On a fait certes des parcs de représentation, mais aujourd’hui c’est plutôt des parcs d’usages, et on envisage des continuités de parcs. Si ces parcs ne sont pas reliés entre eux par de véritables jardins linéaires, remplis de pistes cyclables, on a pas ce que je nomme « une nature structurante, continue et parcourable ». Dès qu’on a une poche de respiration comme le parc Saint-Jean, cela fait une halte formidable. Il faut concevoir la densité végétale comme le miroir de la densité physique du bâti, alors que la tentation est de tout niveler par le bas, des faire des bâtiments R+3, R+4, de construire petit et de s’étaler. Après on se rend compte que l’on a des quartiers entiers qui n’ont plus de continuité végétale, que l’hydrologie est falsifiée, que le végétal en lui même est sacrifié et cela devient très compliqué à vivre.

7JàC : Avez-vous déjà travaillé sur ce principe de parcs reliés les uns aux autres ?
B.R : Dans la Rhur, on a travaillé sur le sujet de l’autoroute à vélo. Le radweg fait plus de 200 kilomètres, c’est un boucle et sur cette boucle il y a 90 projets qui font la connexion avec les grandes villes de la Ruhr. Ici, on est pas sur cette échelle mais on est déjà sur une échelle très significative. Cela montre qu’il faut fabriquer la continuité du végétal dans laquelle la ville s’installe.

*La ville éponge s’appuie sur le principe de perméabilité de la terre pour éviter les problèmes d’inondations en cas de fortes pluies et permettre aux eaux pluviales de rejoindre directement et naturellement les nappes phréatiques sans passer par les réseaux d’assainissement.

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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