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Photo D.R.
Chroniques

Mobile voyage

Tous les voyageurs émerveillés l’ont repérée, cette modernité galopante qui s’étend sans prévenance à des bouts de Terre que l’on disait jusqu’alors pudiquement authentiques et préservés.  Elle est arrivée dans un raccourci temporel extraordinaire, sans passer par le « 22 à Asnières », par les combinés bakélite, par le cadran que l’on tourne du doigt, numéro par numéro et qui revient à chaque mouvement dans son cliquetis feutré.  Le téléphone portable est partout. Certains sont même directement passés au smartphone et, dans une juste inversion des rôles, prennent en photo ce voyageur rigolo avec son grand nez et ses cheveux blancs. Mais le développement ne va pas aussi vite en toutes choses, et posséder un portable n’empêche pas de rester privé de l’accès à l’eau potable ou à l’assainissement. Mais ça, c’est authentique ! Ne perdons pas le fil, l’exigence de cette chronique impose de faire court. 

On n’échappe plus à la toile !

Le téléphone portable donc. Et Internet ! Nul n’y échappe. On dit même que les premières applications bancaires furent développées pour éviter des jours de brousse ou les passages de hauts cols afin « d’encaisser son chèque ». Je n’ai pas vérifié. En revanche j’ai pu vérifier entre 2013 et 2015, dans les villages haut perchés du Ladakh, l’irruption générale de ces petits appendices ; en même temps d’ailleurs que les pistes accédant à des cols que l’on disait infranchissables. Jusqu’à modifier les phrases courantes et restreintes qui fondent les échanges.

La première fois que j’entendis ce « give me your face » j’en faisais comme de coutume, bougon et sciemment rétrograde, une traduction littérale très troublante. Une évolution linguistique ? Une variante ésotérique du « what’s your name » ? Non, bien sûr, il s’agissait de transmettre une qualité que je me refuse : un profil Facebook. C’est devenu le viatique incontournable de ces relations fugaces qui les remettent à plus tard, dématérialisées et encore plus hypothétiques. Que l’on n’en dispose pas, touriste nanti évident, surprend et déçoit ; voire attire dans le regard quelques moqueries me laissant piteux.

Cet usage en contraste avec les traditions et l’esprit du lieu trouve parfois une illustration anecdotique. Petit village indonésien. De ceux où temples et habitations se mélangent. Celles de Boudi sont classiques, rassemblant toutes les générations de la famille autant que les poules, coqs et canards qui pataugent librement.

Dans sa maison, la plus récente de l’ensemble, simple et impeccable, il me présente sa femme. Elle est originaire d’Ubud, à 30 km (1 h 30 de route). Je lui demande comment ils se sont rencontrés ? Et avec leur large et gentil sourire ils me répondent … sur Facebook. Evidemment

À propos de l'auteur

Eric Gauthey

Eric Gauthey

Né avec la crise des missiles de Cuba, son enfance, ses études et ses premières années de la vie d’adulte furent nomades.
Au début des années 90, il émigre à Clermont-Ferrand pour se sédentariser. Son métier, non moins sédentaire, l’engage dans le service au public (transports publics de l’agglomération clermontoise).
Le voyage reste sa passion, pour ses vacances mais pas seulement. Cofondateur d’Il Faut Aller Voir et du RV du Carnet de Voyage, il pousse jusqu’à publier deux ouvrages : « Cher Bouthan » – 2011 et « Buna Tatu » - 2017 (sur l’Ethiopie).

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