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Marc François.
Photo Fanny Reynaud.
Edito

Les Arméniens et l’indifférence occidentale

Près de deux tiers des habitants du Haut Karabakh auraient déjà fui devant l'offensive militaire conduite par l'Azerbaïdjan. Un exode massif de la population arménienne qui rappelle de bien mauvais souvenirs.

Les réactions de la communauté internationale se sont toujours révélées à géométrie variable. La mobilisation légitime d’une majorité de pays occidentaux devant le conflit ukrainien contraste spectaculairement avec  la relative indifférence (feinte ou réelle) devant la nouvelle tragédie arménienne, un peuple dont on sait qu’il fut la victime du premier génocide intervenu au cours du XXe siècle.

Aujourd’hui l’histoire se déroule donc aux portes mêmes de l’Europe, si souvent donneuse de leçons et porteuse d’une morale contemporaine. Dans les langues locales, « Karabakh » signifie « jardin noir montagneux ». C’est là, dans la République d’Artsakh, territoire presque exclusivement peuplé d’Arméniens, présents depuis près de trois millénaires, que l’Azerbaïdjan d’Ilham Aliyev conduit une épuration ethnique et religieuse à grande échelle.

L’ombre menaçante de la Turquie

Aux lendemains de l’éclatement de l’empire soviétique, les habitants avaient décidé de leur autonomie à la faveur d’un référendum. Choix réaffirmé à une écrasante majorité le 20 février 2017. L’Azerbaïdjan, pays frontalier, n’en a que faire et a décidé coûte que coûte de s’accaparer le Haut Karabakh. Derrière cette tragédie humaine , il y a évidemment la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, désireuse de constituer un corridor de ses propres frontières orientales jusqu’à l’Iran et d’accroître son hégémonie sur cette région du globe. Elle influe, arme, soutient, guide, décide, planifie …

Le moment propice

Le nouvel impérialisme ottoman, fortement teinté d’islamisme, ne recule devant aucune brutalité, d’autant plus qu’il sait la faiblesse et la veulerie de l’Europe, tributaire du gaz azéri, et, en réalité, incapable de s’opposer à ses velléités de conquête. Il n’ignore pas non plus que la Russie, en principe soutien de l’Arménie, est engagée dans une guerre coûteuse en Ukraine et qu’elle n’a pas intérêt de se mettre à dos Ankara. Quant aux Etats-Unis, bien éloignés de ces contrées transcaucasiennes, ils se contenteront de quelques communiqués ou gesticulations, histoire de ne pas avoir l’air totalement apathiques et absents.

En réalité, personne ne viendra au secours des Arméniens du Haut Karabakh. Et l’autocrate Erdogan ne s’arrêtera probablement pas en si bon chemin dans sa stratégie expansionniste. Erevan est maintenant dans son viseur.

À propos de l'auteur

Marc François

A débuté le métier de journaliste parallèlement sur une radio libre et en presse écrite dans les années 80. Correspondant de plusieurs médias nationaux, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Info Magazine (Clermont, Limoges, Allier) pendant 9 ans, il a présidé le Club de la Presse Clermont-Auvergne entre 2009 et 2013. Il est l’initiateur de 7 Jours à Clermont.

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