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Les Barons du Délire autour de Géraud Costet.
Culture

Légendes du rock clermontois (épisode 3), les téméraires

À Clermont comme ailleurs, on trouve des artistes qui se détournent des sentiers battus et prennent des risques, chacun à leur façon. Lors de ce nouveau chapitre, retrouvez cinq groupes remarquables pour avoir emprunté des chemins de traverse.

Les Rangers : les aventuriers des années 60 

Les Rangers- photo Léon Gendre.

Il faut avoir une âme d’aventurier pour faire du rock en 1962 à Clermont-Ferrand à une époque où il y a approximativement autant de groupes rock que de doigts au bout du moignon du Capitaine Crochet. Et monter un groupe dans un lycée comme Godefroy de Bouillon qui plus est, c’est pour le moins téméraire. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les hommes d’église sont plutôt conciliants avec les apprentis rockers. Le répertoire des Rangers est instrumental, c’est la tendance en France à l’époque. Il est composé essentiellement de reprises des Shadows, des Sputniks ou des Aiglons. Les Rangers donnent leurs premiers concerts dans les écoles privées de filles (Fénelon, Monanges, Saint-Alyre). Pour se faire un peu d’argent, ils vendent un franc la photo du groupe. Ils jouent aussi dans des galas à but caritatif dans un cinéma à moitié désaffecté place Michel-de-l’Hospital, Le Foyer, pour un cachet de 200 francs (≠ 30 €). Le groupe se produit également dans des bals étudiants organisés par les grandes écoles (Commerce, Lettres, Médecine, Droit) où là, les cachets sont plus convenables. Les Rangers font la première partie d’Eddy Mitchell en 65, des Kinks en 66 au Casino de Royat, Adamo et Jacques Dutronc en 66 aussi ou bien encore, des Moody Blues de nouveau au Casino de Royat en 67. Il y a peu d’organistes sur le marché à l’époque. Quand les Rangers ne jouent pas, Jean-Paul Decker propose ses services aux autres formations de la région pour se faire des sous. Pour cela, il se rend à l’Amicale des Musiciens qui se trouve face à La Poste place Gaillard où, une fois par semaine, les orchestres viennent recruter un musicien pour remplacer au pied levé un membre indisponible pour raison familiale ou autre. L’année du bac, les Rangers montent en Angleterre, à Oxford, en 2CV avec les guitares. Par le plus grand des hasards, ils tombent sur le comité d’entreprise d’une grosse manufacture qui les invite à jouer à une soirée dansante. Les Rangers font un tabac devant un public nombreux. Les filles se jettent sur eux pour leur couper la cravate et leur filer des rancards. L’année suivante, ils ne manquent pas d’y retourner pensez donc. Ah, les sixties !

Folamour.

Folamour : des tournées à l’étranger

Philippe Méténier et son frère Pierre montent leur premier groupe en 1973, ils sont au lycée Blaise Pascal. Philippe coince sur le premier album du Velvet Underground, une révélation. Qui écoute ça en France à ce moment-là ? Pas grand monde. Ce n’est pas dans l’air du temps. Dr Bunker joue des reprises, Stones, Beatles, Doors, Lou Reed, les Who. « Je me souviens avoir joué “The End” des Doors au Club 3000 en 1973, les enceintes sautaient sur l’estrade. » À partir de 75, Philippe assiste à un maximum de concerts « pour se remuer les tripes » comme il dit. C’est live qu’il conçoit la musique. Philippe est au chant et au clavier, Pierre à la batterie et Gérard à la basse. « Entre Doc Bunker et Folamour, on a dû passer une trentaine de guitaristes. Qui voulait jouer était bienvenu. » Entre les deux, il y a l’intermède Nuit Blanche. C’est avec Folamour, en avance sur son temps, que l’ensemble prend une autre dimension. Il enregistre des cassettes et des disques et tourne régulièrement à l’étranger, Pologne, Danemark et plusieurs concerts à Berlin grâce à Peuple et Culture. « Je lie la pratique musicale à l’art en général. Il y a une communication entre chacun par la musique. Ça va plus loin que les mots. Je ne suis pas très fort pour m’exprimer, je préfère passer par la musique, c’est aussi fort. » Et le mot “fort” dans la bouche de Philippe prend tout son sens, Folamour est réputé jouer particulièrement fort, pour des fans des Stooges, quoi de plus naturel. L’usure gagne finalement le groupe qui baisse les bras dans les années 90.

Les Barons du Délire : promesses et rendez-vous manqués  

Géraud Costet en scène.

Il n’a pas encore treize ans qu’un cousin de Géraud Costet lui file une guitare en bois. Il n’en fallait pas plus pour filer le virus au jeune Aurillacois. En 1978, après avoir fait des petits jobs d’été, il se paye une guitare électrique et un ampli. L’album Band of Gypsys de Jimi Hendrix le rend dingue. Il cherche à faire couiner sa guitare comme le gaucher de Seattle. C’est au LEP à Murat dans le Cantal que Shit Bee Blues voit le jour, les prémices des Barons du Délire. Avec Éric Toury à la batterie et Jean-Roch de Lima à la basse. Premier concert à Noël au lycée. Le groupe change de nom et opte pour Barons du Délire. Géraud s’isole des autres pour travailler l’instrument dans sa chambre. Il vit un peu reclus, obsédé par la musique. Puis un jour, il tombe sur Tom Waits à la télé, la révélation. Un freak. Tout ce qui attire Géraud. Après le lycée, il s’installe à Clermont et prospecte les bars pour se produire. En 1986, le trio gagne un concours et joue en tête d’affiche à l’Olympia avec un 45 tours à la clé. Le producteur n’est pas intéressé par le groupe, mais par Géraud uniquement. Les rendez-vous manqués de Géraud Costet commencent ! Les Barons du Délire s’arrêtent en 88. Après un passage à vide, Géraud remonte les Barons, le groupe compte jusqu’à sept musiciens avec cuivres et clavier. Ce qui caractérise le groupe, c’est la voix caverneuse de Géraud, à la Tom Waits, pour des textes particulièrement incisifs. Après dix neuf ans de carrière, le groupe arrête en 1999 en tenant un rythme de 120 concerts par an pendant dix ans. D’autres aventures incroyables s’ensuivent pour Géraud qui compte parmi ses nombreux fans, – M – ou le groupe Pink Floyd ! Étonnant n’est-ce pas ?

Angel Eros.

Angel Eros : deux nanas qui dérangent

Marie Gourinal va à l’école chez les sœurs, à l’institution Monanges. Elle fait partie de la chorale pendant 10 ans. Après Monanges, elle intègre le lycée mixte Blaise-Pascal. Avec des garçons, ça change tout. Elle écoute Dylan et Simon & Garfunkel sur son électrophone entre 1976 et 78, mais également Ferrat, Trenet et Montant. « J’étais très romantique. C’était l’âge qui voulait ça, la période “peace & love”, on en était encore à mai 68. » Avec des garçons du lycée, elle va voir AC/DC à Aulnat. Elle finit en coulisses sous un masque à oxygène après s’être fait marcher dessus par la foule et être tombée dans les pommes. En 1982, elle rencontre Florence, musicienne. Florence lui propose de monter un groupe. Eros commence à répéter à Saint-Jacques. Eros étant le nom du chant de Marie et de son compagnon. La formation s’étoffe avec de brillants musiciens de jazz et le nom évolue en Angel Eros. Premier 45 tours en 1988 puis le Printemps de Bourges qui leur donne l’opportunité d’enregistrer un album. Deux nanas à la tête d’un groupe funk rock, ça dérange. Comme si deux filles ne pouvaient pas conduire un groupe rock. Le milieu est encore très machiste et conservateur. Angel Eros tient dix ans. Faute de concerts, les musiciens s’éparpillent pour courir le cachet. Marie passe à autre chose, à une autre discipline artistique avec son mari.

Fuck It : rattrapées par le confinement   

Les filles de Fuck it.

Néo-trio punk rock 100 % féminin affilié au mouvement militant riot-grrrrl, Fuck It est composé d’ex-Subway et ex-Eleasy, autant dire que la base est solide et le fonds de commerce sérieux. Le power-trio n’est à l’évidence pas l’aventure d’un soir. Le groupe devait présenter son premier disque au Tremplin à Beaumont aux premiers jours de confinement. Concert annulé, pas faute au confinement qui acceptait encore 100 personnes dans une salle, faute à un empêchement de dernière minute. Faux-départ pour un groupe qui va hurler dans nos enceintes dès que le confinement sera levé et qui va forcément s’attirer les attentions des labels les plus avant-gardistes, de ceux qui prennent encore des risques. Le début d’une légende.

Retrouvez les deux premiers épisodes des « Légendes du rock clermontois » : épisode 1 et épisode 2.

À propos de l'auteur

Patrick Foulhoux

Patrick Foulhoux

Journaliste et grand amateur de musique rock, Patrick Foulhoux a collaboré pendant de nombreuses années avec des magazines consacrés à la musique (Rollling Stone, Rock Sound, X-Rock...) et des titres de la presse de territoire. Sa passion pour le Rock l'a conduit à devenir directeur artistique de labels, tourneur, manager, organisateur de festival et écrivain.

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