Anne Frackowiak-Jacobs, préfète du Puy-de-Dôme, Éric Serfass procureur de la République, David Picot, nouveau Directeur interdépartemental de la police nationale et le colonel Vincent Moulin, commandant le groupement de gendarmerie ont présenté, en ce début février, les chiffres de la délinquance dans le Puy-de-Dôme pour l’année 2025.
Avec 20 230 faits répertoriés, la délinquance a augmenté dans le département, même si une baisse est constatée pour les cambriolages, les vols violents, les violences non crapuleuses, les vols de voitures. La hausse est principalement due aux violences intra-familiales et surtout au narcotrafic qui rappelons le, a fait 5 morts au premier semestre.
Le procureur annonce que le Parquet a traité 44 000 procès verbaux, c’est 8% de plus qu’en 2024, 30% de plus qu’en 2020. 1/4 des affaires a donné lieu à des poursuites et dans 1 cas sur 10, un mineur était impliqué. Le dispositif de sécurité renforcée a naturellement eu un impact sur les chiffres. 600 défèrements* sont dénombrés sur l’année (dont 54 impliquant des mineurs) c’est 250 de plus qu’en 2020.
Enfin sur les routes du Puy-de-Dôme, la situation ne s’améliore pas vraiment avec 34 décès, un taux qui reste élevé malgré les opérations « routes bleues » mises en place. La vitesse excessive, l’alcool et les stupéfiants au volant sont les trois principales causes d’accidents.
La drogue reste la priorité de la préfète
Quel regard portez-vous sur les chiffres de 2025 ?
Anne Frackowiak-Jacobs, préfète du Puy-de-Dôme : C’est une réalité très contrastée. Certains items baissent, le nombre de cambriolages notamment dans les logements qui ont baissé de 19%, le nombre de violences non crapuleuses qui a baissé aussi de plus de 10%, en revanche, on a une augmentation de certains items sur les violences intrafamiliales qui augmentent de 4% avec 1 700 victimes dans le département, ce qui reste très important, même si dans ce cas particulier, on peut avoir le phénomène de libération de la parole qui entraîne davantage de plaintes.
La lutte contre le narcotrafic va rester une priorité en 2026 ?
Absolument, c’est une priorité qui a été largement affirmée par mon prédécesseur et que je reprends bien entendu à mon compte. On voit d’ailleurs que le présence renforcée des forces de sécurité porte ses fruits puisque nous avons pu démanteler deux points de deal à Clermont, un troisième point est très empêché par la présence continue des forces de sécurité. Et nous avons aussi à notre main, des instruments administratifs grâce à la Loi narcotrafic qui nous permettent de prononcer des interdictions de paraître sur certains quartiers. 43 durant l’année 2025… et ces interdictions ne sont pas une peine, mais un outil qui permet lorsqu’il n’est pas respecté d’avoir un traitement judiciaire.
Les renforts ont pris leur part en 2025, pouvez-vous encore compter dessus pour 2026 ?
Nous avons eu pendant plusieurs mois une unité de force mobile qui est restée en permanence ; elle est repartie mais elle va revenir très régulièrement, environ toutes les semaines pour des opérations coup de poing sur un certain nombre de quartiers. Cette présence nous permet d’avoir cette politique très déterminée, qui commence justement à porter ses fruits sur le territoire. Tout n’est pas gagné, c’est un combat quotidien, à la fois avec des instruments judiciaires et administratifs et avec une présence très forte sur le terrain. C’est un combat que nous espérons gagner, en tout cas avec beaucoup de détermination avec l’ensemble des acteurs du territoire car c’est une politique qui doit absolument être menée en collaboration dans un continuum de sécurité, avec la police municipale, avec les bailleurs sociaux, avec les associations et avec l’ensemble des forces réunies pour lutter contre le narcotrafic.
Le narcotrafic touche l’ensemble du territoire
Vous annoncez 849 actions sur des points de deal, sur l’ensemble du département, le problème n’est donc pas que clermontois.
Bien sur, il y a aussi des points deal en zone gendarmerie et une action tout aussi déterminée, sur des points de deal, sur la consommation et surtout sur le contrôle des flux. En zone gendarmerie, nous avons beaucoup d’opérations de sécurité routière, qui sont des opération de contrôle qui permettent de faire ouvrir les coffres et de découvrir, en peu de temps, de la consommation, du trafic et de la vente. Ces interventions en zone gendarmerie permettent de démanteler des trafics et parfois des points de deal.
Deux points de deal ont été démantelés dans le centre de Clermont, mais il en reste encore.
Il reste des points de deal sur la Gauthière, sur les Hauts de Chanturgue contre lesquels nous luttons aussi. Nous avons réussi à en démanteler deux grâce à une présence policière qui reste d’ailleurs très fréquente, de manière plus aléatoire mais c’est ça qui est intéressant notamment sur La Visitation et Charras. Sur les points deal encore existants nous avons une forme de harcèlement. C’est un combat qui nécessite une présence de tous les instants et surtout la mise en œuvre de tous les instruments coordonnés dont nous disposons tant sur l’administratif que le judiciaire.
Un problème de santé publique
Le procureur milite pour davantage de sensibilisation. Y a-t-il des campagnes prévues ?
Il va y en avoir une prochainement au plan national. Ces campagnes doivent être très marquantes. En effet, s’il n’y a pas de consommateurs, il n’y a pas de vendeurs et donc nous nous attaquons aussi à la consommation. Il y a un problème de santé publique, c’est certain, il y a aussi un problème de consommation de loisir, notamment sur la cocaïne qui est largement combattu par les amendes forfaitaires délictuelles puisque cette consommation concerne toutes les couches de la société. C’est une amende de 200 euros dont le tarif va augmenter. Elles est peut-être considérée comme non dissuasive mais le fait que ce soit aujourd’hui un délit est dissuasif pour un certain nombre de consommateurs. Il faut que nous luttions contre cette consommation, il faut aussi que nous luttions chez les très jeunes auprès des écoles primaires contre cette idée positive que l’on peut avoir des réseaux. Ce n’est pas un projet de vie que de gagner 500 euros en faisant du chouf. Il faut qu’on leur dise que faire du chouf c’est aussi être l’esclave d’un réseau, ce n’est pas celui qui gagne beaucoup d’argent mais celui qui exécute les basses œuvres, et c’est aussi celui qui à 20 ans a de forte chances de ne plus être en vie.
*Le défèrement désigne le transfert d’une personne devant une autorité judiciaire (généralement un juge), après une garde à vue, pour qu’elle soit présentée officiellement à la justice.











Commenter