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Éric Serfass (3e à partir de la gauche) Photo 7 Jours à Clermont
Éric Serfass (3e à partir de la gauche) Photo 7 Jours à Clermont
Vie publique

Narcotrafic : le procureur de Clermont, Éric Serfass, observe des comparutions immédiates toutes les semaines

En 2025, le narcotrafic a gangrené certains quartiers de Clermont mais aussi des territoires moins urbains du département du Puy-de-Dôme. Nouveau procureur de la république, Éric Serfass livre une analyse de la situation et pointe la question de la consommation.

Arrivé à Clermont en septembre dernier, le procureur de la république, Éric Serfass, a présenté, avec la préfète, les chiffres de la délinquance en 2025 sur le département du Puy-de-Dôme. À cette occasion, il s’est attardé sur la problématique du narcotrafic qui a explosé durant l’année, sur l’ensemble des territoires. Éric Serfass est considéré comme un grand spécialiste de la question, car, avant d’arriver en Auvergne, il était chef de la juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée au parquet de Paris. En 5 mois, il a pu analyser la situation à Clermont et dans le département. Il livre une analyse pertinente et précise.

Réponses rapides, comparutions immédiates et des enquêtes de fond

La lutte contre le narcotrafic est-elle une priorité dans le Puy-de-Dôme ?
C’est l’une des priorités de politique pénale. C’est la plus visible et la plus prégnante parce que c’est celle qui a créé en 2025, sur Clermont et sur le ressort du parquet du Puy-de-Dôme, le plus d’émoi avec cinq narcomicides. C’est effectivement une priorité en terme de lutte par des réponses rapides, comparutions immédiates et des enquêtes de fond.

Qu’est ce qui caractérise la lutte menée sur l’année qui vient de se terminer ?
Il y a eu une action à la fois judiciaire et administrative avec des appoints de forces de sécurité qui ont permis de démanteler des points de deal fixes, notamment dans le centre ville, la Visitation, Charras et aussi Saint-Jacques. Je souligne que cela ne fait pas disparaître la vente de drogue, elle devient plus diffuse, mais beaucoup moins visible et moins dangereuse pour les personnes du quartier. Ces deux points de ventes du centre ont été démantelés.

Aviez-vous une vision de la situation locale avant d’arriver en Auvergne ?
Je suis arrivé début septembre et au cours de l’été 2025, j’avais vu qu’il se passait pas mal de choses sur Clermont-Ferrand, mais je dirais avec le recul, que Clermont rejoint la situation de bien d’autres villes, de taille grande ou moyenne, comme Grenoble, Valence, Dijon qui ont connu des épisodes de violence extrêmement importants liés au narcotrafic. Clermont n’a pas eu un niveau de consommation qui a explosé en 2025, par contre des manifestations en terme d’hyper violence en raison des opérations judiciaires qui ont permis des arrestations et qui ont perturbé le marché de la vente de drogue, qui l’ont rendu concurrentiel. Ce marché est extrêmement lucratif et les organisations criminelles ont été amenées à réagir de façon plus violente.
C’est un phénomène national et européen, je ne suis pas surpris, même si on peut le regretter pour Clermont. Mais je crois vraiment que sur une ville comme Clermont, on peut vraiment agir et neutraliser l’ensemble des points de deal.

Rendre difficile l’installation d’un point de deal

Quel est l’arsenal déployé ?
Cela passe par des contrôles importants pour pouvoir parvenir à arrêter, juger et condamner des personnes qui sont acteurs sur ces points de deal et cela passe par une occupation des lieux par les forces de sécurité, par des réaménagements urbains et immobiliers de manière à rendre difficile l’installation d’un point de deal. L’installation est facilitée par le fait que les personnes peuvent voir arriver les forces de contrôle de loin et fuir par plusieurs endroits. Si on neutralise ces possibilités par des aménagements urbains et immobiliers cela perturbe l’installation.

Vous évoquez également la CRPC, pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste ?
La CRPC est la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, c’est un terme compliqué pour dire en gros « plaider coupable », le procureur propose au prévenu une peine dès lors qu’il reconnait sa culpabilité. Si ce prévenu accepte la peine, un juge homologue ensuite cette peine. L’avantage c’est que cela va vite, cela économise du temps d’audience, cela permet de juger la personne avec un seul juge pour l’homologation, cela garantie à la personne qu’elle accepte la peine en étant assisté d’un avocat, c’est obligatoire, et cela permet un exécution très rapide puisque la CRPC est, par principe, d’exécution immédiate.

Les réponses pénales sont-elles adaptées à la situation ?
Aujourd’hui nous avons des comparutions immédiates chaque semaine sur des acteurs du trafic de stupéfiant, la réponse pénale est là et à mon sens, elle est adaptée. Nous avons eu des enquêtes de fond importantes, des trafiquants de haut niveau qui ont été jugés avec des réponses pénales qui ont atteint ou dépassé  10 années d’emprisonnement mais on est face à de la criminalité organisée et la réponse du tribunal correctionnel de Clermont est tout à fait adaptée.

Les mesures mises en place ont-elles amélioré la situation face au narcotrafic dans le Puy-de-Dôme ?
Effectivement on constate que sur le second semestre 2025, il n’y pas eu de faits dramatiques comme au premier semestre. Après il faut être prudent, parce que, je le dis clairement, si nous arrêtons de faire toutes les enquêtes, ça va être calme, le trafic se passera sans qu’on le voit, comme c’était peut-être le cas avant. Ce n’est pas ce que nous allons faire. Nous allons renforcer le combat police-gendarmerie-justice contre le trafic et on va perturber le marché et cela peut générer des manifestations hyper violentes. Je ne dis pas que, sur l’avenir, il n’y en aura pas, parce que nous continuerons à perturber ce marché.

Le narcotrafic, une question de société

Est-ce que la police et la justice peuvent, à elles seules, éradiquer ou limiter le phénomène du narcotrafic ?
Je veux distinguer les deux enjeux car sur une ville comme Clermont, on peut tout à fait changer la nature de la vente de drogue en faisant disparaître les points de deal. Ensuite il y a la question de la consommation qui est une question de société, sur laquelle nous n’avons pas toute la maîtrise, c’est une question qui engage toutes les institutions, tous les citoyens. Je ne crois pas que du jour au lendemain ou d’une année sur l’autre, on va faire disparaître, voire baisser significativement la consommation. Pour l’instant cette consommation reste. Mais on veut changer la distribution pour qu’elle perturbe moins la vie des quartiers, des villes et également des campagnes.

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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