BAC en poche, après une scolarité dans des établissements clermontois, David Ducreux s’inscrit à l’Université Blaise Pascal pour suivre plusieurs cursus en Lettre et Philosophie, d’abord, en Métiers du Livre et Histoire ensuite. Il décroche un stage chez Gallimard puis un autre aux Presses Universitaires de France. 15 jours après son arrivée dans la maison, on lui annonce qu’il sera embauché comme attaché de presse à l’issue de son stage. La proposition est pour le moins inattendue pour un futur attaché de presse qui n’a alors aucun réseau… mais il va apprendre le métier durant 5 ans. Cette période est très formatrice aux côtés d’auteurs spécialistes des sciences humaines mais aussi d’écrivains grand public comme Michel Polac, André Comte-Sponville, Frédéric Pajak, Clément Rosset… des auteurs avec qui David Ducreux se retrouve à faire la tournée des grands médias et des grandes émissions. Ayant gardé des contacts avec Gallimard, la prestigieuse maison finit par lui proposer un poste, au bas de l’échelle des attachés de presse. Mais les “petites” collections ouvrent des horizons et permettent finalement la poursuite d’un apprentissage débuté à l’Université et une grande connaissance des milieux littéraires. Cette formation permanente finira par le conduire vers le sommet et faire de lui un personnage influent du monde du livre.
Le premier attaché de presse à promouvoir le format poche
Pour David Ducreux, l’écriture a toujours été là, même avant son arrivée dans le milieu de l’édition. “Quand j’avais 16 ans , j’écrivais des poèmes mais cela ne tenait pas la route” reconnaît-il volontiers. Étudiant, il arrive à faire publier un poème “assez naze” dans une publication de la Fac mais il y croit et se met à écrire de la poésie très régulièrement. En travaillant au milieu des livres, il devient également un lecteur assidu, rattrapant finalement le temps perdu durant une scolarité qui aurait pu le conduire vers une filière technique. Heureusement une prof de Français avait détecté le potentiel (lire notre article du 26/02/2022 David Ducreux, un Clermontois au pays des livres).
Ce côté “seconde chance et rattrapage” est une notion qui motive David Ducreux. Il va être le premier à travailler sur la sortie des livres en format de poche alors qu’il est l’attaché de presse de Folio, la collection de poche des éditions Gallimard. Ce travail va lui permettre d’être quotidiennement aux côtés des écrivains, ce qui va nourrir ses connaissances sur la méthode à appliquer pour devenir lui même auteur, parce que l’envie de publier est toujours là, chevillée au corps avec des tas d’idées, de projets, de notes, qui constituent les bases de futurs romans.
Poussé par Leïla Slimani

De cette matière naîtra finalement un roman rédigé de manière irrégulière pour cause d’emploi du temps chargé. S’occuper des tournées promo et accompagner des auteurs reste en effet chronophage et fatigant. Un éditeur portera un regard bienveillant sur ce travail proposant quelques pistes d’améliorations qui vont occuper l’auteur-attaché de presse durant deux années supplémentaires, jusqu’à l’abandon au profit d’un nouveau projet de roman.
Période bénie pour tous ceux qui avaient besoin d’une parenthèse, le confinement et les mesures de restriction qui ont suivi, apporteront le temps et la quiétude nécessaire à David Ducreux pour rédiger un nouveau roman. Alors que la vie reprend doucement les tournées d’écrivains redémarrent, en particulier celle de Leïla Slimani qui comprend que son attaché de presse et ami, écrit, mais reste discret sur cette activité. Elle lui extorque un manuscrit pas tout a fait terminé, l’encourage à poursuivre et à présenter ce roman à un éditeur. Après un travail de retouche, le roman La loi du moins fort est finalement accepté et publié. À 45 ans, David Ducreux décide de quitter Paris et ses fonctions pour revenir à Clermont et assumer pleinement son nouveau statut d’écrivain, sous le nom de David Ducreux Sincey. En parallèle, il devient secrétaire général du Prix Vialatte et commissaire du Salon du Livre de Royat-Chamalières.
L’impatience des auteurs
Lorsque l’on a passé près de trois décennies à accompagner des auteurs pour la promotion de leurs ouvrages, passer de l’autre côté du miroir est sans doute sujet à questionnements. “L’écriture étant préexistante à la carrière d’écrivain, je le vis non pas comme un aboutissement mais comme le début de l’aboutissement, comme si tout ce que j’avais fait les 30 dernières années m’avaient amené à cela. C’est facile à dire après coup mais j’y crois parce que l’écriture à toujours été là” explique David Ducreux qui désormais comprend ce que les auteurs attendent lorsque leurs livres sont publiés. “Quand on est du côté de l’auteur, on a pas le même point du vue. Effectivement j’ai beau connaître tout cela par cœur, je découvre des choses… J’avais conscience que les auteurs pouvaient être impatients, dans l’attente et aussi dans la crainte que l’on ne parle pas de leurs livres. Pour moi il y a une impatience à avoir des articles, à être invité dans des librairies et des salons. Je sais que cela prend du temps, et puis je ne suis pas tout seul dans cette dernière rentrée qui est juste dingue avec beaucoup de grands noms. Avant de parler de moi, les médias doivent parler de Jean Echenoz, Pierre Lemaitre et de tous les grands noms qui occupent les colonnes de journaux et les antennes de radio. Mais je sais qu’il y a d’autres livres qui vont arriver… alors je suis impatient”.
Après toutes ces années à attendre que son écriture s’épanouisse, David Ducreux Sincey apprécie forcément ce moment si particulier de la promotion de son premier roman, mais il se dit encore plus excité par ce qu’il est en train d’écrire et ce qu’il écrira encore après.
La Loi du moins fort, paru aux éditions Gallimard a reçu le Prix Transfuge du meilleur premier roman.













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