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B. Vassy, commissaire-priseur, PG. Gonzalez, journaliste et A. Parizot, chercheur / Photo DR
B. Vassy, commissaire-priseur, PG. Gonzalez, journaliste et A. Parizot, chercheur / Photo DR
Patrimoine

Bernard Vassy : « d’un point de vue créatif, un Guide rouge n’a pas un grand intérêt »

Bernard Vassy, commissaire priseur, accompagne les ventes aux enchères d'objets Michelin depuis 25 ans. Il était normal qu'il collabore au livre que Pierre Gabriel Gonzalez, docteur ès Bibendum et initiateur de ces ventes, vient de publier.

27 juin 2024 : date de la sortie officielle du nouveau livre de Pierre Gabriel Gonzalez aux éditions Christine Bonneton Bibendum aux enchères, vingt-cinq de ventes Michelin à Clermont-Ferrand. L’ouvrage reprend les codes et l’aspect du fameux Guide rouge Michelin vedette des ventes organisées depuis 2000 par l’auteur, journaliste, spécialiste des objets de la manufacture clermontoise et l’Hôtel de ventes de Clermont, représenté par le commissaire priseur Bernard Vassy. Ce dernier a collaboré à cet ouvrage et en signe d’ailleurs la préface. Pierre Gabriel Gonzalez y retrace un quart de siècle de ventes aux enchères qui permettent chaque année de redécouvrir une myriade d’objets créés par le manufacturier clermontois à des fin utilitaires ou de communication. Anecdotes, photos, portraits de collectionneurs…en 200 pages, l’auteur déroule l’étonnante saga des objets qui composent la grande famille du célèbre Bibendum mais aussi celle de cette vente aux enchères qui attise l’intérêt des collectionneurs du monde entier. Bernard Vassy le confesse dans sa préface, lorsque PGG lui proposa de collaborer, il se montra pour le moins dubitatif. Mais il changea rapidement d’avis au regard de l’engouement rencontré lors de la première édition durant laquelle Pierre Troisgros en personne, fit grimper l’enchère à 5 000 euros pour repartir à Roanne avec un guide 1900.
25 ans plus tard, le commissaire priseur a totalement adhéré à l’idée des ventes régulières, il en a même fait son pré carré.

« J’ai presque l’impression que cela m’appartient »

Olivier Perrot : Pour un commissaire priseur que représente les ventes d’objets Michelin ?
Bernard Vassy : Pour un commissaire priseur, Michelin représente énormément s’il vit au milieu des objets Michelin et s’il vit à Clermont-Ferrand, parce que ce n’est pas uniquement des objets, c’est une atmosphère qui transpire de ces objets, c’est un état d’esprit. Moi, je suis hyper sensibilisé à cette marque et à ces ventes, j’ai presque l’impression que cela m’appartient. Je verrais d’un très mauvais œil un autre commissaire priseur s’approprier ce type de vente, c’est ma chose !

O.P : Pourtant Michelin est international…on peut bien vendre des Bib et des cartes à Londres ou à New-York
B.V : Exactement… mais là j’ai envie de dire que c’est l’esprit de clocher, c’est le régional de l’étape qui parle et qui dit « c’est moi qui doit gagner l’étape, ce n’est pas les autres, même s’ils sont plus forts que moi, c’est à moi, c’est mon truc » et je le ressent comme quelque chose de très intime et d’une certaine manière qui m’appartient… ce qui est grotesque mais c’est la réalité.

O.P : Est-ce que le Guide rouge est un objet à part des autres objets Michelin ?
B.V : C’est mythique. Toutes les ventes, toute la publicité, toute la communication sont faite autour du guide 1900. Si les grands chefs ne s’étaient pas intéressés à ce guide, la seule valeur qu’il aurait serait uniquement culinaire, c’est à dire qu’on l’achèterai pour avoir de bonnes adresses. Mais le fait que les grands chefs se le soient approprié, d’une certaine manière qu’il soit devenu le reflet de la cuisine française, de cette excellence française, tout de suite cela lui a donné une dimension mythique et comme les prix de vente de ce guide n’ont cessé d’augmenter pour arriver à des altitudes qui sont difficilement explicables pour un simple objet jetable, la magie et là.

O. P : En 2000, Pierre Troisgros avait acquis un 1900 pour 5 000 euros, aujourd’hui ce guide change de main pour 35 000 plus frais. C’est un peu irrationnel, non ?
B.V : Il ne se vent plus de manière irrationnelle. Sur la durée, il n’y a plus le caractère un peu étonnant des premiers prix qui ont été atteints. Quand on s’installe dans la durée, c’est à dire pratiquement 25 ans, l’irrationalité disparaît progressivement. On en a vendu 40 avec une évolution constante, cela veut dire qu’un marché est formé et que l’on est sorti du cénacle des quelques grands chefs qui pouvaient être intéressés par cet objet. Progressivement d’autres personnes s’y sont intéressées parce que ça leur plait, parce que peut-être qu’ils ont retrouvé un ancêtre qui avait un hôtel et qui pouvait avoir son établissement en 1900… toutes de raisons qui font que l’on va s’intéresser à ce type d’objet.

O.P : Mieux que le 1900, le Guide grandes marges polarise les attentions, c’est le Graal ?
B.V : C’est le Graal si l’on se place sous l’angle de la rareté car il est évident qu’il n’y a pas de commune mesure entre les deux. Quand on a commencé les ventes du 1900, on en connaissait une dizaine alors que les grandes marges, on en connaît 3 ou 4. C’est forcément plus rare, mais on peut penser que ce sera le Graal pour les années futures parce qu’il y a aussi le phénomène de la nouveauté, donc de la rareté, un signe qui fait que la valorisation du produit sera évidemment plus importante. Si avec deux guides grandes marges, on est passé du néant à 48 000 euros, alors qu’il aura fallu 15 ans pour passer de 0 à 20 000 ou 25 000 € pour le 1900 on se rend bien compte qu’il peut y avoir un aspect très spéculatif. D’ailleurs sur les deux que l’on a vendu, l’un l’a été à un chef, le deuxième à quelqu’un qui n’est pas du tout dans la sphère gastronomique. On peut donc penser qu’on est là sur un phénomène plus spéculatif. Ce sera très intéressant, si un troisième sort, de voir à quel niveau de prix il arrivera.

Le summum serait d’avoir une complète des guides grandes marges

Olivier Perrot : Le summum serait de trouver un grandes marges sans annotation ?
Bernard Vassy : Non ce serait d’avoir une complète des grandes marges, c’est à dire que quelqu’un nous amène les 4 exemplaires et après cela on peut mourir… mais on ne le connaîtra pas, je ne crois pas que ça existe.

O.P : Est-ce que le guide rouge occulte finalement plein d’autres objets à collectionner ?
B. V : Bien entendu parce qu’en fait quand on a fait le point de tout ce qu’on a vendu avec Pierre (Pierre Gabriel Gonzalez) pour l’écriture de ce livre, on a établi un catalogue et on s’est rendu compte de la diversité des objets Michelin. J’ai envie de dire que d’un point de vue créatif, un guide rouge n’a pas un grand intérêt par rapport à l’inventivité de nombre d’objets et souvent des objets de pas grand chose, entre guillemets, mais qui sont absolument extraordinaires. Les émotions que l’on a pu avoir lors des rencontres que l’on a fait de ces objets sont liées à des choses qui n’ont rien à voir avec des guides, c’est une certitude.

"Bibendum aux enchères" de Pierre Gabriel Gonzalez préfacé par Bernard Vassy

Bibendum aux enchères, 25 ans de ventes Michelin à Clermont-Ferrand
Pierre Gabriel Gonzalez, préface Bernard Vassy
Édition Christine Bonneton

À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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