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Illustration Zaïtchick.
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Parole de Psy – Au-delà des apparences

 « J’ai un ami dont le comportement m’inquiète. Il a toujours voulu proposer une image très flatteuse de lui-même, au point que certains de ses excès donnaient à sourire. Il me faisait penser à Narcisse, amoureux de sa propre personne ! Mais, aujourd’hui, il alterne, sur un rythme rapide, les moments d’exaltation et les phases de dépression. Sans jamais se lasser, même devant des inconnus, il étale les photos qui, selon lui, sont la preuve de son exceptionnelle réussite et beauté. Puis, soudain, il s’effondre en pleurs en évoquant ses amours impossibles. Que puis-je faire pour l’aider ? »

Votre ami semble esclave de l’image idéale qu’il s’est lui même forgé. Une image qu’il contemple et offre au regard de ses amis. Votre référence à Narcisse est bien trouvée. Dans la mythologie grecque, Narcisse est un adolescent d’une exceptionnelle beauté. Il pense qu’il ne parviendra jamais à aimer autrui car nul, à ses yeux, n’est digne de lui. Un jour, éprouvant le besoin de se désaltérer, il s’approche d’une source limpide et pure. Il aperçoit son reflet et en tombe follement amoureux. Rêvant d’une impossible étreinte, il ne peut s’arracher  à sa contemplation. Il dépérit et finit par mourir de cette passion qu’il ne peut assouvir.  Selon la légende, près de la source, à l’endroit où il avait si longtemps stationné, poussèrent des fleurs blanches, agréablement odorantes : les narcisses.

Dimensions illusoires

Ce qui est intéressant dans ce mythe, si l’on fait le parallèle avec votre ami, ce sont les dimensions illusoires qu’il propose : croire être incapable d’aimer et la contemplation du reflet.  La souffrance qu’il nourrit semble rééquilibrée par l’amour qu’il porte à sa propre image. Mais, à trop se contempler, il dépérit et meurt.

Toute solution défensive, comme la parade qui, dans son cas, vient recouvrir la souffrance, finit par étouffer la personne si elle n’est pas dépassée.

L’image qui fait la fierté de votre ami ne semble plus suffisante pour ralentir sa descente mélancolique. Il « surjoue » sans parvenir à contenir ses larmes. Et il s’effondre. Alors ne montrez pas trop d’intérêt pour ce qu’il vous montre. Cette phase de séduction qu’il déploie en étalant ses succès et ses échecs, fait naître, au bout du compte, une agressivité qu’il retourne contre lui, ce que vous repérez très bien.

Découragez ce mode de fonctionnement, axé sur la prévalence de son image, pour commencer un dialogue authentique avec lui.

À propos de l'auteur

Karine Mioche

Karine Mioche

Elle exerce  la psychologie clinique en cabinet libéral, à Clermont-Ferrand et en centre thérapeutique. Au sein de son cabinet , situé en centre-ville, elle est associée à trois médecins. Elle y accueille des adultes, des adolescents et des enfants. Par ailleurs, elle écrit, effectue des recherches et réalise des expertises.

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