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Le dernier tango à Clermont ?

Sur la lande de Clermont nord, entre les rues Robert Lemoy et Adrien Mabrut, voici bientôt trente ans que la ZAD ‘’Notre Dame des courants d’air’’, autrement dénommée Stade Montpied, attend sa consécration. Faute d’être convaincus que le foot puisse un jour opérer dans la cour des grands, les élus se ‘’refilent’’ la patate chaude et les spectateurs lâchent prise.

Il était une fois…

En ce 8 octobre 1990 le conseil municipal de Clermont vient de choisir un projet architectural de 90 millions de francs censé donner à la ville et aux footballeurs l’outil de travail dont chacun rêve : un stade de 15 000 places couvertes réparties dans deux superbes ‘’paupières’’ en vis-à-vis. Seulement voilà…

« Tout cela arrive un peu tard !… mais mieux vaut tard que jamais !» regrette l’adjointe aux sports Michèle André tandis que le maire Roger Quilliot précise que « vu où en est l’équipe, y-a pas le feu ! » Le hic, c’est que le Clermont Football Club, né en 1984 d’une fusion ASM-Stade Clermontois, vient de déposer le bilan pour repartir en division régionale. Michèle André avait lancé l’idée du Grand Stade deux ans plus tôt, le CFC accédant alors à la D2 professionnelle. Plouf ! 

L’autre « route des chicanes »’

La réalisation du projet va donc se limiter à un ‘’demi-stade’’ inauguré fin 1995 alors même que le premier étage de la paupière n’est pas encore achevé. On en sera d’ailleurs au même point lorsque début mars 1997 le Clermont-Foot, qui opère maintenant en CFA (4ème niveau national), crée le méga buzz en sortant le PSG et ses stars des 8èmes de finale de la Coupe de France au terme d’un match de folie. L’exploit va sauver le club d’un nouveau bouillon financier et inciter le président VGE à associer la Région au destin mouvementé du désormais ‘’Clermont-foot-Auvergne’’.

Après que la tempête de 1999 eut éborgné l’œil du cyclope, le club atteint la division Nationale dont il remporte le titre en 2002 et accède donc à la Ligue 2 porté par l’enthousiasme des 8 à 9000 supporters qui garnissent régulièrement les travées. Y a de la joie !

Du coup, le maire de Clermont Serge Godard présente une nouvelle mouture à 23 M€ qui, par tranches successives, doit porter la capacité à 30 000 places. Mais aucun calendrier n’accompagne le projet et c’est toujours dans ‘’Notre Dame des courants d’air’’ que le club du président Dalan va établir ses records d’affluence (10562 spectateurs) face aux Verts de l’ASSE.

Et voilà qu’en 2004 Clermont-Communauté hérite du dossier et change d’idée. Pour 9,8 M€, on va construire une ‘’tribune d’en face’’ qui portera la jauge à 20 000 places. Soit, mais patatras !, en 2006 les travaux sont arrêtés pour cause de choix budgétaires (il faut notamment financer la Grande bibliothèque de 70 M€ qui doit voir -mais ne verra pas- le jour sur le site de la gare routière). Cela tombe bien, le CFA, devenu depuis un an propriété de Claude Michy, est relégué en National…Ouf ! Voila qui va laisser le temps de respirer ! C’est du moins ce qu’on croit dans l’hémicycle de Clermont Co.

Enfer et damnation! La troupe emmenée par Didier Ollé-Nicolle rallume le feu en écrasant le championnat, remontant ipso facto en Ligue 2 avant de flirter, dans la foulée, avec la Ligue 1. On présente donc de nouvelles maquettes en exhumant un projet enrubanné d’un plan urbain et social qui doit « profiter aux quartiers », etc.…

La patate est toujours chaude

On en restera aux bonnes intentions et aux nécessaires travaux de mise à niveau du stade même si en juin 2010 le président Michy et l’entraineur Michel Der Zakarian s’engagent sur un plan de trois ans pour accéder en Ligue1 imaginant « pouvoir disposer d’ici là d’un stade de 30 000places ». L’espoir fait vivre, jusqu’à ce que…

En 2012, la frustration d’avoir à nouveau raté d’un rien l’accession s’empare de l’entraineur qui fait ses valises : « Pas de stade, petit public…et on n’a pas fait le nécessaire au mercato d’hiver ! » Der Zak a résumé la situation.

Les résultats peu allègres du désormais Clermont-Foot-63 (la région Auvergne ayant retiré ses billes) sous les baguettes successives de l’élégant Brouard et de la délicieuse Corinne ouvrent le temps de nouvelles réflexions longuement mûries. Si bien que début 2016, Clermont Co managé par Olivier Bianchi, héritier de la patate chaude, vote une enveloppe de 70M€ pour un projet d’extension du stade à 30 000 places en deux tranches. La tête commence à me tourner, pas vous ? Ce n’est pourtant pas terminé.

C’est reparti pour un tour!

En mars 2017, voici venir le double effet kiss Cool de Laurent Wauquiez qui laisse entendre que la Région AURA pourrait s’engager à la hauteur de 6 ou 7 M€ dans un projet susceptible d’accueillir aussi les grandes affiches de l’ASM. Youpi ! C’est reparti pour un tour !

Il va donc revenir aux élus de la flambant neuve Clermont Auvergne Métropole de saisir la balle au bond, sachant que le Département, des investisseurs privés et même le CF63 pourraient mettre la main au portefeuille.

On efface tout et on recommence pour un énième projet dont l’appel à candidatures, envisagé d’abord fin 2017 puis début 2018, serait finalement lancé, si tout va bien, au temps des prochaines cerises.

Après trente ans de valse hésitation, serait-ce l’heure du dernier tango à Clermont

À propos de l'auteur

Yves Meunier

Yves Meunier

Bourbonnais originaire de Gannat où il s’est essayé au rugby sous le maillot de l’ASG pendant une douzaine d’années. Diplômé d’Etudes Supérieures en Sciences Economiques à l’Université de Clermont. Journaliste à France3 Région de 1972 à 2007. Aujourd’hui impliqué avec des amis dans une aventure viticole du côté de Saint-Emilion et toujours en prise avec le sport auvergnat au sein de l’Union des Journalistes de Sports en France.

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