L'Essentiel
Cette saison, Vulcania, présente dans sa programmation le film Les Diables des Volcans réalisé par Julien Dumont et André Demaison, projeté en CinéMax. Ce documentaire de 20 minutes, diffusé en exclusivité, sur un écran de 415m², retrace une partie de la vie du célèbre couple de volcanologues Maurice et Katia Krafft et revient sur leurs expéditions à l’assaut des volcans. Célèbres pour avoir étudié et filmé les volcans partout sur la planète, ils ont œuvré toute leur vie pour la diffusion des connaissances et des risques volcaniques avant de disparaître tragiquement en 1991, surpris par une nuée ardente sur les pentes du volcan japonais, le Mont Unzen. Ils étaient âgés respectivement de 49 et 45 ans.
André Demaison, qui a accompagné le couple dans ses expéditions pendant près de 20 ans, est le narrateur du film Les Diables des Volcans. Il a réalisé un grand nombre d’expositions et reportages photographiques dans plus de trente pays où les volcans sont présents, mais il a aussi travaillé comme scénographe, muséographe et conseiller technique avec la Cité du volcan sur l’île de la Réunion ou le musée des Volcans d’Aurillac. Avec Maurice Krafft, il a jeté les bases du parc Vulcania.
Entretien avec André Demaison
Qu’est ce qu’il y avait de diabolique chez les Krafft ?
Il n’ y avait rien de diabolique. Quand Maurice m’appelait, il disait « salut c’est Lucifer Boum Boum » il avait ce rapport à la mythologie parce que la mythologie c’est les dieux des enfers, les dieux des volcans, c’est Vulcain, c’est Héphaïstos, qui forge les armes de Jupiter.
Les volcanologues américains les surnommaient aussi les « fast mooving volcanologists », c’est à dire les volcanologues qui arrivaient le plus rapidement sur les lieux des éruptions. Ils étaient partout à la fois. Dès qu’il y avait une éruption, ils avaient un réseau de contacts qui les prévenait qu’il y avait possibilité d’éruption, ou que l’éruption était déjà en cours… et ils prenaient la décision d’y aller ou pas.
Allez sur un lac d’acide avec un pneumatique ou faire cuire des œufs sur de la lave, ce n’est pas commun…
Oui, il faut être un peu fêlé… mais « les fous sont ceux qui ont tout perdu excepté la raison » disait Nitsch. Et il faut être un peu fou pour faire ce métier du volcanologue, mais les Krafft étaient des fous parce qu’ils ont consacré entièrement leur vie et leur passion aux volcans.
Leur recherches étaient différentes de celles des autres scientifiques ?
Maurice et Katia se sont intéressés à tout ce à quoi les autres volcanologues ne s’intéressaient pas à l’époque, c’est à dire à la protection des populations vivant au pied des volcans, il n’y avait pratiquement rien de fait à ce niveau. Par exemple à partir de 1985, il y a eu une grosse éruption en Colombie sur le volcan Nevado del Ruiz qui a fait 22 000 morts. Ces 22 000 morts auraient pu être évités, cela a été un cataclysme dans la communauté scientifique internationale y compris pour Maurice et Katia, parce que les volcans, c’était pour eux le plus beau spectacle que l’on peut voir dans une vie et d’un seul coup ce plus beau spectacle se transformait en drame terrible. Cette éruption était prévue mais les décideurs n’ont pas décidé d’évacuer.
Qu’est ce qu’ont apporté les Krafft à la volcanologie ?
Ils ont permis de mieux comprendre les volcans et ils avaient une vision globale, planétaire. Un scientifique qui travaille dans un laboratoire étudie un type de volcan. Eux, ils ont eu cette particularité d’avoir cette vision globale sur les volcans, d’avoir une vision général du volcanisme et ils se sont dit « il faut qu’on fasse quelque chose pour ces populations qui vivent avec une épée de Damoclès au dessus de la tête. C’était une vision humaniste.
Comment cette vision s’est-elle exprimée ?
En 1973, éruption dans le sud de l’Islande avec une fissure ouverte de 1 500 mètres à moins de 200 mètres des premières habitations, une ville évacuée, des fontaines de lave entre 250 et 300 mètres de haut, 3 mètres de scories par heures qui se déposent sur la ville. La ville est évacuée de ses 4 000 habitants, cette ville c’est 20 % de l’économie islandaise. Maurice et Katia arrivent sur le lieu de l’éruption pour comprendre ce qui s’est passé. Et à la fin ils reviennent et font des conférences avec une boite en carton avec une ouverture et ils disent : « c’est pour les sinistrés, ces personnes qui ont tout perdu lors de cette éruption » ils ont été les premiers volcanologues à s’intéresser aux populations. Ils ont donné à l’ambassadeur d’Islande en France un chèque, à l’époque, de 14 000 Francs pour les sinistrés. Ils n’ont jamais dissocié le volcanisme de l’être humain.
Le projet qui allait donner Vulcania
Comment transmettaient-ils leur passion et leurs connaissances ?
L’idée de Maurice et de Katia était simple. Ils écrivaient et vendaient des livres de vulgarisation. Le livre, c’est un contact personnel entre celui qui lit et celui qui écrit. La conférence, on est devant 100 personne ou 500 personnes, c’est un rapport entre celui qui a vécu et celui qui vient pour qu’on lui raconte une belle histoire. Mais si on veut toucher plus de personnes, ils faut réaliser des musées, des structures culturelles entièrement consacrées au volcanisme. C’est le seul moyen de sensibiliser les populations au monde des Volcans et à l’importance du volcanisme.
Comment avez-vous jeté les bases de Vulcania ?
On allait partir sur le Kilauea à Hawaï, Maurice réalisait le film pour le jubilé de l’Observatoire d’Hawaï, La Mecque de la volcanologie. On était à l’aéroport de Bâle, Maurice reçoit un coup de fil. On lui dit qu’il n’y a plus d’activité, et il me dit on y va pas ! Moi j’avais tout préparé. Il me dit puisque tu es là, alors que l’on avait commencé à réaliser le contenu pour la Maison du Volcan sur l’île de La Réunion, il m’explique qu’il a l’idée de créer une structure encore plus grosse, en Auvergne ou à Hawaï. On a travaillé une semaine ensemble et comme mon métier a été, en partie, d’être concepteur de musées scientifiques, plus précisément de la science de la terre et du volcanisme, on a écrit un petit scénario d’une trentaine de pages qui a été envoyé à la mairie d’Orcines.
L’ascenseur dans le puy de Dôme, n’était pas une idée de Maurice Krafft
Et qu’elle a été la réponse de la mairie ?
La mairie nous a dit que ça l’intéressait bien mais qu’elle n’avait pas les épaules pour un projet d’une telle envergure. Elle l’a donc confié à la Chambre de Commerce de Clermont, qui nous a dit ne pas avoir la connaissance de ce qu’était la création d’une structure muséale. Ils ont pris un conseiller nommé, Franck Bauer, spécialiste de l’aménagement de parcs scientifiques et c’est lui qui a proposé de percer le puy-de-Dôme. Notre projet était semi enterré mais n’avait pas la nécessité de percer. Cette idée de percer est bien passée dans la communication, mais c’était une hérésie puisqu’on savait déjà depuis 15 ans, que Disney proposait déjà d’avoir la sensation de descendre à une très grande profondeur sans bouger d’une pièce.
Est-ce que le Vulcania d’aujourd’hui ressemble à ce que vous aviez imaginé au Maurice Krafft ?
Dans l’ensemble oui. Mais c’était en 1988, c’était à peine l’avènement de la vidéo. Maurice aurait été fou de savoir que l’on peut filmer avec des drones. Nous, on filmait avec de la pellicule 16 mm. Les gaz des volcans développaient la pellicule alors qu’elle était encore dans la caméra, les cendres bousillaient la pellicule si elles rentraient dans le chargeur. C’était une autre époque. Je pense que Maurice et Katia aimeraient l’époque contemporaine avec la possibilité de filmer avec des axes de vues totalement incroyables. Ils seraient fou avec les possibilité qu’offre la technologie d’aujourd’hui, moi j’avais pensé à des ballons gonflé à l’hélium avec des appareils photo en dessous. On n’imagine pas la chance d’avoir des images comme celles que l’on a aujourd’hui.
Que diriez au public pour l’inciter à voir Les Diables des Volcans?
Ce film est un espoir pour les jeunes qui ont une passion, il est fait pour les générations actuelles à qui on cède une planète un peu en difficulté avec des problèmes humains terribles. Ce film est pour dire aux jeunes générations d’aller sur les volcans c’est le plus beau spectacle que l’on puisse voir dans cette vie, c’est pour dire « si vous avez une passion, foncez, n’écoutez pas les pisses-vinaigre, n’écoutez pas les conseillers d’orientation, ne passez pas à côté de votre vie ! »
Voir les publications d’André Demaison aux éditions Glénat.
Informations sur la diffusion du film Les Diables des Volcans sur le site de Vulcania
Merci à Frédéric Torrent pour sa contribution à cet entretien












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