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Aurélien Rougerie au bureau / Photo Yves Meunier
Photo Yves Meunier
Sports

Un couteau suisse nommé Roro

Il fut un temps où Aurélien Rougerie n’était que le fils de Jacques dit le Cube. Et puis, le talent du fils aidant, le Cube devint le père de Roro. Saisissons la nuance. Truculent et grincheux à la fois, personnage incontournable de l’histoire de l’ASM et de la vie clermontoise, le Cube vient de nous quitter, heureux n’en doutons pas d’avoir vu le fils s’afficher en numéro 3 du staff sur le site du club : Team manager.

« Si tu veux que j’m’occupe de ton bien-être il faudrait peut-être me donner ton nouveau numéro de téléphone ! » Comme sortie d’un dialogue signé Audiard la phrase s’adresse à un pilier gauche barbu, bessard d’origine, sur le bord du terrain d’entraînement de l’ASM. Roro chambre un brin son ex-équipier sur le ton badin d’un adjudant-chef qui saurait manier l’humour. Team manager c’est avoir l’œil sur tous les acteurs du terrain mais leur prêter aussi une oreille attentive. Feeling obligatoire au quotidien.

Une vie en jaune et bleu

Dans son bureau, qui jouxte celui de l’entraîneur en chef Christophe Urios, Aurélien Rougerie définit son job avec une mimique qui en dit long sur l’étendue de la mission : « Créer les conditions optimales pour que le staff et les joueurs puissent performer ! » De la mission au sacerdoce il n’y aurait qu’un pas.
Le ‘’background’’ montferrandais, Roro le connaît par cœur, ça peut aider.
À 43 ans, il a derrière lui 37 années de culture jaune et bleue, de son apprentissage à l’école de rugby jusqu’à sa retraite sportive en 2018. Entre temps et depuis ses débuts chez les pros en 1999, il aura disputé 418 matchs pour inscrire 96 essais avec le maillot de l’ASM sous lequel il essuiera d’abord 4 défaites en finale avant d’être le premier capitaine à soulever le Bouclier de Brennus en 2010 et de récidiver en 2017. A l’aile ou au centre, le XV de France l’aura accueilli 76 fois (23 essais) pour 3 victoires dans le Tournoi dont un grand chelem et 3 participations en Coupe du Monde.
Un parcours monumental qui lui vaut une statue en forme de ‘’fidélité’’ sur le parvis du stade.

Aurélien Rougerie porte le Brennus / Photo éd. Revoir
Avec le bouclier historique / Photo Revoir Editons

ASM marqué sur le front

Les crampons raccrochés, les 194 cm de Roro ne s’éloignaient pas vraiment du club mais, dans l’ombre du manager sportif McIlroy, sa voie n’était pas vraiment tracée. Entre la cellule recrutement ou l’accueil des nouveaux joueurs, le ‘’couteau suisse’’ manquait de tranchant. Tant et si bien que fin 2021, en conférence de presse, le président Guillon s’interrogeant sur le manque de clarté de certains postes lançait « Que fait Aurélien Rougerie dans le staff ? » Question que se posaient d’ailleurs nombre de supporters.
Du coup, exit McIlroy, Roro coiffait donc officiellement la casquette de Team manager, histoire de confirmer son propos : « ASM, c’est un peu marqué sur mon front ! »
Le baptême du feu restera gravé dans les mauvais souvenirs alors que sévissait encore la pandémie Covid. « Il fallait tous les jours puis ensuite tous les trois jours organiser les ‘’drives’’ à GenBio pour tester l’ensemble de l’effectif… sans compter les casse-têtes pour gérer les déplacements européens. La galère ! »

Roro à l'écoute / Photo Yves Meunier
Roro à l’écoute / Photo Yves Meunier

Remettre le club à son niveau

Une fois réglées les affaires sanitaires, restait à mettre l’énergie au service de la transition et de la reconstruction du club dont les résultats allaient de pair avec un fonctionnement nébuleux « J’étais peiné de cette situation et je pensais pouvoir apporter quelque chose, tout en apprenant encore, pour remettre le club à son niveau. »
A cet égard, la révolution de palais accompagnant l’arrivée de Christophe Urios allait permettre de définir des axes de travail à moyen et long termes fondés sur une volonté partagée de s’ouvrir à toutes les composantes du club et de son environnement. « Je suis content de la tournure prise en me trouvant associé pleinement à la vie du club » Aurélien soulignant une évolution notable dans la maison jaune et bleue où chacun avait peut-être tendance, comme disait le Général, à ‘’faire sa petite popote dans son petit coin’’.
Bon, l’ouverture des portes et de l’esprit c’est bien gentil mais comme nous le dit Roro : « Il faut travailler sur la triple question : où on va, comment on y va, pourquoi on y va ? » Partant de là, son job se partage entre la gestion des moyens, du temps et des hommes.

Avec Joubert et James, la joie du bouclier /  Photo  Editions Revoir
Avec Joubert et James, la joie du bouclier / Photo Editions Revoir

Logistiques

« Je suis au moins débarrassé des problèmes de réassortiment des équipements avec Macron (pas Manu mais les Italiens), c’est maintenant la boutique qui gère çà ! »
Pour le reste, bus, avions, hôtels, restauration ou matériels en tous genres, le team manager peut s’appuyer sur Jean-Paul André, responsable de la logistique sportive et l’assistante de direction Laurence Danne. Concernant les problèmes d’hébergement et les formalités afférentes, en particulier pour les nouveaux arrivants, c’est le bénévole Pierre Chevalier qui joue l’homme de terrain comme le fit durant de longues années le regretté Marcel Thomas.
Tout ce management exécuté bien évidemment en liaison avec les responsables de l’ensemble des services du club.

Aurélien Rougerie dans ses meubles / Photo Yves Meunier
Roro dans ses meubles / Photo Yves Meunier

Du rugby et des hommes

« S’il fallait remettre quelque chose à niveau, c’est bien le double projet qui consiste à façonner des rugbymen performants mais aussi des hommes ! » Même si la charte du rugby pro en fait quasi obligation, cet aspect a souvent tendance à passer au second plan. Aurélien nous avoue que, dernièrement, ce fut un peu le cas à l’ASM. Concernant les jeunes, c’est en relation avec le centre de formation que ce double projet est réactivé. « C’est très important pour l’image du club ! »
Pour les joueurs qui ont passé l’âge scolaire ou universitaire, il s’agit d’accompagner ceux qui peuvent nourrir un projet personnel en parallèle au rugby ou pour d’autres de préparer une reconversion en décelant des filières adaptées. « On fait réaliser des bilans d’appétence » (l’envie d’avoir envie si bien célébrée par Johnny).
Le team manager insiste également sur les entretiens individuels, parfois accompagné de Didier Retière (directeur du développement) concernant les problèmes non purement sportifs comme le sommeil, la nutrition… Le bien être quoi !

Rougerie avec Retière et Urios /  Photo  Yves Meunier
Avec Retière et Urios / Photo Yves Meunier

« Attention, il s’agit d’accompagner mais pas d’assister » précise notre homme qui ne s’arrêtera pas en si bon chemin puisqu’en octobre il va retourner à ses études quatre jours par mois. Précisément à Limoges au Centre de Droit et d’Economie du Sport, afin de valider des acquis, faire du tableau noir et apprendre à monter des projets dans le cadre d’une formation de Manager général.
En attendant que l’ASM brille à nouveau de tous ses feux…

Les feux du Michelin / Photo Yves Meunier
Les feux du Michelin / Photo Yves Meunier

À propos de l'auteur

Yves Meunier

Bourbonnais originaire de Gannat où il s’est essayé au rugby sous le maillot de l’ASG pendant une douzaine d’années. Diplômé d’Etudes Supérieures en Sciences Economiques à l’Université de Clermont. Journaliste à France3 Région de 1972 à 2007. Aujourd’hui impliqué avec des amis dans une aventure viticole du côté de Saint-Emilion et toujours en prise avec le sport auvergnat au sein de l’Union des Journalistes de Sports en France.

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