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Le Tour de France, un spectacle qui traverse les paysages et les générations. Photo Pixabay.
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Quand le Tour venait à Clermont… ou dans ses environs

Le Tour de France 2018 s'achève. L'occasion de feuilleter quelques unes des pages marquantes de l'histoire de la Grande Boucle qui se sont écrites dans la région clermontoise. Retrouvez ici l'intégralité de l'article que nous avons publié en deux épisodes.
Le duel inoubliable de 1964. Photo D.R.

Bien-sûr, il y eut ce duel mémorable, ce coude-à-coude inoubliable, haut fait de l’histoire du Tour. Anquetil, le blond, l’élégant et  Poulidor, le brun, le populaire dans les lacets du puy de Dôme. La France coupée en deux. Une histoire mille et une fois racontée, au point de devenir une légende. Mais ce Tour 64, indécis jusqu’en Auvergne, que Poupou n’aurait jamais du perdre, n’est évidemment pas le seul épisode que La Grande Boucle a joué à Clermont ou dans ses environs. Petit retour sur quelques-uns d’entre eux, parmi les plus marquants …

Gem devant les siens au vélodrome Philippe-Marcombes

C’est le rêve de tout coureur : s’imposer devant son public. Mais ils sont rares, finalement à avoir atteint cet objectif dans le cadre prestigieux du Tour de France. Pour la toute première à Clermont, en 1951, Raphaël Géminiani a annoncé la couleur. Lorsque le Portugais Miranda s’échappe, du côté de Pontgibaud, « Le Grand Fusil » ne tarde pas à tirer une cartouche. Il file à son tour et dépose son adversaire après avoir franchi le col de la Moreno.Une chute aux abords de Clermont n’aura pas raison de sa volonté et c’est en vainqueur, salué par un public exultant, que Gem franchit la ligne au vélodrome Philippe-Marcombes. Cette année-là, le Clermontois terminera 2e de la Grande Boucle à Paris. Au total, durant sa carrière, Gem s’adjugera 7 étapes, montera deux fois sur le podium final (3e en 1958), s’adjugera le Grand-Prix de la Montagne et portera le maillot jaune durant  quatre jours.

Raphaël Géminiani, un sacré tempérament… Photo D.R.

Un certain Jean-Claude Theillière

A jamais le Tour de France 1967 restera marqué par les images de Tom Simpson, s’affalant dans la fournaise du Mont-Ventoux, fauché par les démons du dopage. Remportée par Roger Pingeon, profitant de l’aide d’un Poulidor défaillant sur le Ballon d’Alsace, la Grande Boucle était courue, cette année-là, par équipes nationales comme ce devait être le cas en 1968. Né à Blanzat, Jean-Claude Theillière figurait dans la formation des Coqs de France, managée par Raphaël Geminiani, en réalité une équipe de France C. Bon grimpeur, Theillière s’était adjugé le Midi Libre en 1966 et, dans la foulée, il s’était emparé du maillot tricolore de champion de France. Le puy de Dôme, bien entendu, représentait un objectif pour l’espoir auvergnat lors de cette édition 67. Mais le but était un peu trop grand et Theillière dut se contenter d’une modeste 15e place, alors que Gimondi s’envolait vers la victoire. Le lendemain, 359 km attendaient les rescapés de Clermont jusqu’ à Fontainebleau.

Une lanterne rouge victorieuse au puy de Dôme

Ecrasé par Eddy Merckx, lancé vers son premier sacre à la Cipale, le Tour 1969 remontait tranquillement vers Paris. Barry Hoban, le rapide coureur anglais, venait de signer un fameux doublé à Bordeaux- où Darrigade l’avait battu d’un souffle en 1964 au terme d’un sprint échevelé- et à Brive, en réglant à chaque fois un groupe d’échappés. Le puy de Dôme constituait le dernier écueil, l’ultime obstacle de taille pour le peloton fourbu et résigné. Ce jour-là, un 18 juillet, sous une chaleur de four, il laissa s’échapper un anonyme : Pierre Matignon. Anonyme ? Pas tout à fait, en réalité. Ce Matignon présentait en effet la particularité de porter la lanterne rouge, celle de dernier du classement général. Les derniers seront les premiers dit la bible. Et comme personne n’engagea la poursuite, Matignon, piètre escaladeur, franchit bel et bien en tête la ligne d’arrivée au sommet du puy de Dôme avec 1’25 d’avance sur Merckx et 1’30 sur le Français Paul Gutty. Un événement unique dans les annales du Tour. Pour l’anecdote, Matignon abandonna ce jour-là sa lanterne rouge et finit le Tour 1969 en avant-dernière position.

Le coup de poing porté à Merckx

Il a tout gagné dans un règne absolu, sans limite. Un appétit vorace de victoires qui l’amène à ingurgiter classiques et courses par étapes, au point qu’on le surnomme « Le cannibale ». Pourtant, l’année 1975 marque le crépuscule de la fabuleuse carrière d’Eddy Merckx, champion sans partage, désormais chahuté. Lorsqu’il aborde les rampes du puy de Dôme, à l’occasion de la 14e étape, le Belge, paré du maillot jaune, semble se diriger vers une sixième victoire dans le Tour, exploit inédit. Tandis que Van Impe et Thévenet se sont projetés à l’avant, Merckx, accompagné de Zoetemelk, connu pour être un « suceur de roues », s’efforce de limiter l’écart. Soudain, aux abords de l’arrivée, il grimace et porte sa main droite sur son foie. Un spectateur, un imbécile, vient de lui asséner un coup de poing…Nul ne saura jamais si l’incident, qui aura des suites juridiques, influera vraiment sur la suite des événements. En tous cas, le Belge, déclinant, subira une défaillance dans l’ascension vers Pra-Loup et ne remportera jamais de 6e Tour de France.

Une affaire qui éclate à Clermont

Qu’importe si le Danois Johnny Weltz s’est montré le plus fort (ou le plus opportuniste) au sommet du puy  de Dôme. Ce 21 juillet 1998 au soir, par une chaleur caniculaire, l’orage s’apprête à gronder. A Clermont, où la caravane s’est massée, la rumeur  enfle. Jacques Chancel, dans son émission Face au Tour, a à peine abordé la nouvelle. Le maillot jaune Pedro Delgado a été contrôlé positif lors de l’étape contre-la-montre Tarbes-Pau. Le probénicide, qu’il a ingurgité, est un diurétique qui masque l’usage des stéroïdes anabolisants. Pourtant l’affaire n’aura pas de conséquence sportive. La substance figure en effet sur la liste des produits interdits par le CIO  mais pas (encore) sur celle de l’UCI. Le directeur de la course, Xavier Louy, demandera à l’Espagnol de quitter la course. En vain… Pris la main dans le sac mais impuni, Delgado figure toujours au palmarès du Tour 1998 devant le Néerlandais Steven Rooks.

Le 22 juillet au matin, lorsque la caravane tourne le dos au puy de Dôme, filant direction Paris, nul ne peut se douter qu’il n’y reviendra plus.

Roche surgit dans le brouillard

S’offrir une arrivée d’étape est une opportunité qui coûte chère mais peut rapporter gros pour une commune. Quel formidable tremplin, en effet, que cette compétition retransmise dans le monde entier pour mettre en valeur ses paysages et son patrimoine. En 1992 , La Bourboule a décidé de céder à la tentation. Le maire Serge Teillot est lui-même un grand amoureux de la petite reine. Las, trois fois hélas, les cieux ont décidé de jouer un vilain tour  aux Bourbouliens. Et même les téléspectateurs en seront pour leur frais… Le brouillard est si épais ce 21 juillet sur les montagnes du Sancy que les uns et les autres ne pourront apercevoir qu’une ombre se faufiler jusqu’à la ligne d’arrivée : Stephen Roche, l’Irlandais, dont les meilleures années sont derrière lui, coupe la ligne en vainqueur après s’être échappé sur les pentes de la Croix-Morand.  Mais pour lire les péripéties de la course, il faudra consulter le journal et pour voir La Bourboule, peut-être, y revenir.

Sörensen maîtrise Virenque et Leblanc

Rolf Sörensen, un roi des classiques couronné à Super-Besse.

Belle partie de manivelles sur le parcours de l’étape Le Puy- Super Besse, qui rejoint le département du Puy-de-Dôme par Ambert et les routes escarpées du Forez en cette année 1996. A l’avant de la course, on ne chôme pas et ce sont des gros bras qui vont en découdre dans la difficile Côte de Saint-Anastaise puis sur la montée finale vers la station de ski. Il y a longtemps que le sprinter Djamoulidine Abdoujaparov, qui figurait parmi les échappés, a rendu les armes. Richard Virenque et Luc Leblanc, les deux grimpeurs français, appartiennent au quatuor de tête qui cavale à l’avant de la course, aux côtés du Danois Rolf Sörensen, l’un des meilleurs coureurs de classique de sa génération, et du moins illustre Portugais Orlando Rodrigues… Sur la ligne d’arrivée,  Sörensen, surnommé « il biondi » (le blond)  par les Italiens, se montre le plus rapide devant Rodrigues, Virenque et Leblanc. Quelques semaines plus tard, les deux Français et le Danois se retrouveront aux prises dans le final de l’un des plus difficiles championnats du monde de l’histoire dans la fournaise d’Agrigente en Sicile.

Où l’EPO s’invite à Super-Besse

En 2008, lorsque le Tour débarque en Auvergne, le maillot jaune s’appelle Stefan Schumacher, un bolide allemand dont on apprendra bientôt qu’il roulait … à l’EPO. A Super-Besse, la chance tourne pour le leader éphémère, victime d’un accrochage à 500 mètres de l’arrivée. Riccardo Ricco, 24 ans, est plus heureux qui file vers la victoire aux dépens d’Alejandro Valverde. L’Italien va bientôt tomber de son piédestal et quitter le Tour de France, suite à un contrôle positif. Quant à Valverde, son tour viendra aussi, pris dans les filets de l’affaire Puerto. A Super-Besse, le Luxembourg a trouvé un successeur à Charly Gaul. Cinquante ans exactement après « L’Ange de la Montagne », Kim Kirchen, le lauréat de La Flèche Wallonne, s’empare du maillot jaune. C’était il y a dix ans…

 

À propos de l'auteur

Marc François

Marc François

A débuté le métier de journaliste parallèlement sur une radio libre et en presse écrite dans les années 80. Correspondant de plusieurs médias nationaux, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Info Magazine (Clermont, Limoges, Allier) pendant 9 ans, il a présidé le Club de la Presse Clermont-Auvergne entre 2009 et 2013. Il est l’initiateur de 7 Jours à Clermont.

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