Faut-il voir en Stéphanie Lacombe une héritière du mouvement photographique humaniste ? Sans aucun doute.
Bien sûr, sa photographie s’est adaptée à l’époque contemporaine si on la compare à celle de Doisneau, Cartier-Bresson et autre Willy Ronis après la guerre. Le noir et blanc argentique a cédé sa place à la couleur et au piqué du numérique, mais au fond le propos reste le même : témoigner de la vie de gens ordinaires dans leur quotidien ordinaire. La photographie humaniste se voulait un témoignage « des bonheurs simples de la vie mais aussi des difficultés et des injustices », celle de Stéphanie Lacombe aussi. Elle est donc sociologique et invite à réfléchir sur le monde que la société a engendré.
Majestic : l’exposition d’une résidence de création à Clermont
Stéphanie Lacombe avait été invitée en résidence de création à Clermont par le Centre photographique pour explorer en images les quartiers Fontgiève, Gaillard et Saint-Alyre. « J’avoue avoir eu du mal à saisir les enjeux » explique-t-elle. « Désespérée à l’idée de proposer une série photographique cohérente, je choisis de monter dans le tramway qui effleure ces trois quartiers pour mieux en saisir les contours ».
Avec la volonté de revisiter les codes de la photographie documentaire, la photographe monte chaque jour dans le véhicule fleur de lave, rejoignant ainsi les fameux pendulaires, cette population vivant dans une bulle entre Les Vergnes et La Part-Dieu. Elle scrute également Clermont dans les détails, et voit ce que les habitants ne voient pas, ou ne voient plus.
Un jour, Stéphanie Lacombe descend à l’arrêt Musée d’Art Roger-Quilliot. Elle entre dans l’établissement et y découvre « deux Vierges assises sur un trône dans une posture hiératique, l’Enfant Jésus sur les genoux ; elles regardent droit devant ». Cette découverte est une révélation : « N’était-ce pas cela que je recherchais, sans en avoir pleinement conscience ? Une démarche mystique, proche d’une contemplation libérée des mots et des cadres conceptuels ».
Dans l’ensemble des photos prises durant cette résidence, Stéphanie Lacombe a sélectionné des clichés qui évoquent le « sacré au cœur de l’urbain ». Les personnages, essentiellement féminins, du « tramway de Babel » deviennent des icônes au même titre que celles que l’on admire dans les musées ou dans les divers espaces religieux.
L’exposition se nomme Majestic. Chaque cliché est accompagné d’un texte (fragments de discours, de citations ou de récits) qui n’apporte pas d’explication mais qui invite le spectateur à s’interroger sur ce qu’il voit et ce qu’il lit.
Stéphanie Lacombe raconte des histoires quotidiennes et ordinaires

La multiplication des salles de l’Hôtel Fontfreyde a permis de présenter, en plus de Majestic, cinq autres séries d’images toujours issues d’un travail réalisé en immersion et traité de manière sociologique.
Immobile Home présente la vie dans le camping Ami-Ami de Berck-sur-Mer, camping modeste créé dans les années 1970, peu arboré, avec un bac à sable et un bar pour seule animation.
Hyper Life est une histoire de rencontres sur le parking d’un Intermarché de la Comcom Champagne Picarde. L’asphalte d’une zone d’activité est devenu un espace social, seul lieu encore vivant d’une commune qui, comme partout en France, a vu disparaître ses commerces de proximité et la vie qui va avec.
Somme Toute est un témoignage saisissant de la vie à Flixecourt, près d’Amiens, petite ville coincée entre deux collines où la précarité s’est installée lorsque les treize usines de textile, qui faisaient vivre la région de manière très paternaliste, ont fermé.
Seules les racines restent est un dialogue avec des représentants de la génération digital native en vacances à La Grande-Motte, lieu hautement symbolique des générations précédentes.
Enfin, La Table de l’ordinaire est une invitation à déjeuner ou dîner, en compagnie d’une population française composite, au sein même de l’espace intime où sont pris les repas. Il n’est pas question de gastronomie mais de ce moment si particulier durant lequel s’ouvrent les dialogues, mais aussi les règlements de comptes.
À propos de Stéphanie Lacombe
Sélectionnée par Paris 2024 pour la création de deux affiches artistiques des Jeux olympiques et paralympiques, Stéphanie Lacombe est lauréate de la Grande Commande de la BnF en 2022, du prix de L’Obs en 2020, du Prix Niépce en 2009, lauréate de la Fondation Lagardère en 2006, et du Grand prix de la photographie documentaire et sociale de Sarcelles en 2008. Sebastião Salgado en personne lui a remis le prix spécial du jury Agfa en 2001.
Son travail est exposé en France et à l’étranger (Argentine, Hong Kong, Espagne, Finlande). Il est également publié dans la presse, notamment dans L’Obs, Courrier International, la revue XXI, Zadig, Libération ou Le Monde. Elle transmet son expérience de femme photographe à l’occasion d’ateliers pratiques et pédagogiques autour de la photographie à la Fondation Cartier, aux Ateliers du Carrousel, au centre d’art Diaphane, à la Maison Robert Doisneau et aux Rencontres d’Arles.
Majestic et cinq autres séries, Stéphanie Lacombe
Jusqu’au 20 septembre 2026 à l’Hôtel Fontfreyde, centre photographique de Clermont, 34, rue des Gras.Ouvert du mardi au samedi de 13 h 30 à 19 h. Entrée libre et gratuite sans réservation.

















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