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Joel Rigal jouant sur Erard à la Chapelle des Cordeliers / Photo Olivier Perrot
Photo Olivier Perrot
Culture Événement

Joël Rigal : jouer sur des pianos historiques est une expérience irremplaçable

7 exemplaires de pianos historiques sont rassemblés dans l'exposition "Le piano de Mozart à Ravel, une histoire européenne" qui débute ce weekend à la Chapelle des Cordeliers de Clermont. 7 Jours à Clermont a rencontré Joël Rigal, pianiste et commissaire de l'exposition, intarissable dès lors qu'il s'agit de parler de son instrument de prédilection.

Depuis de nombreuses années le pianiste Joël Rigal, qui fut également l’un des directeurs du Conservatoire à Rayonnement Régional – Emmanuel Chabrier de Clermont, joue et enregistre des albums de musique dite classique et romantique sur des pianos historiques. Les Stein, Walter, Dulken, Erard, Pleyel, Bechstein n’ont plus de secret pour lui. En cette rentrée 2023, et dans le cadre du soutien à la candidature de Clermont-Ferrand et du Massif central au titre de Capitale européenne de la Culture en 2028, il est devenu le commissaire d’une exposition inédite et exceptionnelle à Clermont. À partir du 26 août et jusqu’au 3 septembre, à la Chapelle des Cordeliers de Clermont, le public pourra découvrir, Le piano de Mozart à Ravel, une histoire européenne, un rassemblement unique de 7 pianos de concert, couvrant une période allant de Mozart à Ravel, c’est à dire de 1790 à 1900.
Voir ces pianos historiques provenant de collections privées et publiques est une chose, les entendre en est une autre. Ainsi, Joël Rigal donnera une mini conférence musicale en ouverture et clôture de cette exposition et cédera sa place aux acteurs locaux de la musique :  Jazz en Tête, le Chœur Régional d’Auvergne & le Conservatoire à Rayonnement Régional Emmanuel Chabrier, l’Orchestre National d’Auvergne-Rhône-Alpes et Clermont Auvergne Opéra pour des rencontres-musicales thématiques.
Cette exposition est l’occasion de questionner Joël Rigal sur les pianos historiques qui le passionnent depuis si longtemps :

J’avais tout simplement envie de partager mes connaissances et ma passion

7 Jours à Clermont : Qu’est ce qui vous a motivé pour créer cet événement autour du piano ancien ?
Joël Rigal : Cela fait plusieurs décennies que je suis « entré en piano historique », cela remonte aux années 70. Le jeu sur piano ancien est quelque chose qui m’a accompagné tout au long de ma carrière de musicien. J’ai aujourd’hui accès à des instruments issus de collections de particuliers ou même publiques. J’avais donc la possibilité de faire un rassemblement de pianos qui partirait de l’instrument de la fin du XVIIIe siècle jusqu’à celui de l’orée du XXe. J’avais tout simplement envie de partager mes connaissances et ma passion.

7JàC : Quelle est la définition d’un piano historique ?
J.R :  Lorsqu’un objet est intègre, d’au moins  100 ans et qu’il a toutes ses parties constitutives, saines et d’époque, il entre dans la catégorie des antiquités. Le piano peut faire partie de cette catégorie. Piano historique, piano ancien, piano d’époque… sont des synonymes. En revanche, on peut être en présence de copies d’anciens, souvent de très bonnes copies d’art, mais cela reste des instruments d’époque.

7JàC : Les pianos historiques et actuels sont-ils très différents ?
J.R : Le piano moderne, celui que l’on entend partout aujourd’hui, que ce soit dans la musique classique, le jazz ou la variété qui utilise d’ailleurs de plus en plus de claviers numériques, est un instrument qui est arrivé à maturité au début de XXe siècle et qui n’a plus varié. Par contre, entre le dernier quart du XVIIIe siècle et les premières année du XXe, le piano a beaucoup évolué. Il a été modelé par les différents facteurs qui ont apporté un certain nombre d’innovations, voire d’inventions capitales. L’instrument a été complètement changé en 150 ans. Entre le piano de Mozart de 1790 et le piano de Ravel aux alentours de 1900, on peut dire que le principe est le même mais ce sont des instruments radicalement différents

7JàC : Lorsqu’un piano historique réapparaît sur le marché est-il encore jouable ?
J.R : Un instrument qui a plus de 100 ans et qui est, comme disent les antiquaires, « dans son jus » nécessite toujours sinon une restauration, un entretien pour le remettre en jeu, en quelque sorte. Les instruments à clavier, possèdent une mécanique et comme chacun sait, une mécanique, ça s’use. Il y a donc presque toujours des choses à revoir, à changer… des cordes cassées, des mécanismes qui ne fonctionnent plus, des ressorts qui ne font plus leur travail, des pédales qui coincent. Il est presque automatique de remettre un instrument de plus de 100 ans en état avant de pouvoir espérer le rejouer.

7JàC : Comparé à un instrument moderne, y a-t-il des différence de jeu et d’expression avec un piano ancien ? 
J.R : Énormément. Si l’on part du piano du XVIIIe siècle comme celui de Mozart, bien que possédant un clavier et des marteaux qui frappent des cordes tendues sur une table d’harmonie, on est plus proche du toucher de celui du clavecin que de celui du piano moderne. Les touches sont plus petites, moins profondes, moins lourdes leur enfoncement est moindre et la sonorité est assez acide, métallique, car les marteaux sont recouverts de cuir et non de feutre. La sonorité est moins ample et moins développée dans la nuance que les pianos actuels. Tout cela fait que l’instrumentiste moderne qui s’assied à un clavier ancien, a l’impression d’avoir changé d’instrument, d’époque, de musique et même que sa technique de pianiste ne lui sert plus à rien pour jouer correctement sur cet instrument.

7JàC : Est-ce plus difficile de jouer sur un piano historique ?
J.R : Cela demande une rééducation. C’est en cela que c’est difficile. Un pianiste contemporain professionnel qui joue traditionnellement sur un grand Steinway, par exemple, et se retrouve devant un pianoforte du XVIIIe a tout bonnement l’impression de ne plus savoir jouer et que sa technique qui est bien souvent énorme, ne lui sert à rien tant les différences sont importantes sur l’instrument, l’acoustique et la sonorité.

Jouer sur des pianos historiques est une expérience irremplaçable

7JàC : Est-ce que cela change beaucoup de choses de pouvoir jouer une œuvre sur un instrument qui aurait pu être celui de son compositeur ?
J.R : Jouer sur des pianos historiques est une expérience irremplaçable. Par exemple, Chopin a écrit une musique qui collait à une marque… c’était Pleyel. Et l’on peut dire, sans exagérer, que Pleyel a fabriqué et mis au point le piano de Chopin qui était d’ailleurs un ami de Camille Pleyel, le successeur d’Ignaz. Lorsque l’on est sur un Pleyel, on comprend d’emblée ce que Chopin a voulu et quel était l’esprit qui l’animait lorsqu’il écrivait ses œuvres. On comprend que le toucher et la sonorité de ce piano ont guidé sa composition, à la fois sa manière de composer et même son inspiration.

7JàC : Est-ce que l’on pourrait dire, finalement, qu’interpréter une œuvre ancienne sur un piano moderne c’est un peu la trahir ?
J.R : Trahir, le mot est fort, mais c’est un peu ça. Chaque fois que l’on utilise un outil qui est plus perfectionné que ce qui se faisait à l’époque, c’est vrai pour les ébénistes par exemple, on trahit quelque chose du travail de la main de l’artisan de l’époque. Ce n’est pas une trahison punissable, mais sans le vouloir, l’outil, en l’occurrence l’instrument de musique, est le prolongement de l’esprit qui est à la base d’une fabrication ou d’une composition. On n’est donc pas dans l’authentique en jouant une pièce ancienne sur un piano moderne.

7JàC : Vous avez réunis 7 pianos pour cette exposition. Avez-vous des préférés ou chaque instrument est intéressant ?
main-Joel-Rigal-sur-Pleyel-Photo-Olivier-Perrot.jpgJ.R : Les deux… quand on entre en piano historique ou ancien, comme on entrait jadis en religion, bien sûr, on a des affinités avec tel ou tel instrument, mais surtout avec telle ou telle musique et telle ou telle période. J’avoue que j’ai un faible pour les pianos historiques sur lesquels on joue encore Chopin de nos jours, en particuliers les Pleyel 1830/40.
Nous avons la chance en Auvergne, d’avoir au château d’Aulteribe, le Pleyel de 1847 du compositeur Georges Onslow qui est dans un état de conservation extraordinaire. C’est un des plus beaux pianos romantiques conservé, du niveau de ceux du musée de la Philharmonie de Paris.

7JàC : L’exposition « De Mozart à Ravel » présente plusieurs pianos français. Pourquoi les marques hexagonales ont-elles disparu aujourd’hui ?
J.R : Le piano est née sous la Révolution. Il est apparu en France en 1760 et s’est répandu, comme partout ailleurs,  aux alentours de 1789. Cette époque était une période ou le modernisme et l’industrie se sont considérablement développés. Le piano a parfaitement suivi le développement de l’industrie, en particulier l’industrie métallurgique. On est passé d’une fabrication purement artisanale, comme pour les clavecins à une fabrication industrielle. L’instrument à suivi et les marques comme Erard et Pleyel ont bâti des usines avec une véritable organisation interne, mais au final les pays les plus industrialisés se sont imposés. En Europe c’était l’Allemagne dont le premier fabriquant Steinway s’est installé aux USA pour pouvoir produire des instrument dans les conditions de l’artisanat de luxe mais dans de meilleures conditions économiques.

Exposition et rencontres « Le piano de Mozart à Ravel, une histoire européenne » du samedi 26 août au dimanche 3 septembre 2023, Chapelle de Cordeliers, place Sugny à Clermont-Ferrand.
Ouverture des portes à 18 heures, 30 minutes avant les rencontres les 26, 28 et 31 août et les 1er, 2 et 3 septembre 2023. Entrée libre et gratuite.

À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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