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Marc François.
Photo Fanny Reynaud.
Edito

Par-delà l’autoroute

Peut-on aujourd’hui conjuguer l’indispensable protection de l’environnement et la réalisation d’une autoroute supplémentaire ? Pas sûr…

Le projet d’autoroute Toulouse-Castres est à la fois un exemple et un contre-exemple. Selon les défenseurs de la nature, il est à la source d’un véritable gâchis écologique ; pour les acteurs de l’économie locale et certains puissants lobbys, il représente le vecteur indispensable au désenclavement d’une ville moyenne, une sous-préfecture de province comme il y en a tant dans notre pays.

Nul, objectivement, ne peut nier, l’impact colossal d’une autoroute sur l’environnement : paysage balafré, biodiversité ravagée, fragmentation des écosystèmes, artificialisation des sols, qualité de l’air dégradée, émissions de polluants dans les nappes phréatiques, bruit incessant. Sans négliger l’impact du chantier lui-même. Les efforts réalisés aujourd’hui par les concessionnaires autoroutiers pour limiter ces nuisances ne sont en réalité que des rustines ou des sparadraps. Bref, pas besoin d’être un militant vert pour se rendre compte qu’il ne faut pas multiplier à l’infini la réalisation de telles artères routières.

Nuisances ou bénéfices

Face à ces constatations de bon sens se dressent des arguments sonnant et trébuchant. En permettant d’améliorer les liaisons, de gagner du temps, les voies rapides constituent des instruments au service du développement économique et de « désenclavement » de bassins de population (même si- dans le même temps- elles participent à une forme de désertification rurale). C’est le postulat qui a concouru à l’élaboration du projet d’A69, devant  lier Toulouse, devenue la troisième plus grande ville de France, à Castres, cité de 42.000 habitants seulement, renommée non seulement pour son club de rugby, quintuple champion de France, mais aussi pour les laboratoires Pierre-Fabre, puissant groupe pharmaceutique et dermo-cosmétique.

Situation provisoire

Dans ce dossier, la balance judiciaire a, pour le moment, penché du côté des défenseurs de l’environnement. Le Tribunal administratif de Toulouse a en effet annulé l’autorisation donnée par les préfets de Haute-Garonne et du Tarn. « Il n’est pas possible de déroger aux règles de protection de l’environnement et des espèces protégées » a-t-il indiqué tout en notant « les bénéfices très limités qu’aurait le projet pour le territoire et ses habitants». La décision a pour le moment entraîné l’arrêt d’un chantier déjà avancé de l’autoroute A66 .

Le bras de fer n’est pas terminé. L’Etat a choisi de faire appel devant la cour administrative, tout en demandant un sursis à exécution, permettant la reprise des travaux. Quant aux partisans de l’A69, emmenés par des élus et des responsables économiques, ils ont manifesté samedi dernier. Au-delà de son aspect local, le débat représente un cas d’école, éminemment symbolique de la vision de deux mondes. Nature et  développement économique peuvent-ils faire bon ménage ?

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À propos de l'auteur

Marc François

A débuté le métier de journaliste parallèlement sur une radio libre et en presse écrite dans les années 80. Correspondant de plusieurs médias nationaux, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Info Magazine (Clermont, Limoges, Allier) pendant 9 ans, il a présidé le Club de la Presse Clermont-Auvergne entre 2009 et 2013. Il est l’initiateur de 7 Jours à Clermont.

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