L'Essentiel
Réalisé par Brigitte Ceroni, cet ouvrage s'appuie sur une recherche minutieuse à travers archives et documents pour dresser un état des lieux des bâtiments industriels et des logements liés à l'entreprise.
Malgré la transformation actuelle des sites comme Cataroux, l'inventaire met en avant la nécessité de conserver la mémoire de cet héritage, même si certaines maisons historiques restent vulnérables à la démolition.
Depuis sa création, l’entreprise Michelin a eu un impact énorme sur le développement de la ville de Clermont qui s’est organisée autour de l’immense manufacture. Au delà des nombreux bâtiments industriels, des quartiers entiers ont vu le jour pour loger les salariés toujours plus nombreux jusqu’au milieu des années 1970.
De 50 employés en 1889, l’entreprise a connu un pic de 27 500 en 1975 à Clermont et elle a du développer un patrimoine bâti important pour pouvoir loger tous ses travailleurs dans une ville qui manquait d’habitations. Aujourd’hui, la manufacture Michelin a inscrit ses sites clermontois dans une ère post industrielle et requalifie d’immenses zones comme celle de Cataroux avec un effacement progressif des traces des années passées.
“Garder la mémoire est un peu notre travail”
L’inventaire général du patrimoine culturel de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et Michelin ont tenu a offrir à ce patrimoine bâti de près de 140 ans, un regard historique et un état des lieux en images qui fait aujourd’hui l’objet d’un livre intitulé Michelin à Clermont-Ferrand, une manufacture dans la ville. L’ouvrage rédigé par Brigitte Ceroni offre une sélection de nombreuses images anciennes et contemporaines, plans et archives. Il permet de comprendre comment l’entreprise et la ville ont conjointement évolué.
7 Jours à Clermont : Comment appréhende-t-on un tel travail ?
Brigitte Ceroni : C’est un travail d’assez longue haleine. Cela fait des années que je travaille dessus, c’est un travail dans le cadre d’un inventaire, il y a donc des normes. On suit un processus en commençant par ce qui a été produit sur le sujet, en archives, en bibliothèque, dans notre propre bibliothèque, on cherche s’il y a eu des livres publiées et sur Michelin, il y en a eu un certain nombre, mais plutôt d’un point de vue sociologique, sur la vie des ouvriers. Mais sur le patrimoine, il n’y en avait pas tant que ça.
7JàC : Comment avez-vous procédé ?
B.C : Déjà, on s’est appliqué à regarder tout ce qui correspondait à du Michelin dans Clermont, ce qui n’est pas évident, car une fois sorti de Cataroux, des Carmes et des pistes, c’était un peu compliqué à repérer, surtout pour l’habitat, hormis les grandes cités comme La Plaine. Après, il a fallu voir comment Michelin avait classifié ses maisons. Cela avait été fait par type avec toute une nomenclature. Donc il a fallu essayer de retrouver quels types correspondait à quelles maisons, si il y en avait-il encore ou plus, si on pouvait retrouver les types à partir de photos. Il a eu tout un travail de recherche qui a pu se faire grâce aux service des archives Michelin. J’ai aussi beaucoup travaillé avec l’IGN et ses photos anciennes.
7JàC : On imagine que vous avez réuni beaucoup de matière…
B.C : On a engrangé énormément de données pour notre SIG, système d’information géographique, sur tous les bâtiments pris individuellement, un par un. Quand sont-ils apparus ? ont-ils été agrandis ? ont-ils été démolis ? regarder cela au cours du temps, jusqu’à aujourd’hui.
7JàC : Finalement vous avez pu dresser un inventaire complet ?
B.C : Quasi complet… autant que possible. Après je ne dis pas que je n’ai pas oublié deux ou trois petites maisons qui seraient Michelin. Un grande cité comme La Plaine ne passe pas inaperçue mais quelques fois, c’était deux maisons dans un quartier et beaucoup ont disparu. On me dira peut-être un jour que j’ai oublié tel endroit, mais ce n’est pas grave, quelqu’un prendra la suite.
7JàC : Y avait-il urgence à faire ce travail alors qu’un site comme Cataroux est en profonde mutation ?
B.C : C’est une forme d’urgence, mais en fait l’inventaire c’est toujours des urgences, on arrive toujours trop tard pour quelque chose. Tout évolue extrêmement vite, le patrimoine évolue et disparaît et quelle que soit la période où l’on travaille, il y a déjà des choses qui ont disparu. Mais Michelin est effectivement dans une période où tout est en train de se transformer, notamment sur Cataroux. Donc il était temps que l’on passe. On a d’ailleurs fait des photos de choses qui ont déjà été démolies depuis.
7JàC : Quel est le but d’un travail comme celui-ci ?
B.C : Garder la mémoire est un peu notre travail. On est pas là pour protéger comme les Monuments Historiques, mais garder la mémoire avec un fonds de photos et d’historiques. Tout ce que l’on a vu est dans le SIG, dans ce livre mais c’est une sélection et dans des dossiers mis en ligne qui sont beaucoup plus approfondis. Pour chaque cité, pour chaque site industriel, on a ouvert un dossier avec un historique, un peu plus de photos et des plans, enfin tout ce que l’on a pu trouver.
L’extraordinairement modernité Michelin
7 Jours à Clermont : Avez-vous identifié de grandes périodes, notamment pour les maisons, marquant ainsi des épisodes sociaux ?
Brigitte Ceroni : Oui, quand Michelin a vendu les cités dans les années 1980, pour la plupart. Parce qu’elles n’étaient plus utiles, Clermont était bâti, il n’y avait plus d’habitat insalubre comme au début du XXe siècle et en plus les ouvriers étaient motorisés, ils pouvaient s’éloigner du centre ville. Les gens ont pu racheter les maisons et c’est à ce moment que cela s’est transformé énormément, d’ailleurs, on est arrivé un peu trad car il y a eu des agrandissements et les maisons de base ont beaucoup été transformées.
7JàC : Vous connaissez bien Michelin, mais des choses vous ont-elles interpelé ?
B. C : J’ai été étonnée par la modernité dans l’habitat. Cela paraît très austère, à l’image Michelin, il ne fallait pas de décors extérieurs, c’était pour l’ouvrier. Mais pour l’époque, ça a commencé en 1910 et même 1909 pour l’avenue de la République, c’était extraordinairement moderne. Les gens avaient leur jardin individuel, une salle d’eau, une cuisine, des choses que n’avaient pas les clermontois. C’était très envié et il y avait une liste d’attente pour obtenir une maison Michelin. Plus la famille était grande plus elle était prioritaire. C’est vrai que j’ai été étonnée par cette modernité et de voir comment Michelin s’est adapté, comme toujours. Après guerre, les modèles d’habitat ont changé et l’entreprise s’est adaptée aux nouveaux modes de vivre, avec des garages, des salles de séjours en plus de la cuisine… elle a trouvé de nouveaux modèle, c’est assez impressionnant.
7JàC : On voit disparaître les usines en ce moment mais l’habitat a-t-il été relativement bien conservé ?
B. C : Pas tant que ça. Si, il y en a encore des maisons habitées mais par exemple à La Rodade, certaines ont été vidées car elles présentent des défauts de structure et risquent de s’écrouler. J’ai entendu dire que sur les côtes, des promoteurs seraient intéressés pour en racheter et les démolir pour pouvoir construire des immeubles, ce qui serait plus rentable. Donc elle ne sont pas si protégées que cela.
7JàC : On parle beaucoup des maisons et des cités Michelin, mais il y avait aussi des logements collectifs ?
B.C : Oui, les tous premiers habitats Michelin, en 1909, étaient deux immeubles ouvriers qui étaient avenue de la République. Après l’entreprise est passé aux maisons, elle a testé tout un tas de modèles. Et après il y a eu des immeubles collectifs. Au départ ils étaient plutôt réservés aux ouvriers célibataires, c’était des sortes de foyers. Après guerre, il y a eu des immeubles pour les familles.
7JàC : Que représentait le patrimoine bâti de Michelin à l’échelle de Clermont ?
B. C : J’ai calculé qu’il y a avait, en tout, une quarantaine de cités, on en connaît deux ou trois mais il y en a énormément, c’est cela qui est étonnant. J’en ai répertorié un peu autour de Clermont après guerre, Romagnat, Beaumont… mais rien que sur Clermont, il y en avait beaucoup autour des usines, logiquement, et même un peu au delà au sud, mais c’était énorme. Cela a cristallisé tout le reste de l’habitat. Quand on voit les photos anciennes, ces maisons étaient au milieu des jardins, il n’y avait rien autour. Maintenant elles sont enserrées aux milieu des immeubles et certaines ont été démolies.
Michelin à Clermont-Ferrand, une manufacture dans la ville. Auteur : Brigitte Ceroni – photographes : Christian Parisey, Michel Pérès, Franck Trabouillet. L’Inventaire/ Éditions Lieux Dits. Disponible entre autres lieux, à l’Aventure Michelin














Bonjour
cet ouvrage est il en librairie ? les volcans. ???
merci
https://www.librairielesvolcans.com/listeliv.php?base=allbooks&mots_recherche=Michelin+%C3%A0+Clermont-Ferrand%2C+une+manufacture+dans+la+ville