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Laurence Plazenet / photo-DR
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Laurence Plazenet : « Blaise Pascal serait plutôt un modèle à suivre »

Le 19 juin 1623, au pied de la Cathédrale de Clermont, naissait un certain Blaise Pascal. 400 ans plus tard, celui qui fut auteur, penseur, philosophe, inventeur... influence encore la société contemporaine. Il est au cœur du travail de recherche de Laurence Plazenet, directrice du Centre international Blaise Pascal.

Blaise Pascal est né à Clermont, le 19 juin 1623. Son œuvre et ses inventions ont laissé une trace durable dans l’histoire et influencent encore le quotidien. Mais 400 ans après sa naissance y a-t-il encore des choses à découvrir et à dire à son propos ? Cette question a récemment été posée lors d’une table ronde organisée par Laurence Plazenet, professeure de Littérature française du XVIIe siècle à l’Université Clermont Auvergne, directrice du Centre international Blaise Pascal (IHRIM-Clermont), membre honoraire de l’Institut universitaire de France et présidente de la Société des Amis de Port-Royal. Trois grands thèmes avaient été retenus : Lire Pascal, Comprendre Pascal et Raconter Pascal. Ils ont été débattus par une quinzaine de spécialistes : chercheurs, professeurs, auteurs, écrivains et journalistes.

Olivier Perrot : Qu’est ressorti de vos débats à propos de Pascal ?
Laurence Plazenet : Nous avons posé une question naïve mais au bout de 400 ans, il y a encore quelques chose à dire. La première question était liée à l’édition : pourquoi rééditer Pascal aujourd’hui ? est-il possible d’éditer Pascal notamment Les pensées qui est un texte totalement inachevé. Pour le second thème, nous voulions croiser des ouvrages très très récents sur la question de la compréhension et nous avons isolé la question de l’amour de soi en partant de la formule très connu Le moi est haïssable. L’idée pour Pascal est que le moi n’est pas haïssable en soi mais il se fait haïr par les autres, ce qui est problématique pour un auteur qui parle de charité. Enfin pour Raconter Pascal nous nous sommes interrogés sur la manière d’évoquer cette figure spécialiste de tant de domaines différents, très lointaine, avec des blancs qui paraissent impossibles à combler. A-t-on le droit d’inventer ? Peut-on utiliser des parades périphériques ? On a vu par exemple que dire des choses sur Pascal sans écrire des choses qui courent le risque d’être fausses, cela peut être, par exemple, de faire dessiner des épisodes clés, par un dessinateur contemporain.

O.P : On parle beaucoup de Pascal à Clermont-Ferrand cette année car il y est né, mais est-ce que le sujet intéresse ailleurs ?
L.P : Clermont a eu l’excellente idée de revendiquer son génie personnel, mais la célébration de cet anniversaire pascalien est complètement international et mondial. Il y a eu des colloques à Bucarest, en Floride, dans une localité qui s’appelle Clermont… à Moscou, à Montréal. C’est dans le monde entier qu’on célèbre Pascal.

O.P : Tout ce qui a été récemment publié sur Pascal l’a t-il été par opportunisme ?
L.P : C’est toujours la tentation, dans une situation de crise de l’édition, de profiter d’un anniversaire pour publier et pour toucher le public. Dans le cas de Pascal, cela a plutôt été difficile. On a eu tendance, en tant que spécialistes, à rencontrer une forme de réticence, les éditeurs se demandant s’il y aurait un public Pascal. Là, une lame de fond se dessine depuis un ou deux mois. Elle va durer jusqu’en décembre, voir même au delà puisque je viens de donner mon accord pour monter un colloque en juin 2024 en Roumanie. Je pense même que cela va être un renouveau des études pascaliennes. C’est ce que l’on peut espérer de mieux pour un anniversaire.

O.P : Pour employer un mot à la mode : Pascal était, et est encore, un influenceur ?
L. P : Pascal a été un auteur présent dans tous les esprits pendant très longtemps, quand il était un auteur sur lequel on ne pouvait pas faire d’impasse dans l’enseignement secondaire. Il était enseigné à tous les enfants surtout au lycée et on a pu mesurer l’importance de la réception de Pascal chez des gens comme François Mauriac ou Hergé, le dessinateur de Tintin, qui a très très marqué par Pascal et Les Pensées. Quelque chose de fort s’est construit parce qu’ils ont été en contact avec lui, en un sens, de manière très naïve, au cours de leur scolarité.

O.P : Quel est la place de Pascal aujourd’hui dans le monde de l’éducation ?
L.P : Aujourd’hui, Pascal n’a pas de raison de moins intéresser, le large arc de ces célébrations le prouve, en revanche on l’étudie moins au lycée et c’est là où le bât blesse notamment en France. Un certain nombre de professeurs ont envie de transmettre Pascal, mais aujourd’hui, il y a des programmes officiels. Quand ma génération passait le BAC, c’était le professeur qui choisissait un certain nombre de textes souvent en fonction de ce qui l’intéressait le plus. Pascal serait plutôt un exemple pour notre modernité, quand on voit ce qui se passe dans certains groupes évangélistes ou dans un Islam extrémiste. Il serait donc plutôt modèle à suivre et c’est dommage de l’avoir évincé.

O.P : Justement, selon vous, pourquoi Pascal a été évincé ?
L.P : Aujourd’hui, je pense qu’il y a un ensemble de facteurs. Un des facteurs est peut-être une crispation sur les auteurs dont la coloration religieuse est marquée. Pascal est un auteur catholique qui a très largement écrit pour faire rayonner l’amour de Dieu et une vision du Christianisme. Peut-être qu’on trouve plus sage de ne pas le mettre dans les programmes pour des raisons diplomatiques. C’est probablement une erreur parce qu’en fait, on s’aperçoit avec tous les travaux qui sont menés cette année que c’est un exemple exceptionnel de croyant qui accepte entièrement les paradigmes de la science contemporaine, notamment Galilée, et qui explique même comment on peut conjuguer une foi ardente, l’acceptation de l’autre et la science contemporaine.

O.P : C’est dans le cadre scolaire qu’est né l’intérêt de Laurence Plazenet pour le XVIIe et pour Pascal ?
L. P : Si je suis devenue XVIIème-iste, c’est que j’avais un goût personnel, mais très jeune à 14/15 ans, je suis tombée sur des professeurs qui m’avaient particulièrement enseigné ce siècle là. La passion est née à ce moment là. Plein d’auteurs racontent que c’est comme cela que ça leur est « tombé dessus ».

O.P : Pascal est-il encore un auteur abordable au XXIe siècle ?
L. P : Je pense que c’est un auteur difficile à étudier parce que c’est un physicien, un mathématicien, un littéraire. Il est très frotté de culture théologique, moyennant quoi pour un public d’élèves, qui aujourd’hui a une culture très réduite par rapport à ce qui pouvait être le cas auparavant, et bien… c’est difficile. Cela requiert un vrai savoir. Il a été au programme des agrégations de lettre, il y a quelques années et on a bien mesuré la terreur d’un certain nombre d’étudiants et de collègues à l’idée de devoir enseigner Pascal.

"Pascal, l'œuvre" par L. Plazenet et P. Lyraud

Pour aller plus loin :

Pascal, L’œuvre par Laurence  Plazenet et Pierre Lyraud  Collection : Bouquins La Collection
(parution  01/06/2023)

À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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