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Vue aérienne du chantier de fouilles de Saint-Don.
Histoire

Fouilles archéologiques de Saint-Don : de l’importance de “faire parler les os”

Le site de St-Don (Riom), fouillé depuis 2013 par l'Inrap, atteste d'une occupation depuis l'Antiquité tardive et d'une forte activité à l'époque mérovingienne et carolingienne. La dernière opération, menée par Fabrice Gauthier et son équipe, révèle l'existence d'un village carolingien. Pour mieux le connaitre, l'aire funéraire s'avère une véritable mine d'informations.

Ne jamais préjuger hâtivement de la conclusion, toujours rassembler le maximum de preuves scientifiques.” Si vous suivez la série Bones, cette devise, probablement la connaissez-vous. C’est celle de Temperance Brennan, héroïne qui, dans la petite lucarne, aura popularisé un métier de l’ombre : l’anthropologie judiciaire. Une devise que pourrait partager Véronique Gallien, à quelques exceptions près toutefois. Si Véronique, sa partie, c’est bel et bien l’étude des os, sa mission, contrairement à Brennan, n’est pas d’intervenir sur des enquêtes criminelles. Elle, travaille à l’Inrap, l’Institut national de recherches archéologiques préventives. Son sujet d’études,”les populations du passé.” Sa spécialisation, “le Moyen-Age et la période Moderne.” Toutes deux partagent cependant un même but : “faire parler les os.”

Sur les fouilles de Saint-Don, “une équipe formidable”

Saint-Don, ce chantier de fouilles que nous évoquons ensemble, Véronique s’en souvient bien. “C’était en 2016. Un moment important dans [sa] carrière.” Elle en garde d’excellents souvenirs. “Une équipe formidable qui a tenu le rythme jusqu’à la fin (…) malgré de terribles pluies.” Depuis, de l’eau a passé sous les ponts et elle, calée sur un autre calendrier. Les fouilles de Saint-Don auront suivi le leur, motivé par une méthodologie scientifique rigoureuse avant la publication d’un communiqué mi-juin et d’une synthèse sur l’ensemble des fouilles en 2021. A l’origine de ce chantier, des “projets de construction.” Véronique d’expliquer qu’: “à l’Inrap [sont effectuées] des missions de sauvetage.” Le but étant de “récupérer l’ensemble des informations contenues dans le terrain et qui vont être détruites par les travaux à venir.” De ce site déjà connu des archéologues – la première intervention remonte à 2013 -, pas moins de quatre ans auront été nécessaires avant qu’un nouveau degré de connaissance soit atteint.

Un site “très bien conservé” et d’une grande richesse historique

L’anthropologue Véronique Gallien mesurant un os –
© Pascal Magontier, Inrap.

Dixit son directeur de fouilles, Fabrice Gauthier, pour qui “son évolution est particulièrement intéressante.” “9 opérations archéologiques [y] ont déjà été menées“, rappelle-t-il – lui en a fait sept -, qui auront révélé des occupations de sol de “l’Antiquité tardive au Moyen-Age, avec un accent fort sur le début du Haut Moyen-Age.” De décrire ce chantier : “nous sommes sur de petites surfaces, de petites parcelles.” Véronique complète : “ce type de terrain est stratifié (…) il y a autant de structures à découvrir en surface qu’en profondeur.” Confirmation d’une “organisation villageoise” (1) autour de la chapelle Saint-Don du XIIe siècle. Découvertes lors des dernières fouilles, des maisons, enterrées “volontairement (…) sur une centaine d’années. (…) Un choix délibéré de la part des résidents.” Fabrice de souligner : “l’architecture de ces maisons est intéressante. On en trouve aussi dans l’Allier.” Des maisons individuelles, et des tombes nombreuses. “Près de 350 (…) Homogènes. En coffrage de bois ou de pierre”, précise Véronique, et “[qui correspondent à] une portion de cimetière paroissial de la première partie du Moyen Age.” ” Un cimetière qui fonctionne sur 300 ans”, détaille Fabrice. De 650 à 900. Quant aux éléments découverts, ils sont minutieusement dessinés, cartographiés, analysés, numérisés, archivés, et les os prélevés dans le respect de protocoles qui “dépendent de [leur] état (os sec, restes momifiés) et des analyses biochimiques envisagées (recherches en épidémiologie, génétique).

Tombes et ossements découvertes sur les dernières fouilles de St Don – Alain Boissy, Inrap.

Des os pour raconter l’histoire du site

Chaque étape compte, “de la fouille manuelle de la structure funéraire au dégagement du squelette qui l’occupe en s’intéressant à la position du corps et au déplacement des os dans la fosse.” Ces os, il s’agit de les “faire parler.” Objets d’analyse de la biochimie, discipline sur laquelle s’appuie l’anthropologue. Une parmi d’autres dans des champs de compétences pluridisciplinaires, et une formation généraliste. “Il n’y a que l’homme qui peut nous raconter l’histoire. Cet homme-là il est un squelette et l’anthropologue nous permet de le faire revivre.” (2) Ces os, que racontent-ils ? Le sexe de leurs propriétaires. Leur âge. Facilement lisible chez l’enfant grâce à l’analyse odontologique, là où, “pour l’adulte, on utilise des méthodes probabilistes qui à défaut de donner des âges individuels, vont permettre de construire un profil (paléo-)démographique du groupe étudié.” Leurs activités. La fréquence de ces dernières. Leurs maladies, grâce aux “marqueurs sanitaires.” Traumatismes, pathologies, autant d’indices d’une pénibilité que l’anthropologue saura décoder, avec plus ou moins de facilité, selon l’état de conservation des os et la nature de leur “milieu d’enfouissement.” “C’est la synthèse des informations (richesse de la structure funéraire, démographie, morphologie, maladies, environnement archéologique, contexte historique) qui vont nous orienter sur une interprétation“, résume Véronique, et aider à “reconstituer des histoires individuelles ou populationnelles.” Dans le sol de Saint-Don, ce qui git, ce sont les restes d’une population “qui a durement travaillé et probablement (été) exploitée sur un grand domaine.” Des hommes, des femmes. Agriculteurs et/ou artisans. Probablement esclaves et/ou serfs. “Une population décédée globalement jeune, fragile à son environnement.”

Une archéologie de la vie ordinaire

Aucune sépulture prestigieuse à Saint-Don. De celles qui habitent communément les documentaires archéologiques, aussi passionnants soient-ils, mais des populations qui, à leur échelle, auront contribué à façonner les paysages d’un territoire. Son histoire. Et fait trace. Approfondir les connaissances historiques d’un lieu, telles sont les missions de l’archéologue, contenues dans les strates de sols qui n’attendent qu’une chose : être mises à jour. Aucune fouille n’apparaissant anecdotique à ses yeux ni superflue. Car qu’est-ce que l’Histoire sinon cette “bibliothèque de l’humanité“, autour de nous et sous nos pieds, chargée d’une myriade d’enseignements.

(1), maisons, cimetière et église (en dehors de la zone de fouille).
(2), “Le métier d’anthropologue“, Véronique Gallien, vidéo INRAP, 2009.

 

À propos de l'auteur

Sandrine Planchon

Après une prépa lettres et des diplômes en sciences humaines, Sandrine Planchon s'oriente vers la radio. Depuis 1999 elle travaille différents formats sur Altitude, Arverne, RCF, RCCF. Investie depuis 2015 dans un projet sur le numérique avec Elise Aspord, historienne de l'art, elle encadre aussi depuis 2014 les projets d'étudiants du Kalamazoo College (US).

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