L'Essentiel
Julien Caron souligne l'importance de créer un lien entre la musique de Bach et le territoire des Combrailles, offrant ainsi une approche accessible à un public varié loin des grandes salles de concert.
Le festival se concentrera sur des rencontres et des concerts, avec des auditions d'orgue quotidiennes et des événements tels qu'un Café-Bach, visant à rendre la musique de Bach attrayante pour tous, y compris les habitants locaux.
La 27e édition du festival Bach en Combrailles va se dérouler cette année du 4 au 9 août, mais il est conseillé de réserver ses places dès maintenant pour être sûr de ne rien manquer de ce rendez-vous culturel d’été incontournable. Julien Caron, qui fut directeur du Festival de La Chaise-Dieu durant 10 ans, assure désormais la direction artistique aux côtés d’Antoine Thiallier qui préside, le festival que son père Jean-Marc, a créé en 1998.
Le nouveau directeur qui connaît particulièrement bien le monde de la musique et arrive forcement avec des idées neuves, doit néanmoins établir sa programmation dans le plus pur respect l’article 2 des statuts de l’association qui stipule clairement qu’elle a pour buts le développement, la pédagogie et l’animation culturelle dans les Combrailles, par des manifestations artistiques et notamment la création et l’animation d’un festival de musique annuel autour de l’œuvre de Jean-Sébastien Bach. Plutôt qu’une contrainte, cet article représente pour Julien Caron, un véritable stimulus.
Un esprit de famille très fédérateur
7 Jours à Clermont : 2025 sera votre première édition de Bach en Combrailles en tant que nouveau directeur artistique, comment l’abordez-vous ?
Julien Caron : C’est une responsabilité exigeante mais qui est aussi stimulante, parce que Bach en Combrailles c’est un formidable capital musical et humain qui existe depuis 25 ans. Il y a ce mélange d’exigence musicale, sans compromis sur l’œuvre de Bach et en même temps un esprit de famille qui pousse et qui est très fédérateur.
7JàC : Vous connaissez bien la question de la diffusion de la culture dans les territoires ruraux. L’association de Bach et du territoire des Combrailles reste une évidence ?
Julien Caron : Ça l’est de manière très cohérente avec le répertoire qu’on promeut, parce qu’il y a un petit air de famille entre la Thuringe où se trouve l’orgue d’Arnstadt qui a servi de modèle à la copie qui est à Pontaumur et les Combrailles. C’est vrai que c’est assez cohérent de replacer la musique de Bach que l’on écoute peut-être aujourd’hui beaucoup, sinon trop, dans d’immenses salles de concerts, dans des lieux qui sont finalement assez proches par leur acoustique, par leur architecture des temples et des églises modestes de la Thuringe et de la Saxe.
7JàC : La sortie des grandes villes permet-elle au public d’avoir une approche plus simple d’une musique dite savante ?
J.C : C’est, j’en suis persuadé, pour l’avoir vécu à la Chaise-Dieu dans un territoire un peu différent, que les festivals au vert c’est vraiment une chance, dans le contact avec les artistes, dans la simplicité de l’approche. On est attentif autrement quand on est un peu loin de tout, même si on est à peine à une heure de Clermont. Dans les Combrailles, on est entre nos collines, nos rivières, sur nos petites buttes avec des églises romanes qui sont cachées comme des pépites. Je crois que rien que faire ce chemin là, nous met dans des conditions d’écoute assez rares et qui ne sont pas celles que l’on peut avoir tout au long de l’année dans de grandes salles. Là, c’est l’été et on fait un petit effort pour cette musique exigeante, dans des lieux qui nous y disposent autrement.
7JàC : C’est aussi l’occasion de toucher un public autre que celui des métropoles ?
J.C : Complètement, et en même temps c’est étonnant parce que des gens font le déplacement de loin, séduits par le territoire. On a récemment rencontré des festivaliers à Paris qui nous ont dit avoir découvert cette région en intéressant à ce festival. Oui bien sûr, on s’adresse à un public de gens locaux, à un public de vacanciers qui sont sur le territoire, mais on fait aussi connaître les Combrailles à des amoureux de Bach qui viennent par esprit de spécialité et c’est le mélange de ces publics qui produit justement cet esprit à la fois convivial et très simple dans lequel on veut rester pour les années qui viennent.
Rencontres et concerts : les deux piliers de Bach en Combrailles
7 Jours à Clermont : Au fond, cette mixité de publics vous impose de travailler sur une sorte de double programmation…
Juline Caron : On travaille sur deux plans. Il y a le format des rencontres et celui des concerts. Effectivement, on garde le souhait très fort de maintenir les auditions d’orgue avec de très grands noms, tous les jours à midi. Cela crée le lien avec le public des Combrailles qui ne connaît pas forcement la musique de Bach. Mais les gens viennent aussi pour entendre un monument de leur territoire, parce que cet orgue de Bach, même s’il ne sont pas forcement férus de ce répertoire et de ce type d’instrument, ils savent que c’est un marqueur local. Pouvoir venir pour un moment d’une demi-heure le midi, au cœur de l’été, c’est quelque-chose qu’ils aiment et d’ailleurs l’église est pleine de festivalier et d’habitants du territoire. Cela on veut le maintenir et puis on se dit allons toujours plus loin dans la conquête du public local avec cette idée qu’il faut toujours trouver une porte d’entrée accessible, même si le répertoire est exigeant.
7JàC : Vous pointez vers l’écrit avec un Café-Bach consacré à « l’homme universel » Albert Schweitzer qui était un grand admirateur de Bach. Est-ce un chemin parallèle de découverte ?
J. C : Oui. Au fond Bach le poète, en référence à Schweitzer, c’est se mettre sous le parrainage d’un des plus grands esprits philosophe du XXe siècle, c’est aussi pour trouver un concept simple pour aborder la musique de Bach qui n’est pas seulement le maître de la fugue, modèle de tous les compositeurs allemands des siècles suivants, c’est aussi quelqu’un qui nous parle, un poète de l’âme qui parle à l’âme et cela je pense que ça peut vraiment séduire tout le monde.
7JàC : Le soirée de clôture va se dérouler avec le poète clermontois, Jean-Pierre Siméon. Comment a-t-il abordé ce projet ?
J.C : Avec un immense plaisir. J’avais déjà eu l’occasion de travailler avec lui, il y a une dizaine d’années, mais je ne l’avais pas rencontré par l’intermédiaire de sa casquette clermontoise mais parce qu’il m’avait été adressé par Jean-Pierre Jourdain, qui, à l’époque, était metteur en scène et directeur du Théâtre National Populaire à Villeurbanne. Je l’ai d’abord connu simplement par ses textes et je trouve qu’il y a dans son approche à la fois une simplicité, une humilité qui me plait énormément, dans la grande tradition des poètes français comme Jaccottet et Bonnefoy. Je n’ai su qu’après, qu’il avait ce lien avec l’Auvergne et je me suis dit que c’était une source de langage aussi vibrant et aussi simple qui nous touche tellement quand on le lit.
7JàC : Jean-Pierre Siméon a écrit La poésie sauvera le monde. Peut-elle sauver Bach et les Combrailles ?
J. C : Je crois et d’ailleurs l’itinéraire personnel de Jean-Pierre Siméon le montre, on peut être un poète du peu, un poète de l’humilité, un poète de la nature dans ce qu’elle a de plus dépouillé et en même temps être reconnu comme étant un des plus grands talent de son époque et avoir une reconnaissance institutionnelle totalement mérité. Oui je crois qu’il faut garder nos rêves et qu’il y a une forme d’utopie à penser que la musique de Bach est une poésie pour aujourd’hui. C’est, je pense, une des clés de notre succès pour aujourd’hui et pour demain.
La billetterie de Bach en Combrailles 2025 est disponible en ligne sur site web du festival.












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